PRÉFACE XXI
coup d'idées qui sont encore des nouveautés. Dans l'ouvrage couronné par l'In-
stitut, il développe cette idée que les sculpteurs grecs exécutaient leurs
statues d'après une méthode anatomique, procédant par le squelette et arrivant successivement aux muscles et à la peau. Voilà sa théorie, ct il l'appuie sur des textes et aussi sur des monuments. Il invoque surtout le témoignage de pierres gravées antiques. Et, en effet, il en est plusieurs qui donnent à réfléchir. L'une d'elles représente Prométhée modelant un squelette; et c'est vraiment une indication curieuse; un
autre Prométhée vér
ant l'équilibre d'une fiqure au moyen du fil à plomb, une troisième, enfin, nous montre le même Prométhée pesant des membres humains dans une balance. Telles sont les autorités figurées sur lesquelles Émeric-David s'appuyait pour dire que, traditionnellement dans leurs ouvrages, les sculpteurs anciens commençaient par établir l’ostéologie, appliquant ensuite sur les os les différentes couches de muscles et recouvrant enfin le tout de l’épiderme. Partant de là, il indique quelle marche doit suivre le sculpteur dans l'exécution de sa statue, et il résume ainsi sa pensée : « le dessous avant le dessus »; ce sont
ses expre
ions, Comme moyen pratique, il estimait que, travaillant d’après nature, les Grecs la mesuraient pour la mieux rendre, ce qui les avait conduits à formuler des règles de proportion, et qu’en tout cas, pour mieux copier, ils faisaient, sans relâche, appel au compas.
D'une manière générale, il semble
it résulter de tout cela que les Grecs
auraient débuté par copier des modèles vivants. Si telle était l'opinion d'Émeric- David, elle serait erronée. Une pareille doctrine serait absolument contraire à Ja conception de l’art telle qu'elle existait chez les Grecs. Bien au contraire, leur
art, né de la poésie, est, bien qu'anthropomorphique, purement idéal. Leurs
premières œuvres ne témoignent d'aucune complaisance où naïveté naturalistes. Elles sont volontairement de proportions très élancées ou très massives; et les formes qu'elles présentent, divisées durement, y tendent à une sorte d'architecture.
Quoi qu'il en soit, l'ouvrage d'Émeric-David fit grand bruit. IL occupa l'opinion, sans cependant exercer beaucoup d'influence sur les artistes; un petit nombre entra dans ses vues. Cependant elles appartenaient pour une bonne part à quelqu'un d’entre eux; Émerie-David n'avait pas tiré cette théorie de son propre fonds. Dans une courte préface placée en tête de la première édition de son ouvrage, il déclare que les idées qu'il expose sont nées de son commerce avec le sculpteur Giraud.
I y a eu deux Giraud, dont le nom est à peu près oublié, et qui, cependant,
méritent d'avoir ici un souvenir. L'un, Jean-Baptiste Giraud, a vécu de 1 à 1830; l’autre, Pierre-François-Grégoire Giraud, de 1783 à 1836. C’est Jean-
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