‹ L'œuvre de Barye;Chapitre 18 sur 155 · XXVIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXVIII PRÉFACE

des beaux-arts. Quand on le place à côté du beau bronze du Jaguar, on est frappé de la ressemblance comme de la différence qu'il y a entre eux. Sur l'œuvre d'art on retrouve le mouvement et jusqu'aux plis de la peau présentés par le moulage : rien n’en a été négligé. Mais l'artiste y a mis sa marque : la puissance et la vie. A côté de son pauvre congénère, le Jaguar qui, avec un singulier déploiement de férocité, brise une proie qui ne lui offre aucune résistance, et, en quelque sorte, en triomphe comme d'un ennemi digne de lui, est un animal terrible et magnifique. L'importance du document s’oublie. Le bronze est un chefd'œuvre et le plâtre un je ne sais quoi.

Au milieu de ses créations, Barye devait s'interrompre pour veiller sur l'atelier où l'on exécutait ses bronzes. Il y portait un scrupule extrême, Quand une pièce n'était pas bien venue, il la renvoyait au creuset, et, quand la retouche avait de l'importance, il revêtait le tablier vert du ciseleur, mettait la pièce à l'étau et, avec son habileté à travailler le métal, il avait raison des imperfections de la fonte, ou réparait la maladresse d’un ouvrier. Dans plus d'une pièce, on reconnait sa main. C'était aussi avec un sentiment de l'art extraordinaire qu'il donnait la patine à ses bronzes, recherchant cette couleur verte qu'on admire dans les antiques, y atteignant et sachant la varier sans que l'unité de l'œuvre eût à en souffrir, Enfin il ne sortait rien de chez lui qui ne le satisfit complètement, La conscience entrait dans sa théorie.

Barye, armé d'une méthode aussi excellente, eût été, il faut le reconnaitre, un professeur incomparable : mais il n’eut pas à proprement parler d'élèves autour de lui, travaillant à ses ouvrages, vivant de sa vie. Néanmoins il a fait une école brillante et durable. Il n'avait point à l'établir au Muséum d'histoire naturelle quand il y fut nommé professeur de dessin. Les personnes qui se rencontraient là, il les voyait seulement à l'heure de son cours et il ne pouvait exercer sur elles l'influence d’un maitre. On sait d'ailleurs pour quel objet ce cours a été créé : on a voulu former des dessinateurs pour l'histoire naturelle. L'enseignement de Barye au Muséum était ce qu'il devait être; au point de vue de l’art, il ne pouvait porter des fruits. Mais, au dehors, le maitre faisait des prosélytes par l'exemple et par la raison. Sa méthode était connue ; des chefsd'œuvre en témoignaient. Ce qu'il eùt pu dire à des élèves, il le pratiquait sans mystère. J'ai suffisamment expliqué quels étaient ses procédés ; ils étaient à la portée de tous. Quelques artistes les ont adoptés à leur grand profit et au nôtre. Il a eu des imitateurs. Mais on peut appliquer sa théorie sans lui ressem-

bler. Elle porte en elle de quoi soutenir les écoles de l'avenir.

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