‹ L'¿uvre complet de RembrandtChapitre 187 sur 202 · HOLLANDE · texte numérisé non relu

HOLLANDE

Musée d'Amsterdam. — La Garde civique. Tableau célèbre sous le titre de la Ronde de nuit. Il est daté de 4 642. 11 a été gravé en manière noire par Claessens et supérieurement lithographié en 1861 par Mouilleron.

Les noms des personnages représentés sont inscrits derrière la toile : on y remarque celui de Frans-Banning Cock, capitaine de la compagnie, et celui de Willem Van Ruijtenberg, son lieutenant. (Voir l'excellent catalogue du musée d'Amsterdam.)

Quand nous vîmes pour la première fois ce tableau, il y a seize ans (en 1847), il était couvert d'une poussière épaisse, et tellement noir qu'on pouvait à peine distinguer les personnages qui étaient dans l'ombre ou même dans la demi- teinte. Depuis, le tableau a été nettoyé avec le plus grand soin et le plus grand respect, par M. Hopman, d'Amsterdam ; les ombres en sont maintenant transparentes, et toute la peinture est devenue plus lisible. On peut voir clairement que les personnages représentés sont des officiers et des soldats de la garde bourgeoise; mais que font-ils? sortent-ils de l'Hôtel de Ville pour aller faire une ronde

Vont-ils au tir de l'arquebuse? Est-ce bien un effet de nuit que Rembrandt a voulu peindre? N'est-ce pas plutôt un effet de jour dans une cour fermée? Ce tableau reste mystérieux, inexplicable, et nous pouvons écrire aujourd'hui ce que nous écrivions dans YHistoire des peintres de l'école hollandaise : « On dirait que Rembrandt a vu passer en songe des héros qu'il connaissait, mais dont le souvenir se peignait à son esprit, tantôt avec précision, tantôt vaguement, comme il arrive pour les figures qui nous visitent durant le sommeil. Ceux-ci paraissent s'enfoncer dans la toile, ceux-là n'y tiennent déjà plus. En dehors du tableau s'avancent deux personnages armés, couverts d'un large feutre, dont l'un est vêtu de noir et l'autre vêtu de lumière. Dans le parti d'ombre qui les suit et les pousse en avant, on distingue la couleur et le mouvement d'un chien qui aboie au tambour. Plusieurs hommes diversement ajustés, et dont le visage fait saillie sur de grandes ombres, descendent l'escalier d'un palais. L'un d'eux s'élance comme s'il nous menaçait de son arquebuse qu'il vient de charger. A la droite du bourgmestre en noir, on remarque une jeune fille blonde, aux cheveux ardents, que l'on croirait effrayée, car elle semble remonter précipitamment l'escalier que les autres descendent. Une lumière d'un ton nacré la fait paraître, d'un peu loin, couverte de satin et enrichie de tous les trésors de l'Orient... Ce n'est

pourtant qu'une enfant d'Amsterdam, revêtue d'une étoffe hollandaise aux clairs ramages; elle n'a d'autres pierreries que ses yeux, d'autres lingots d'or que les boucles de sa chevelure, d'autres trésors que les splendeurs du rayon qui la caresse. A sa ceinture est suspendu un coq blanc, qu'on suppose être le prix du vainqueur : nouveau problème à résoudre dans la compréhension de ce tableau mystérieux. Entre la petite fille et le bourgmestre vêtu de noir, s'agite un objet qui demeure quelque temps indistinct ; c'est seulement après un long examen qu'on y démêle les formes d'un soldat à demi caché derrière la grande figure sombre, et portant à son casque une couronne de chêne ; mais encore une fois, il est impossible de concevoir pourquoi cette figure se cache et semble fuir. Il y a là tout le vague d'un rêve et toute la précision d'un souvenir d'hier; la fantasmagorie d'une invention chimérique, jointe à l'effrayante vérité de corps palpables, mouvants et lumineux; la réalité enfin, rehaussée de poésie, baignée dans une lumière d'or et se détachant comme du sein des ténèbres d'un songe. »

Les Syndics de la Halle aux draps. Ils sont assis à une table et semblent vérifier des comptes. Six figures; la sixième est celle d'un servant de la corporation. Signé et daté de 1661. Gravé par J. de Frey, et en manière noire par Houston.

M. J.-W. Kaiser, d'Amsterdam, en a fait une belle estampe qui

avait été commencée à l'eau-forte, de main de maître, par Couwenberg, lequel, étant mort prématurément, n'avait pu achever sa planche.

Ce tableau n'est qu'une réunion de portraits, et il est beaucoup moins intéressant que la Ronde de nuit ; mais l'exécution en est si énergique, la peinture si étonnante, la touche si mâle, si libre et si fière qu'on peut le regarder en ce genre comme le dernier mot de l'art. Nous en avons fait mention au commencement du premier volume de cet ouvrage. W. Burger en parle ainsi dans les Musées de Hollande : « Tout l'intérêt est dans les têtes extraordinairement vivantes et aussi dans l'ampleur prodigieuse de l'exécution, dans l'harmonie de la couleur qui est la plus simple du monde : quatre notes seulement, qui se répondent et se font valoir, avec leurs dièses et leurs bémols, dans une gamme brune : les chairs, têtes et mains, et les blancs sont glacés de bistre ; les cheveux et les fonds sont glacés de brun ; le tapis a du brun dans ses rouges, les noirs ont des reflets bruns. Cela revient toujours à : ut9 mi, sol, ut. Point de discord. Aucune disparate. Un seul effet... »

Uitenbogaert, receveur des États de Hollande, à l'âge de 60 ans. Il est vêtu et coiffé de noir. Il porte une collerette de dentelle et un manteau brun ramené en avant par la main droite.

C'est le même personnage dont Rembrandt a gravé le portrait dans l'estampe décrite ici sous le n° 189.

Il ne nous souvient pas de l'avoir vu au musée d'Amsterdam^ tant nous étions absorbé par la Ronde de nuit et par le tableau des Syndics.

Musée de la Haye. — Présentation au temple. Tableau cintré en haut. La cérémonie se passe dans un temple qui est rempli de monde. Le groupe principal, composé de sept figures, occupe le centre. Siméon tient l'enfant entre ses bras; la Vierge et saint Joseph, portant deux colombes, sont agenouillés devant lui. Derrière la Vierge, deux rabbins, et, en face, le grand prêtre. A gauche, un large escalier que la foule monte et descend.

Cette peinture, datée de 1631 et précieusement finie comme tous les morceaux de la jeunesse de Rembrandt, ressemble quelque peu à un Gérard Dov. L'exécution en est relativement petite et faible.

Elle fut apportée à Paris et figura au musée du Louvre, jusqu'en 1815, époque où elle fut restituée au musée de La Haye.

La Leçon âfanatomie. Le professeur Tulp, ami de Rembrandt et beau-frère du bourgmestre Six , est représenté donnant à ses élèves une leçon d'anatomie sur le cadavre.

Ce tableau, qui a été gravé par de Frey, avait été peint en 1632 pour la corporation des chirurgiens d'Amsterdam qui le conservèrent jusqu'en 1828, où ils se résolurent à le vendre pour soutenir un hospice fondé par eux. Le bourgmestre, le ministre et le roi s'opposèrent à la vente, mais comme le droit des chi-

rurgiens ne pouvait être discuté, le roi prévint qu'il achèterait la peinture. M. Apostole et M. Saportas furent nommés experts par le roi, et MM. Albertus Brondgeest et de Yries par la compagnie des chirurgiens. Le prix d'estimation fut fixé à 36,500 florins.

Rembrandt avait vingt-six ans lorsqu'il peignit la Leçon d'analomie. Il y apporta le plus grand soin et la finesse patiente qui distingue ses premiers ouvrages. Chaque tête caractérise une nuance de l'intelligence et de l'attention. Le professeur tient du bout de ses pinces les muscles fléchisseurs de la main, et il en explique le mécanisme à ses élèves. Le cadavre, étendu sur la table et vu en raccourci, n'est pas dessiné juste selon la perspective. Nous ne dirons donc point avec W. Burger que « l'œuvre est accomplie en son genre, senza errore. » Mais nous dirons que c'est Tunique défaut de cette peinture où sont exprimées avec génie la vie et la mort.

Suzanne au bain. Elle est surprise par les deux vieillards, dont l'un est à peine visible à travers des arbustes, et elle s'efforce de cacher sa nudité. Elle est debout, de profil, un peu penchée en avant et tourne la tête vers le spectateur. Une aiguière et un bassin d'or sont posés près d'elle. Ce petit tableau, peint sur panneau, est délicatement fini, surtout dans la principale figure.

Nous avons vu, il y a plusieurs années, chez M. Carrier, peintre en miniature, une variante delà

, Suzanne qui portait des indications de repentirs , mais dont la couleur était moins intense et moins dorée.

Sir Joshua Reynolds mentionne, comme ayant fait partie de sa collection, une Suzanne de grandeur naturelle, dont il avait aussi une étude peinte et un dessin.

Un Officier. Il porte une toque à crevés, ornée de plumes. Il est revêtu d'un manteau brodé d'une ganse d'or, qui laisse voir un hausse-col de fer. Il est presque vu de dos et il regarde le spectateur par-dessus son épaule droite. Signé, mais sans date. Sur panneau.

Portrait de jeune homme. Il est en buste et tète nue, vu de trois quarts et tourné à droite. Il ressemble quelque peu à Rembrandt, et c'est peut-être le portrait de son fils Titus, car la peinture est celle d'un praticien consommé, et, loin de la regarder comme une œuvre de jeunesse, nous la croyons plutôt exécutée par Rembrandt dans son âge mûr (vers 1 648 ou 1649), lorsque son fils avait quatorze ou quinze ans.

Musée van der Hoop. — La Fiancée juive. C'est le nom que donne le catalogue du musée à un morceau inachevé, mais d'autant plus intéressant et de la plus grande force, qui représente une jeune femme, brune, rayonnante de santé et couverte de bijoux, vers laquelle un homme s'avance comme pour l'embrasser, car déjà il lui a mis une main sur l'épaule et il ports l'autre à son sein sous prétexte de toucher une chaîne d'or. Smith, qui avait possédé cette peinture et l'avait vendue à M. van der IIoop, en parle avec chaleur, et, de fait, il est impossible, quand on aime l'art, de ne pas attacher le plus grand prix à un tableau où Rembrandt a mis tout son génie et tous les trésors de sa palette en même temps qu'il a révélé le secret de ses préparations, parfaitement visible dans les parties non terminées.

Collection Six van Hillegom, à Amsterdam. — Éphraïm Bonus, âgé d'environ cinquante-cinq ans. Il porte un grand chapeau ; il est assis, la main gauche sur le bord de son fauteuil. Ce portrait précieux, dans la meilleure manière du peintre, a été gravé par lui avec une légère différence, et il est à peu près de la même grandeur que l'estampe décrite par nous sous le n° 472; estampe en sens inverse, dans laquelle au lieu d'appuyer sa main sur le bras d'un fauteuil, Bonus tient la rampe d'un escalier. A la vente du bourgmestre Six, en 4 734, le portrait de Bonus fut vendu seulement 4 8 florins; il reparut à la vente Braamcamp en 4774, et fut poussé à 200 florins , puis à la vente Goll van Franckestein, où il fut payé 825 florins; et c'est là sans doute que M. Six van Hillegom racheta un morceau qui devait être, pour lui, d'autant plus précieux qu'il avait appartenu à son aïeul.

Joseph racontant ses songes. Une ébauche en grisaille représentant Jacob assis, les yeux fixés sur son fils, qui se tient devant lui, debout et de profil, une main étendue, le corps légèrement penché. Derrière Joseph sont trois de ses frères, assis à une table; un quatrième écoute les récits de Joseph. Deux autres sont à droite, et Lia repose sur un lit, à la droite de Jacob. Un chien est couché sur le premier plan. Vendue avec un autre tableau à la vente du bourgmestre Six, en 4734, 84 florins, cette composition a passé, en 4 827, dans la vente de Vos, où elle a été rachetée 4,470 florins par M. Six van Hillegom.

Le bourgmestre Six. Il est représenté debout, à mi-corps, le chapeau sur la tôle , couvert d'un petit manteau rouge à galons d'or, et mettant ses gants comme pour sortir. La partie inférieure du vêtement n'est pas terminée, ou plutôt elle semble négligée tout exprès pour faire valoir l'effet de la tête, qui est vivante, touchée par méplats et peinte avec une résolution et une solidité qui font penser au fameux tableau des Syndics, bien qu'ici la peinture (si j'ai bonne mémoire) soit moins épaisse, moins empâtée et plus transparente.

La femme du bourgmestre Six. Elle est en buste, et en petit

bonnet, la tête vivement éclairée tant par la lumière directe que par le reflet de sa fraise à tuyaux , brillante et empesée.

Le précieux fini de l'exécution, qui cette fois est poussé jusqu'à l'intimité la plus profonde, fait contraster singulièrement ce dernier portrait avec celui du bourgmestre. Dans le premier, l'artiste nous saisit fortement par une impression rapide, mais ineffaçable ; dans le second, il semble avoir longtemps scruté les secrets de la vie, et il nous invite à une contemplation prolongée. Le portrait du bourgmestre se meut, passe, et nous heurte en passant ; le portrait de sa femme nous arrête, nous fait regarder longtemps et songer. L'un et l'autre se gravent au fond de la mémoire, mais l'un comme un phénomène de la nature, l'autre comme un prodige de l'art.

Collection van Loon, à Amsterdam. — Deux grands portraits en pied, mari et femme, se faisant pendant. Ils se détachent sans violence sur un fond sombre; ils sont l'un et l'autre d'un aspect grave et imposant. Les personnages représentés sont Willem Dacy, magistrat de la cité d'Alkmaar. Le mari tient un gant de la main gauche, et il a des rosettes blanches à ses souliers. Sa femme tient un éventail de plume de la main droite, et de l'autre elle relève un pan de sa robe. Ces deux portraits, signés et datés de 4 634, ont été payés 1,200 florins en '1799.

Collection van der Pol, à Amsterdam. — Un gentilhomme et son fils. Le père est assis et il tend la main pour prendre un sac d'argent que lui porte son fils, enfant de sept ans.

Une Dame et sa fille. La mère est assise, une bourse dans une main et donnant de l'autre à sa fille une pièce de monnaie.

Galerie van Steingracht, à La Haye. — Bethsabée au bain. Elle est assistée de deux suivantes dont Tune lui coupe les ongles, l'autre, une mauresse, lui peigne les cheveux. Un paon fait la roue. Dans le fond on aperçoit David sur une terrasse. Un coup de soleil tombe sur les chairs nues et palpitantes de la baigneuse. La peinture est traitée avec finesse, et l'ensemble a beaucoup de saveur et d'éclat. Ce tableau est décrit dans notre Trésor de la Curiosité. A la vente Poullain, il fut acheté 2,400 livres par Lebrun. On le retrouve mentionné à la page 130 et à la page 441 du même ouvrage, tome IL II a été gravé par Moreau, Burnet et Smith. Il a appartenu à Guillaume IV, roi d'Angleterre.

Musée de Rotterdam. — Le seul tableau de Rembrandt que Ton croyait s'y trouver, un portrait d'homme, a été reconnu depuis peu pour un Fabritius, par M. Lamme, conservateur du musée, qui, en faisant enlever quelques repeints, a découvert dans le haut de la toile la signature de cet artiste à peu près inconnu, écrite avec la hampe du pinceau.

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