‹ L'¿uvre complet de RembrandtChapitre 110 sur 202 · Juif au bonnet agrafé de pierreries · texte numérisé non relu

Juif au bonnet agrafé de pierreries

( Vieillard à barbe carrée.)

Buste de vieillard à grande barbe touffue. La tête est vue de trois quarts et couverte d'un bonnet de velours, qui est orné en haut d'une riche bande d'étoffe, attachée sur le devant avec une agrafe de pierreries. Il est dirigé vers la droite et il porte une robe de fourrure qui forme plusieurs plis sur le haut de son épaule. Sa main gauche parait être appuyée sur le pommeau d'une canne qui

n'est, du reste, qu'indistinctement indiqué. La lumière vient de la droite. On lit au haut de la gauche : Rembrandt f. 1631 .

Hauteur, 0,094; largeur, 0,083.

Bien qu'on n'ait jamais décrit qu'un seul état de cette estampe, j'estime qu'il doit y en avoir quelque épreuve à Feau-forte pure, parce qu'on voit sur la gauche du bonnet des reprises au burin qui, sans doute, auront été faites après que le graveur aura tiré au moins une épreuve de son eau-forte. Quoi qu'il en soit, tout ce portrait, à l'exception de la main, est d'un fini précieux , et je crois y voir une étude pour la superbe peinture qui est au Musée de Munich et qui représente un riche et vieux Juif assis dans un fauteuil.

270. Vieillard au grand manteau de velours noir. [Vieillard à grande barbe et bonnet fourre'.)

Portrait d'un vieillard à grande barbe blanche, vu de face, à micorps, éclairé par la droite, et la tête très-légèrement tournée vers la gauche. Il est coiffé d'un bonnet de fourrure qui porte une ombre sur son front; il est enveloppé d'un grand manteau de velours, et assis dans un fauteuil sur un bras duquel il appuie son coude droit, laissant pendre sa main, qui sort de dessous le manteau. Le fond est ombré à gauche, jusqu'à la hauteur du coude. Plus haut, du même côté, on lit : Rt. f.

On distingue deux états de ce portrait :

il. 16

Premier étal. Toutes les ombres, particulièrement celles de la figure et du bonnet, sont travaillées légèrement et ont moins de vigueur que dans l'épreuve ordinaire. Le visage présente des parties claires du côté de l'ombre. Le monogramme est très-finement gravé. Cette épreuve est fort rare.

Second état. Les ombres sont fortifiées par de nouveaux travaux ; les parties claires que le visage présentait du côté de l'ombre sont éteintes; des tailles et entretailles nouvelles sont ajoutées sur le manteau, notamment au-dessus de la main, ce qui la fait ressortir, et 1 on ne voit plus, au-dessous, des places blanches qui se remarquaient dans le premier état. Le monogramme est plus fortement marqué. Cette épreuve est moins rare et moins estimée que la première.

Hauteur, 0,149; largeur, 0,t°28 BARTSCH, 262. CLAUSSIN, 259. W1LSON, 264.

On trouve dans les grandes collections, particulièrement dans celle du Cabinet des estampes de Paris, des épreuves de ce Vieillard à grande barbe, qui ne paraissent pas d'accord avec la description que nous venons de faire des deux états de la planche, description qui est conforme, d'ailleurs, à celle que donnent les catalogues de Claussin et de Wilson. Ainsi, nous avons quelquefois rencontré le monogramme très-finement gravé dans certaines épreuves qui présentaient cependant beaucoup de vigueur dans les ombres. Gela tient sans doute à ce que le possesseur de ces épreuves les trouvant pâles, en avait repris le noir avec du lavis et du crayon , pour les faire paraître plus brillantes.

Et cela est d'autant plus vraisemblable, que les anciens catalogues, ceux de Gersaint, de Pierre Y ver et de Bartsch, n'ayant distingué aucune différence dans ce morceau, les amateurs ont pu croire que les épreuves les plus vigoureuses étaient les premières tirées, tandis que c'était précisément le contraire. Un graveur, habitué à reconnaître la fraîcheur des premiers travaux, la légèreté, la transparence que présente une eau-forte au commencement du tirage, lorsqu'il ne s'y mêle pas de pointe sèche, un graveur, dis-je, ne s'y serait point trompé; mais les curieux qui, pour la plupart, ne font rien sans leur guide, et jugent rarement par eux-mêmes, ont pensé que l'antériorité de l'épreuve était prouvée par le noir, et c'est pour cela que quelques-uns d'entre eux ont sophistiqué la leur. Aussi ai-je observé que ces sortes de retouches avaient eu lieu sur d'anciennes épreuves, c'est-à-dire à une époque où le catalogue de Glaussin n'avait pas encore paru. Quant à l'épreuve qui est dans l'œuvre de la Bibliothèque, elle provient, selon toute apparence, de M. de Peters, qui était peintre en miniature et passé maître dans l'art de laver, noircir et brillanter les estampes.

Mais quel beau portrait! quel étonnant caractère de vieillard! l'âme aura certainement beaucoup de peine à abandonner ce corps robuste qui, malgré ses rides innombrables, conserve encore tant de vitalité,

tant d'énergie. Quelle vie de travail, de méditation et de patience, que de luttes obstinées, que de labeur n'annonce pas ce visage labouré de plis profonds et durs, comme le seraient les sillons creusés sur un buste de marbre par le ciseau du sculpteur ! quelle rude existence ne fait pas supposer cette main, jadis si fine, maintenant ratatinée et flétrie ! Il semble que ce juif, car c'en est un, a dû acquérir bien péniblement la richesse que supposent la dignité de son costume, sa robe de soie, son opulent manteau de velours et la précieuse fourrure de son bonnet. Faut-il s'arrêter maintenant à la variété, à l'excellence des travaux employés par le graveur pour exprimer le soyeux de la robe, le velouté du manteau, la finesse de la martre? Faut-il admirer comment la blancheur de la barbe est indiquée par la seule absence des tailles? Ce sont là des qualités si familières à Rembrandt qu'on les remarque à peine. Mais, ce qu'il est impossible de ne pas remarquer, en dehors même du maniement de la pointe, c'est l'accent de ce modelé que Ribera luimême n'aurait pas poussé plus loin, c'est la fière tournure de ce portrait qui ne ferait pas plus d'impression s'il était peint et qu'il fût de grandeur naturelle, car on en peut dire ce que de Piles disait en général des portraits de Rembrandt : « Bien loin de craindre la comparaison d'aucun peintre, ils mettent souvent à bas par leur présence, ceux des plus grands maîtres. »

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