MONSIEUR
Le propriétaire de mon atelier de larue Mouffetard m’ayant donné congé m’a mis dans l'impossibilité decommencer le grand travail de la statue équestre de l’empereur Napoléon I: pour la ville de Grenoble. La conséquence de ce fait est de me faire renoncer à l'exécution de ce travail. J'ai l'honneur de vous en prévenir.
Veuillez, Monsieur, agréer l'assurance de mes considérations les plus distinguées.
Il est clair que ce n'est là qu'une défaite, et une défaite à la Barye. Il à eu un mécompte; du coup, il se débarrasse de ceux qui en sont la cause, Le propriétaire a bon dos dans la circonstance ; mais il n'est pas coupable d'avoir privé la
ville de Grenoble d'une œuvre de Barye.
Que s'est-il donc passé? Il est diflicile de le préciser ou même de le savoir. On m'assure que Barye laissa à cette occasion échapper cette phrase : « Et puis, j'en ai assez des Napoléon! » Ce dépit n'était encore qu'une conséquence. Les uns prétendent que le prince Napoléon ne lui était pas favorable, les autres que Barye eut des démêlés avec l'administration. D'après la troisième version, qui semble assez admissible, il aurait eu une discussion violente avec le maire de Grenoble. Celuici se serait avisé de demander au statuaire d'importantes modifications, tant dans la pose que dans le mouvement, prétendant qu'il avait connu Napoléon [* et que le portrait n'était pas ressemblant. Barye, ayant refusé sans phrases, aurait, pour couper court à toutes difficultés, trouvé le fallacieux prétexte d’un changement de domicile.
Quoi qu'il en soit, et c’est là le plus important, le modèle nous est parvenu intact. Lors de la vente des œuvres de Barye en 1876, le plâtre fut mis aux enchères, maladroitement à la fin des vacations, alors que les gros acquéreurs étaient partis. Il ne restait plus dans la salle que quelques personnes, parmi lesquelles un capitaine d'artillerie, aujourd'hui colonel, qui, voyant cette inexplicable indifférence du public pour ce modèle, se laissa aller à le pousser, comme on dit. I lui fut adjugé à la somme dérisoire de soixante franes!
La chose faite, il dut prendre de suite livraison de cette statue qui ne mesurent pas moins de 0%,85 de hauteur. C'était un embarras pour un officier obligé par son service à de fréquents déplacements. Il fit faire une caisse spéciale, et dans ses changements de résidence emmenait avec lui son Napoléon en plâtre. Il le
conserva soigneusement jusqu'au jour où il trouva l'occasion de s'en séparer à
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