XXIV PRÉFACE
est d'être inconsciente. Une naïveté préméditée qui se bouche volontairement les yeux et les oreilles, qui se confesse à elle-même et se dit : « Je commence ici et je finis là, je dois savoir telle chose et négliger telle autre »; — une pareille naïveté n'est plus dans les arts qu'une convention. Elle ne vaut pas mieux que la convention contraire qui consisterait à dire : « Je sais ce qui est; je ne le vois pas, mais je le sais et je le fais ».
Les maitres des xm° et xiv° siècles ne pouvaient pas étudier comme nous, et je dirai même qu'ils n’en avaient pas l'idée. Sous le rapport du morceau, ils se bornaient à une apparence. Mais nous, qu'une civilisation avancée et une éducation savante ont conduits à connaître les formes, nous pouvons encore, en les voyant et en les rendant telles qu’elles sont, leur conserver l'aspect simple et non encore analysé qu'elles ont à première vue, En s'oubliant soi-même (ce qui ne veut pas dire qu'on oubliera ce qu'on sait), en ne cherchant point à se faire valoir ou à substituer quelque idole à ce qu'on a sous les yeux, on peut encore être naïf aujourd'hui. Ingres s'écriait : « Ah! si j'avais dû apprendre l'anatomie, je ne me serais jamais fait peintre ; c’est une science affreuse et une horrible chose. » Je suppose que, dans sa jeunesse, il s'était soumis à des études que plus tard il pouvait dédaigner, en ayant tiré tout le profit nécessaire. Et, en effet, il semble diflicile de croire que ces nus, si admirables par l'intelligence de la construction et du mouvement, aient pu être dessinés par un homme absolument ignorant des dessous. Si bien doué que l’on soit, il y a des choses que l’on ne devine pas.
L'anatomie, science modeste, n’engendra point de bruyantes querelles. Celles
qui, en 1825, divisaient les écoles à propos du dessin et de la couleur suffisaient à occuper les esprits. Les dissentiments ne sortirent point des ateliers. Et Barye continua des études qui lui semblaient logiques, son système répondant aux besoins
de son esprit, qui ne voulait rien hasarder.
A ses débuts chez un graveur et chez un orfèvre, il n'avait été occupé que de sculpture en métal. Il continua à travailler dans les conditions que l'emploi des métaux exige, et plus particulièrement au point de vue du bronze.
La fonte des premiers ouvrages de Barye avait très bien réussi. IL s'était rencontré un fondeur habile nommé Honoré Gonon, qui, avec l'infatigable
passion des chercheurs, avait entrepris de mouler en bronze les modèles que lui
livraient les artistes, sans même en altérer l’épiderme. Pour cela il avait re
cours