Le grand arbre à coté de la maison
C'est un petit paysage gravé légèrement mais d'un travail serré, qui, ayant été mordu également partout, ne produit pas d'effet. On y voit sur la gauche une maison dont la croisée est ouverte. A travers cette croisée on aperçoit le haut d'une figure. Un grand arbre s'élève à côté de la maison. Vers le milieu de l'estampe s'étend un bouquet d'arbres au pied duquel coule une rivière, et sur la droite se dessinent quelques montagnes.
Cette pièce est rare; elle se trouve toutefois dans les grandes collections.
Hauteur, 0,033 ; largeur, 0,081.
UARTSCH, 207. CLAUSSIN, 204. WILSON, 204.
Ce n'est pas certainement par un effet fortuit de la morsure que ce paysage est ainsi uniforme, sourd, d'une pâleur égale et sombre. Je suis persuadé que Rembrandt a voulu rendre ici une impression particulière, celle qu'on éprouve quelquefois lorsqu'on se promène dans les champs, et que tout à coup la
nature s'enveloppe d'un voile à travers lequel tous les objets paraissent de la même valeur et toutes les couleurs sont ramenées à l'unisson. Le temps venant à se couvrir, les clairs s'éteignent, les ombres deviennent grises, les arbres se confondent avec les terrains éloignés, les montagnes ne tranchent plus avec le ciel, l'eau devient terne et il court sur toute la campagne comme un léger frisson. C'est un effet doux, tranquille, dont le mystère invite à la rêverie et aux voyages. Il y a plaisir alors, en attendant la pluie qui est encore loin, à s'enfoncer dans le paysage, à pénétrer au hasard dans les fondrières et les bois, à entendre sous ses pas le bruit des feuilles tombées. Les poètes ont senti le charme inexprimable de ces moments voilés. Oberman a parlé avec délices des promenades que l'on fait par un temps couvert, sans aucun but, lorsque l'on va uniquement pour aller et que l'on cherche sans vouloir aucune chose... Ces bois uniformes, cette petite rivière, ces fonds d'un gris fin et perdu et la fenêtre de cette maison d'où Rose va peut-être sortir, me rappellent la journée si bien peinte par le poëte des Contemplations :
Une eau courait fraîche et creuse
Sur les mousses de velours, .
Et la nature amoureuse
Dormait dans les grands bois sourds.