‹ L'¿uvre complet de RembrandtChapitre 20 sur 202 · Corneille Anslo · texte numérisé non relu

Corneille Anslo

Le portrait de Corneille Anslo ou Ansloo, ministre anabaptiste. Il est vu de face, assis dans un fauteuil, derrière une table, sur laquelle il y a un grand livre ouvert et posé sur deux autres qui sont couchés. Sa tête est couverte d'un chapeau rond à larges bords : il porte une fraise autour du cou, et sa robe est bordée de fourrure. Il tient une plume de sa main droite, laquelle est appuyée sur un livre fermé, et de la gauche il montre le livre qui est ouvert. Sur le milieu de la table il y a une écritoire. On lit sur une espèce de paravent qui a la forme d'un dossier de fauteuil, et qui se voit à la droite : Rembrandt f., et au-dessous : 4644. Rare.

On connaît deux états de cette estampe.

Premier état. De la plus grande rareté; on y voit, dans le bas de la planche, une marge toute blanche, le travail du graveur ne descendant pas encore aussi bas que dans les épreuves ordinaires.

Second état. La marge est couverte par la prolongation des travaux dans la partie inférieure de l'estampe. Cette seconde épreuve n'a jamais la finesse ni le brillant de la première.

On a de ce portrait une copie qui est des plus belles et des plus

1. Pour faciliter les recherches, nous les rangeons ici par ordre alphabétique, comme on l'a fait au Cabinet des Estampes de Paris.

trompeuses qui aient été faites d'après une estampe. Salomon Savry, très-habile graveur, à qui elle est attribuée, y a réuni, à une facilité de travail que l'on ne rencontre guère dans les copies, une exactitude si scrupuleuse, que bien des connaisseurs très-exercés l'ont prise .pour l'estampe originale. On lit au bas quatre vers hollandais, commençant par les mots : Siet Ansloos beeltnis, et finissant par ceux-ci : als harder steedts verlaten.

Cette très-belle copie est fort rare, particulièrement si l'épreuve est en son entier; car, pour mieux tromper, on a souvent coupé la marge qui contient les quatre vers hollandais. « C'est pourquoi il faut s'en méfier, dit Bartsch, et bien examiner les deux autres caractères qui la font reconnaître, et qui consistent : \° en ce que l'espace compris entre le dossier du fauteuil sur lequel Anslo est assis, et le bord gauche de la planche, porte environ 4 8 lignes, au lieu que ce même espace n'a que 9 lignes environ dans l'estampe originale, ce qui fait que la largeur totale de la copie est de 6 pouces 7 lignes (soit 0,178 millimètres); 2° en ce que, dans la copie, le gland au bas du dossier est chargé de beaucoup de hachures qui se croisent, au lieu que ce gland n'est couvert que d'une simple taille dans l'original. »

Hauteur, 0,189; largeur, 0,160.

BARTSCH, 271. CLAUSSIN, 268. WILSON, 273.

Glaussin dit avoir vu des épreuves du second état de cette planche, dans lesquelles on avait ecsayé d'imiter la marge qui se trouve dans les épreuves du premier état, en couvrant ou en essuyant à l'impression le bas de la planche. Mais Glaussin s'est légèrement trompé en pensant que la supercherie avait été faite sur les épreuves; c'est sur la planche elle-même qu'on l'a commise, en grattant les travaux additionnels du se-

cond état et en les brunissant, de manière à rétablir l'estampe telle qu'elle était dans le premier état. La planche ainsi remaniée est maintenant en Angleterre. Aussi en voit-on assez souvent des épreuves chez les marchands de Londres : ces épreuves, tirées sur papier de Chine très -jaune, font du reste assez bon effet, mais ne sauraient donner le change à un vrai connaisseur.

Gersaint s'est trompé, lui aussi, en donnant à ce personnage le prénom de Renier. Il a confondu Cornelis Klaas Anslo, célèbre prédicant , avec Renier Anslo, poëte hollandais, dont le portrait , peint par Govert Flinck, a été gravé par Folkema. Il existe, dans une biographie hollandaise des plus illustres prédicants de la Hollande, des vers composés parVondel pour être mis au bas d'un portrait de Corneille Anslo, exactement copié d'après celui de Rembrandt. Les voici :

Ay Reinbrant! maal Kornelis stem,' Het zichtbre deel is't minst van hem; Y onzichtbre Kent men slechts door d'Ooren. Wie Anslo zien wil moet hem hooren.

Ce qui signifie : a 0 Rembrandt! peins-nous la voix de Cornelis , car la moindre partie de cet homme est celle qui est visible ; l'invisible, nous ne la connaissons que par les oreilles. Qui veut voir Anslo doit l'entendre. »

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