XXII PRÉFACE
Baptiste qu'Émeric-David avait rencontré en Italie et avec qui il avait fait amitié.
Les Giraud étaient-ils frères? Les dictionnaires biographiques nous le disent. Il y
a cependant entre la naissance des deux un intervalle assez considérable : c'est un écart de trente ct un ans. Partant de là, on en est venu à penser qu'ils n'étaient même point parents et que la conformité du nom et des goûts les aurait rapprochés. En tout cas, ils vivaient ensemble, professaient la même théorie et avaient la même manière de procéder. Ils eurent de grands talents. Il y à quelques années,
il restait d'eux des modèles de statues et de bas-reliefs en cire et une belle collection
de moulages qu'ils avaient légués à M. Vatinelle, graveur en médailles, le même qui avait concouru en 1819 avec Barye et remporté le prix. Qu'il me soit permis de dire quelques mots des ouvrages de ces excellents artistes. Dans le nombre, on pouvait admirer un 'aune assis à terre et jouant de la flûte, statue entièrement achevée, et un //omme qui béche encore à l'état d'écorché : ces modèles étaient de Jean-Baptiste Giraud. Grégoire Giraud avait fait le tombeau de sa femme, et un bas-relief, la Aort d'Epaminondas, conçu dans le goût de la frise du Parthénon. La méthode dont relèvent ces ouvrages est la méthode anatomique, et par le style ils appartiennent au grand art.
Barye a tenu quelque chose des Giraud, peut-être sans les avoir connus autrement que par ses entretiens avec son camarade Vatinelle, qui vivait auprès d'eux. En tout cas il a suivi la même voie; il est arrivé comme eux, par des moyens scientifiques, à des œuvres sculpturales du plus grand caractère. Détail curieux ! il employa les mêmes moyens pratiques et se servit pour ainsi dire des mêmes instruments que ses devanciers. Les Giraud avaient créé tout
un arsenal d'ébauchoirs dentelés pour travailler la cire : on voit sur les
modèles de Barye la trace de ces mêmes outils dentelés.
Mais cela est de peu d'importance. La science avait plus d'autorité sur Barye que les personnes, la science seule le guidait. J'engage le lecteur à visiter un jour la galerie d'anatomie comparée, au Muséum. Elle est assez basse et peu de lumière y pénètre. En la parcourant, on éprouve un grand sentiment de respect : tous les squelettes qui sont là sont en quelque sorte historiques. Sur
un grand nombre à travaillé Georges Cuvier, sur d'autres Geoffroy S int-Hilaire et
ses élèves; chacun a son souvenir et sa légende, Au fond de cette salle, un escalier communique avec l'étage supérieur où la collection se développe. C'est là que Barye a étudié, c’est là qu'il a mesuré tant de squelettes par pieds, par pouces et par lignes, comme en témoignent une foule de ses croquis.
En entrant de plus en plus dans la connaissance des conditions de l'être
et de la vie, en approfondissant non seulement Ja loi d'unité de Geoffroy Saint-