Les deux maisons au pignon pointu
Sur le devant de la gauche est dessiné un canal vu en perspective, et dans le lointain, de ce côté, on aperçoit la mer. Au milieu de l'estampe, sur le bord du canal, il y a deux maisons dont les toits sont élevés et se terminent par deux perches qui forment une espèce de pyramide. Ces maisons sont couronnées d'arbres. Tout à fait a la droite, il y a un sentier au bout duquel paraît une petite figure vue par derrière, et près de cette figure s'élèvent des arbreque surmonte un clocher.
Hauteur, 0,056; largeur, 0,175.
BARTSCU, 214. CLAUSSIN, 211. WILSON, 211.
Bartsch, Glaussin et Wilson ont fait suivre leur description de la remarque suivante : « Ce paysage est
au nombre des plus rares. Il présente cette singularité qu'on le trouve presque toujours lavé à l'encre de Chine ou au bistre, ce qui donne a l'épreuve l'apparence d'un dessin. On prétend même que Rembrandt a fait ce paysage, et celui qu'on appelle le Carrosse, avec l'intention de les vendre comme dessins, et qu'il n'est jamais sorti d'épreuves de ses mains qu'il ne les eût auparavant lavées à l'encre ou au bistre. » Pierre Yver fait mention d'une épreuve de ce morceau, laquelle n'a été lavée ni au bistre ni à l'encre de Chine, et qui se trouvait dans l'œuvre de M. Van Leyden.
Nous avons vu au Musée d'Amsterdam l'épreuve que Pierre Yver avait mentionnée, et qui provient, en effet, de la collection Van Leyden. Cette épreuve a été évidemment tirée sur une planche gravée, et cela saute aux yeux lorsqu'on la compare à deux autres épreuves que possède le même Musée et qui sont lavées de bistre. Mais une singularité autre que celle dont parlent Claussin et Bartsch, c'est que le même paysage se trouve au British Muséum à l'état de pur dessin. C'est un morceau d'une charmante exécution, où il n'y a pas la moindre trace de gravure. Et cependant il est identique à celui que l'on voit au Musée d'Amsterdam et qui est incontestablement gravé. D'où je serais tenté de conclure que Rembrandt n'a fait qu'un dessin, celui qui est maintenant au British Muséum, et qui est excellent ; que ce dessin a été ensuite gravé,
non par lui, niais par un de ses élèves, et que ne pouvant imiter avec l'eau-forte l'effet d'un lavis, le graveur a repris au pinceau chacune de ses épreuves pour les rendre parfaitement semblables au dessin original, Voilà comment s'expliquerait ce fait singulier que les rares épreuves des Deux maisons au pignon pointu sont toutes lavées à l'encre ou au bistre. Et ce qui nous confirme dans cette conjecture, c'est que le dessin du British Muséum est bien supérieur à la gravure du Musée d'Amsterdam. Or, si Rembrandt eût gravé de sa main son paysage, il n'eut pas été inférieur à lui-même, lui qui savait employer si habilement les barbes et les effets de l'impression pour imiter les tons étouffés du lavis. Il est donc probable que Rembrandt est seulement l'auteur du dessin, et que Philippe de Koning ou un autre de ses élèves en aura fait une eau-forte, dont il a fallu laver à l'encre toutes les épreuves pour arriver à une complète imitation.
Pour ce qui est du Paysage au carrosse, dont la description suit immédiatement celle des Deux maisons au pignon pointu, dans les catalogues de nos devanciers, nous avons résolument supprimé ce paysage, parce que ni la gravure ni le dessin original ne nous semblent être de Rembrandt. Mais il est quelques épreuves du Carrosse qui, lavées à l'encre et rehaussées de blanc, produisent un effet brillant et magique ; celles-là
m L'OEUVRE DE REMBRANDT.
peuvent être l'ouvrage du maître qui, voulant donner une leçon à un de ses élèves auteur de la gravure, aura pris plaisir à retoucher de sa main deux ou trois épreuves et les aura, comme on dit en termes d'atelier, recalées sous les yeux de l'élève en variant les effets. Quant à la planche gravée, elle est tellement indigne de Rembrandt, quand on la regarde dans une épreuve non retouchée, que nous avons dû la retrancher de l'œuvre, aucun doute n'étant permis à cet égard.
Vient ensuite le Paysage à la terrasse, que nous avons retranché, parce qu'il est de la dernière évidence qu'on ne peut l'attribuer à Rembrandt.