‹ L'œuvre de Barye;Chapitre 119 sur 155 · HAN · texte numérisé non relu

HAN

SAUUNUHI

bon compte, et il le céda à M. Diot chez qui je l'ai vu et qui le fondit en bronze. Je n'ai pu savoir le nom de cet oflicier général, je le regrette, car il a droit

à la gratitude des admirateurs de Barye.

Vous souvient-il de ce qui se passa dans la journée du 30 avril 1865? C'était un dimanche; la foule s'entassait sur un point spécial du bois de Boulogne. Des voitures élégantes, landaus découverts, victorias, coupés, mail-coachs, suivaient en

files pressées les Champs-Elysées et l'avenue de l'Impératrice. On faisait assaut de luxe

et de toilettes. Tout le Paris élégant était en fête : le jour des courses, du grand prix de cent mille francs, était venu. Les sportsmen n'ont pas oublié que vers trois heures et demie des vivats sortirent de milliers de poitrines. D'enthousiastes acclamations

partaient des tribunes, du pesage, et la multitude entassée au champ de courses

semblait en proie à un patriotique délire. Le cheval ang is était battu. La jument Fille de l'air à M. de Lagrange, dont le jockey portait la casaque tricolore, avait gagné la course.

Pourquoi rappeler tout cela, et que viennent faire ici ces histoires de sport? Vous

allez le savoir. Outre le prix de cent mille francs, alloué moitié par le conseil muni-

cipal et moitié par la Société d'encouragement, le propriétaire du cheval vainqueur

re

vait un objet d'art donné par l’empereur. Cette année-là, l'objet d'art était un lion en argent d’une valeur de dix mille francs. Il était signé Barye. C'était le fameux Lion qui marche, si beau, si fier, si redoutable dans son allure de fauve, un pur chef-d'œuvre, et, dans ses proportions, le plus complet, le plus caractérisé, au point de vue de la perfection de la forme, de tous les animaux présentés isolément, et non en groupe, qu'ait modelés Barye.

Le Lion qui marche à encore un autre mérite dont on doit tenir compte : c'est qu'il amena l'exécution de son pendant, le Tigre qui marche, absolument digne

de figurer en face de lui, et où toute la machine musculaire de la bête en mouve-

ment est rendue avec une incroyable précision et une maëstria qu'aucun artiste du

monde n’a égalée et que personne ne dépassera. Tous deux ont été coulés en

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bronze et mis au commerce. Heureux les amateurs qui peuvent chaque jour les contempler dans leur demeure!

A propos du lion gagné par Æille de Pair, il m'a été conté un fait bien par-

ticulier à Barye, et qui montre la rigide probité de l'homme. Quand le modèle eut

été fondu en argent, ciselé, terminé entièrement et prèt à livrer, Barye reconnut qu'il ne pesait pas le poids convenu. L'affaire était de peu d'importance et pouvait

passer inaperçue. Ilne fallait pas, d'autre part, songer à recommencer l'épreuve :

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