‹ L'œuvre de Barye;Chapitre 16 sur 155 · XXVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXVI PRÉFACE

même temps que le sculpteur, ce qui l'entourait. En vérité, il faudrait que, pour l'histoire d’une pareille carrière, il existàt des descriptions et des inventaires nous disant chaque année quels plâtres, quels dessins, quels livres, quels ouvrages se trouvaient dans l'atelier, Rien ne devait ressembler davantage à la bo/tegha d'un Florentin du xv° siècle. On m'a parlé de celui qu'il avait occupé dans une maison de la Montagne Sainte-Geneviève. On peut s'en faire une idée : quartier silencieux, local plus que simple, selles couvertes de modèles en terre ou en cire,

le poële obligé, des sièges en petit nombre et une foule de moulages posés sur

des tablettes ou pendus à la muraille; mais, au milieu de tout cela, point d'antiques, si je suis bien informé. Barye les admirait, les comprenait plus profondément que personne, en avait l'idée, mais ne les voulait point sous ses yeux.

Il travaillait à la fois à un grand nombre d'ouvrages. L'exposition faite après sa mort à l’École des beaux-arts a montré sa fécondité rare et de combien de

sujets son esprit était occupé. J'ai relevé, dans le catalogue, la mention de

cinquante esquisses en plâtre et en terre, cela indépendamment de compositions, achevées pour tout autre, mais qu'il retouchait encore avant de les signer. Il y avait ainsi seize sujets absolument inédits. En général, les modèles de Barye étaient de petite dimension. Mais, quand on entrait dans son atelier, il y avait toujours quelque ouvrage considérable en cours d'exécution. J'ai, à cet égard, le témoignage d'un artiste qui est lui-même, et de tout point, un sculpteur éminent, le témoignage de M. Frémiet, M. Frémiet, étant allé en 1846 visiter Barye, se trouva en présence du Zion assis, qui n'était encore qu'à l'état d'ébauche. Toutes les lignes en étaient arrêtées. La préparation était anatomique. Ce n'était pas, si l’on veut, le squelette lui-même avec tous ses détails, mais bien le € ràne, la colonne vertébrale, la cage des côtes, les os des membres antérieurs et postérieurs mis en place et rigoureusement déterminés dans leurs conditions normales. Cette larve du lion, ce spectre vivant et décharné avait, paraît-il, quelque chose de fantastique et de souverainement imposant, M. Frémiet en a conservé un souvenir tàt

pas encore, l'idée du lion était irrévocablement fixée rien que par les proportions

très vif, en est resté profondément frappé. En effet, bien que la forme n’ex

et par l’ossature, indispensable support du reste.

L'artiste était toujours au travail et toujours debout. Près de lui, on peut se figurer la digne compagne qui lui a survécu, M >arye, lui faisant la lecture. Elle me l'a raconté : par moments, il l'interrompait ; il avait besoin de n'être pas distrait de sa pensée ou des idées que le livre lui suggérait. Il interrogeait, quelque observation brève sortait de sa bouche, son regard s'éclairait. Puis il

priait de continuer, revenant ainsi à ce qu'il avait désiré qu'on lui lût ce jour-là.

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