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Le paysage aux trois chaumières

Paysage cintré par le haut, fini avec soin, quoique d'une pointe assez rapide, et d'un grand effet. C'est la vue d'un village bâti le long d'un grand chemin qui passe sur la gauche de l'estampe et qui conduit dans le lointain. Trois chaumières de ce village, dont les pignons sont très-élevés et qui se terminent en pointe, sont vues presque de profil, sur la droite. Il y a plusieurs arbres touffus derrière la ( haumière qui est le plus en avant. Devant celle du milieu on distingue une femme et trois enfants. Sur le premier plan, à droite, s'élè\e un grand arbre isolé, avec quelques branches lèches. Au bas de la gauche est écrit : Rembrandt f. 1650.

On connaît quatre états de cette planche.

Premier élat. Le grand arbre isolé sur la droite, n'a que trèspeu de feuillage. Il s'en trouvait une épreuve dans la collection de Cambridge. On peut la considérer comme presque unique. Elle D'est décrite ni par Bartsch ni par Claussin, mais WiU-on en fait

mention. Toutefois nous devons dire ici que dans b catalogue du cabinet des estampes print-room au British Muséum nous avons lu cette note de la main de M. Carpcnter : « Le premier état décrit par Wilson n'est pas présentement dans la collection de Cambridge » (en I8i8).

Deuxième état. (C'est le premier de Claussin et de Bartsch.) Le devant de la première chaumière n'est ombré que d'une seule taille, ainsi que le toit de la troisième, c'est-à-dire de celle qui est la plus éloignée. On y voit sur le devant du chemin et dans le bas de l'estampe, en continuant vers la droite, beaucoup de parties claires. Cette épreuve est de la plus grande rareté. Celle du British Muséum provient de la vente Verstolk où elle a été poussée à 3C9 florins.

Troisième état. Le devant de la première chaumière n'est encore ombré que d'une seule taille, mais le toit de la dernière a reçu de nouvelles entre-tailles et contre-tailles au-dessus du feuillage, qu'on distingue entre les deux toits et par suite ce feuillage se détache moins bien du troisième toit. Le terrain qui présentait une place blanche près du chemin et au-dessous de la première chaumière ainsi qu'au pied du grand arbre à droite, a été en ces endroits couvert d'une taille horizontale à la pointe sèche. Le chaume du toit le plus à droite à également reçu de nouvelle? contre-tailles au-dessous de la première branche. Très-rare.

Quatrième état. Le devant de la première chaumière est ombré d'une contre-taille diagonale.

Hauteur, 0,162; largeur, 0,200.

BARTSCH, 217. CLAUSSIN, 214. WILSON, 214.

Ce morceau est un de ceux où la pointe sèche joue un grand rôle. Rembrandt a toujours tiré un excellent parti de ce genre de travail, qui consiste, on le sait, à entamer la planche avec une pointe, sans ébarber les

tailles, 011 du moins sans les ébarber entièrement, de manière que les bords raboteux du sillon creusé dans le cuivre, accrochent le noir d'impression et forment des salissures qui imitent parfaitement le lavis. D'autres peintres-graveurs, par exemple Adrien van Ostade et Béga, ont usé de la pointe sèche pour terminer leurs estampes, mais en général ils ont alourdi leur premier travail en voulant le retoucher, et c'est par cette raison qu'on recherche tant les eaux - fortes pures de ces maîtres. Rembrandt , au contraire, s'est servi de la pointe sèche pour peindre son estampe, et rarement pour modeler telle ou telle figure. Tantôt il avait besoin d'un premier plan vigoureux qui fît repoussoir, tantôt il lui fallait éteindre certaines parties pour en mieux: faire briller d'autres , et alors par une suite de libres hachures, il soulevait des barbes qui lui préparaient, à peu de frais, des tons estompés et devaient produire à l'impression l'effet de véritables coups de pinceau. C'est ainsi que le grand arbre isolé que l'on voit ici, sur le devant, forme au moyen des barbes une masse rembrunie qui fait fuir les chaumières du village, tout en donnant h une estampe, d'ailleurs peu travaillée, l'aspect d'un dessin très-fini. Le paysage aux trois chaumières est un des paysages de Rembrandt que les amateurs estiment le plus, et qui se payent le plus cher en vente publique, non-seulement à cause de sa rareté, mais aussi pour la vigueur de l'effet pittoresque.

A la vente Debois, en 1843, une épreuve du premier état de Claussin, qui n'est que le second, c'est-à-dire avant les contre-tailles sur le toit de la troisième chaumière, fut vendue 1,700 francs. Elle provenait de l'œuvre de Claussin lui-même. Une épreuve de l'état suivant, qui est le troisième, ne fut vendue que 193 francs.

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