‹ L'¿uvre complet de Rembrandt (volume 2)Chapitre 82 sur 151 · Saint Jérôme en méditation · texte numérisé non relu

Saint Jérôme en méditation

Un homme dans une chambre très-obscure, vis-à-vis d'une table au devant d'une fenêtre, qui est placée sur la droite de l'estampe, mais qui répand très-peu de lumière. Il est coiffé d'une espèce de toque, ce qui ferait douter que ce fût un saint Jérôme, si l'on ne démêlait, quoique avec bien de la peine, au pied de la table, les formes d'un lion couché. Sur cette table est un crucifix dont on ne voit distinctement que la partie supérieure qui se dessine sur la fenêtre. Au côté gauche de l'estampe, on aperçoit un escalier qui est tout à fait dans l'ombre. On lit au bas de l'estampe : Rernbrandt /. 1642, dans une petite marge d'environ deux centimètres, et qui est blanche.

Il y a trois états de ce morceau, dont la planche existe encore, et a fait partie du fonds de la veuve Jean.

Premier état. La partie de la croisée qui est le plus à droite de l'estampe, paraît moins grande, étant à moitié cachée par un rideau qui descend presque en ligne droite. Cette épreuve est tellement chargée de manière noire , qu'on ne peut pas y distinguer le lion.

Deuxième état. Le rideau, qui tombait presque en ligne droite dans le premier état, est ondulé dans le deuxième et fait une courbe rentrante vers le milieu de la hauteur de la fenêtre.

Troisième état. La petite marge est salie comme avec la pierre ponce; mais elle est moins noire que le reste de l'estampe. Le rideau a été repris; il est entièrement noir, et sur la croisée, audessus d'une vitre ovale, on remarque quelques nouveaux traits à la pointe sèche. Des degrés qu'on apercevait au bas de la gauche ne sont plus distincts.

Hauteur, 0,150; largeur, 0,173 BARTSCH, 105. CLAUSSIN, 108, WILSON, 110

Rembrandt a gravé ce morceau dans le goût des deux peintures que nous possédons au Louvre sous le nom de Philosophes en méditation , et dont l'une est datée de 1633. On peut même croire qu'il avait devant les yeux une de ces deux compositions, lorsqu'il a gravé son eau-forte, car la fenêtre, qui est placée à gauche dans l'un des tableaux, est à droite dans l'estampe, ce qui arrive toujours quand le graveur ne reproduit pas en sens inverse la peinture qu'il copie. Toutefois nous ne retrouvons plus ici les deux servantes qui se voient dans l'original. Le philosophe est seul, et le lion que l'on croit apercevoir à ses pieds nous dit assez que le peintre pensait à saint Jérôme. L'isolement du personnage et les ténèbres au sein desquelles il médite, prêtent je ne sais quelle solennité à sa rêverie. Un rayon de jour, amorti par des vitres poudreuses aux châssis de plomb, visite la demeure du solitaire ; cependant ce rayon est trop pâle pour dissiper l'obscurité profonde qui enveloppe l'anachorète. Devant lui sont des livres ouverts, mais le penseur ne les regarde plus; il songe. Les tranquilles atomes de la lumière glissent le long du mur, rampent sur le sol , indiquent à peine les marches de l'escalier tournant et se perdent insensiblement dans la maison pour aller se confondre avec la nuit. Gomme le tableau du Louvre, l'estampe, si on la regarde longtemps, produit une impression de solitude, de recueillement et de silence.

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