Les Pèlerins d' EmmaiiSm
Jésus, vu de face, est à table entre ses deux disciples. Il est représenté au moment où il vient de rompre le pain, dont il tient un morceau dans chaque main. Il a devant lui un plat de viande et un gobelet. Le disciple, placé à sa droite, c'est-à-dire à la gauche de l'estampe, est debout, les mains jointes et élevées; l'autre est assis du côté opposé, et il ouvre les bras dans une attitude de surprise. De ce même côté, sur le devant, un serviteur appuie sa main gauche sur la rampe d'un escalier qu'il descend, mais dont les marches ne se voient point. Il est suivi d'un chien. Au bas de la gauche, on lit Rembrandt f. 1634.
Cette pièce est gravée librement et à grosses tailles. On en connaît deux états. Dans le premier, les rayons qui émanent de la tête du Christ ainsi que le chapeau du disciple qui est à sa gauche, ont manqué a l'eau-forte sur plusieurs points. Cet état est fort rare.
Dans \q second état^ les rayons et le chapeau sont mieux exprimés. Il en est de même de l'ombre du rideau sur lequel se détache la tête du disciple placé à la gauche de l'estampe; cette ombre reprise ne présente plus d'interruption.
Hauteur, 0,210; largeur, 0,100.
Rembrandt a été fortement préoccupé de ce sujet pathétique, un des plus beaux que fournisse l'Écriture. Il en a fait plusieurs dessins , deux eaux-fortes et différents tableaux. Celui qui est au Louvre est tout imprégné de la poésie chrétienne, et enveloppé de mystère. Les disciples reconnaissent Jésus aux paroles
sorties de son âme. « Le jeune serviteur qui apporte le poisson est en rapport , par son ingénuité , avec cette scène qu'il ne peut pas comprendre. Sur la table bénie, si splendide par la lumière, il n'y a rien. Combien ces trois hommes sont pauvres ! Quel bon goût du cœur de leur avoir donné des vêtements misérables ! Mais la lumière de justice et de miséricorde n'est-elle pas là pour tout parer, pour tout enrichir ? Rembrandt, à qui l'on reproche d'avoir affectionné les choses bizarres, n'a pas mis un accessoire qui diminuât l'efTet d'une telle scène. Qui aurait eu ce tact? Le Titien lui-même, dans ses Pèlerins d'Emmaiis , n'a pas su s'en garder, car, sous la table, il a mis un chien en querelle avec un chat... Flamme humaine ou divine dont Rembrandt a éclairé ses œuvres, qui vous aura maintenant? Mozart l'a eue aussi dans sa musique... Les œuvres de cet homme sont des foyers qui gardent l'étincelle oii peuvent s'allumer d'autres âmes. ^ »