‹ L'¿uvre complet de Rembrandt (volume 2)Chapitre 76 sur 151 · La Mort de la Vierge · texte numérisé non relu

La Mort de la Vierge

Grand morceau en hauteur qui est gravé avec légèreté, et d'une riche et belle ordonnance. Sur le devant, à la gauche de l'estampe, on voit par le dos une figure habillée à la juive qui est assise devant une table et qui lit dans un grand livre. Non loin de cette table est un grand prêtre debout , les mains l'une dans l'autre et pendantes devant lui ; il regarde la Vierge qui est couchée dans un lit à colonnes sculptées, et paraît rendre le dernier soupir. Auprès du grand prêtre se tient un acolyte qui porte une grande crosse. A côté du lit, dans le fond , on remarque plusieurs personnes qui pleurent, et parmi elles un homme, Joseph sans doute , qui relève par derrière l'oreiller sur lequel repose la tête de la Vierge , et lui met un mouchoir sous le nez. Un médecin tâte le pouls de la mourante. Sur la droite sont plusieurs femmes qui se lamentent, et dont l'une, placée au pied du lit, a les mains jointes et levées; derrière elle, on reconnaît saint Jean qui exprime une vive douleur. Du même côté , près du bord de la planche , on distingue un homme en turban, qui entr'ouvre des rideaux; plus bas, trois figures d'enfants, et plus en avant un fauteuil. Dans le haut est

dessinée grossièrement et d'une main rapide une gloire d'anges. Au bas, vers la gauche, est écrit: Rembrandt f. 1639. En bas, est réservée une marge de quinze à seize millimètres. Il existe trois états de cette planche.

Premier état. Le dessus du bras du fauteuil qui est au coin à droite, est légèrement ombré, et présente une place blanche; le dossier de ce même fauteuil n'est ombré que d'une seule taille chargée de barbes. L'épreuve de ce premier état qui est au musée d'Amsterdam, épreuve blonde, légère et brillante, porte au bas de la droite le monogramme de Rembrandt, tracé au crayon sans nul doute de sa main. Ce sont deux R reliées par un V. ( Rembrandt Van Ryn ). Il y a quelques barbes

dans les parties claires, et il y en a beaucoup dans les parties ombrées. La marge du bas présente vers la droite quelques essais de pointe et quelques traits échappés.

Deuxième état. Le dessus du bras du fauteuil est noir; le dossier est plus travaillé, et l'épaisseur en est indiquée à la hauteur du bras; mais, dans les belles épreuves de ce deuxième état, se laissent voir encore les essais de pointe et les traits échappés dans la marge du bas.

Nota. On estime, dit Wilson, qu'il y a des épreuves dans lesquelles le fauteuil est ombré de tailles croisées, et la marge nettoyée, mais qui ont été tirées cependant avant quelques légers travaux additionnels au pied de la colonne du lit la plus rapprochée du spectateur, et à la chaise où est assis l'homme qui lit dans un grand livre. J'ai examiné trois de ces prétendues épreuves, et je n'ai pu y découvrir autre chose que le second état, plus usé

1. It is considered that there is an impression in which the elboM? chair is shaded with cross strokes, and the margin cleaned, but before trifling additions to the work at the foot of the nearesthed post, and the chair in which the reading figure is seated. I have examined three of the impressions so considered, in ail of which I could only discover the second impression, more worn.

Troisième état. La planche, qui est encore dans le commerce, a été entièrement et assez adroitement retouchée ; on s'en aperçoit cependant à la pesanteur des parties noires et à l'absence de vigueur et de barbes dans les parties claires.

Hauteur, 0,397, non compris la marge; largeur, 0,316. *

BARTSCH, 99. CLAUSSIN, 102. WILSON, 104.

Le génie de l'expression a été poussé dans ce morceau jusqu'à ses dernières limites. Désespérée ou grave, criante ou muette, la douleur y est rendue dans toutes ses nuances avec un sentiment incomparable, et qu'on ne retrouverait qu'une autre fois au même degré, dans l'œuvre de Rembrandt : je veux parler de la Pièce de cent florins. Toutefois ces belles expressions, si éloquentes et si humaines, elles sont obtenues au moyen d'une grande sobriété de travail ; mais le peintre graveur a su , avec une délicatesse infinie et avec fort peu de traits , faire paraître sur chaque visage une variante de la douleur. Celle des hommes est digne et contenue; celle des femmes s'exhale en gémissements que l'on croit entendre. Et quelle justesse d'observation! Aux pieds du lit sont assis des enfants qui paraissent indifférents ou peu sensibles à cette scène de deuil : l'enfance ne comprend pas la mort. A côté des jeunes femmes qui poussent des sanglots, vous pouvez remarquer combien l'émotion est affaiblie dans les personnes plus âgées. Le grand prêtre ne montre qu'une afflic-

NOUVEAU TESTAiMENT

tion modérée par la dignité de son rôle. Le médecin demeure presque impassible et ne paraît occupé que d'interroger les derniers signes de la vie ou les premiers symptômes de la mort. Enfin le vieillard qui entr' ouvre les tentures de la porte, est une de ces figures de circonstance qu'on voit apparaître dans tous les notables événements de la vie.

Bien que les trois quarts de l'estampe soient gravés très-légèrement, et même, en quelques endroits , simplement indiqués, la scène est déjà éclairée comme elle le serait dans un tableau, et le clair-obscur, quoique ébauché seulement, se prononce déjà de manière à laisser aux principales figures toute leur importance, à leur réserver la lumière du jour et l'intérêt du spec- " tateur .

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