‹ L'œuvre de Barye;Chapitre 13 sur 155 · PRÉFACE XXII · texte numérisé non relu

PRÉFACE XXII

Hilaire, mais encore celle de Georges Cuvier sur la corrélation des formes.

Barye nourrissait son esprit par de nombreuses lectures. IT lisait avec passion les

es de

poètes anciens et modernes; les historiens de tous les temps, les ouvr mythologie et d'histoire naturelle.

Quand il commença le surtout du due d'Orléans, le prince, qui l'aimait,

lui préta un grand nombre de livres de chass

», de combats et de voyages. Ce fut pour l'artiste une nouvelle source d'informations et de créations inattendues. En mème temps qu'il savait davantage, son talent devenait plus riche, mais aussi son esprit plus diflicile. On dit qu'il abandonna Buffon, dont il s'était longtemps nourri, trouvant que ses descriptions s'arrétaient trop à la surface, Il avait besoin d'aller au fond des choses : les ouvrages des Cuvier et de Geoffroy Saint-Hilaire

convenaient mieux à la nature de son esprit.

L'histoire des applications scientifiques à l’art nous offre à ce moment un curieux épisode. Tandis que Barye se confiait décidément à la science, un sentiment tout différent se manifestait dans l'école française. Ingres, revenant d'Italie, exposait avec un brillant succès le Vœu de Louis ATJII et ouvrait un atelier d'élèves. Ingres, à l'égal des plus grands artistes, aimait la nature et la rendait avec un caractère et une énergie admirables; ses dessins sont comparables à ce que les maîtres de la Renaissance ont produit de meilleur en ce genre. Il mettait la forme pour ainsi dire en mouvement sous les yeux du spectateur, tant il apportait de précision et de force à en exprimer les accents. C'est la vérité même, et avec quelle profondeur ! Cependant il éprouvait pour l'anatomie une répugnance invincible. Au moment où Barye, encore inconnu, adoptait cette méthode anatomique qu'il a toujours suivie, la répugnance d’'Ingres éclatait contre elle. Son antipathie était fondée sur un dégoût instinctif et aussi sur la crainte que la science de la forme ne portàt préjudice à la sincérité, à la naïveté de l'artiste. IL est certain que si cette connaissance devait engendrer la manière, que si l'on devait, sous le prétexte que les choses existent réellement, les montrer telles que la dissection les met à découvert, et non avec leur variété, qui est infinie, il faudrait s'en défier, Mais, envisagée comme propre à rendre compte de l'organisme, elle est indispensable à qui veut représenter des êtres vivants. Il n'est pas inutile de bien comprendre ce que l'on voit et ce que l'on fait : cela n'est pas contraire à la naïveté, qu'il ne faut pas confondre avec l'ignorance.

La naïveté est assez délicate à définir : en tout cas, son caractère essentiel

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