‹ L'¿uvre complet de Rembrandt (volume 2)Chapitre 85 sur 151 · La Jeunesse surprise par la Mort · texte numérisé non relu

La Jeunesse surprise par la Mort

Un jeune homme élégamment coiffé d'une toque à plume, placé à la gauche de l'estampe et vu de profil , conduit par la main une jeune fille vue par derrière. Celle-ci est vêtue de soie , elle tient à la main une fleur, et elle porte un chapeau orné de plumes qui, posé au sommet de sa tête, laisse voir l'arrangement de ses cheveux. Ces deux jeunes gens sont surpris par la Mort, dont le squelette sortant d'un lieu souterrain, à la droite de l'estampe, leur présente un sablier. On lit dans une marge au bas de la gauche : Rembrandt, et au-dessous /. 1639. Cette planche est gravée finement et légèrement à la pointe sèche. Elle est rare.

On n'en connaît qu'un seul état; il paraîtrait cependant qu'il a existé une épreuve avant le nom de Rembrandt. Le catalogue des estampes de Basan, dressé par Regnault Delalande, en l'an vu de la République, mentionne en effet une épreuve avant le nom, qui constituait un premier état, à moins que l'épreuve ne fût sophistiquée. Nous ne savons dans quel cabinet se trouve aujourd'hui cette épreuve, et nous n'avons pu par conséquent la vérifier. Ce qui est certain, c'est que les belles épreuves se reconnaissent à la présence d'un peu de manière noire en quelques endroits, notamment sur la robe de la jeune fille.

Hauteur, 0,108, y compris la marge du bas qui est de 8 à 9 millimètres, largeur, 0,078.

BARTSCH, 109. CLAUSSIN, 111. WILSON, 113.

Nous voyons dans l'inventaire des objets d'art ayant appartenu à Rembrandt, qu'il possédait un portefeuille rempli d'estampes de Martin Schongauer, d'Israël Yan Meckenen, de Brosamer et d'Holbein. Il n'est donc pas étonnant qu'il se soit inspiré parfois de ces maîtres. Ainsi la Jeunesse surprise par la Mort est évidemment, non pas une imitation, mais une réminiscence d'Holbein; on y retrouve une élégance inaccoutumée dans les ajustements et dans les coiffures, et cette jolie toque à plume qu'un de nos illustres peintres, Eugène Delacroix, a posée si gracieusement sur la tête de son Hamlet. Il me semble, du reste, que si Rembrandt s'est souvenu d'Holbein, Eugène Delacroix s'est, à son tour, souvenu de Rembrandt, quand il a peint son tableau Hamlet au cimetière, avec cette différence, entre autres, qu'au lieu de la Mort qui montre un sablier, Delacroix a dessiné un fossoyeur qui montre un crâne vide. Au surplus , rien n'est plus charmant ni mieux senti que ce croquis de Rembrandt, et si on y reconnaît comme toujours l'art unique avec lequel il savait indiquer en quatre coups de pointe le mouvement, le costume, l'expression d'une figure , on y trouve quelque chose qui n'est pas ordinaire dans ses œuvres peintes ou gravées, je veux dire une grâce, une distinction , une noblesse que rend d'autant plus précieuses ce caractère même d'inusité et d'imprévu.

L'ŒUVRF. DE REMBRANDT.

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