‹ L'œuvre de Barye;Chapitre 24 sur 155 · UNIT · texte numérisé non relu

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Il à accusé d'un pouce vigoureux et sûr les inclinaisons dominantes qui, à l’aide de méplats successifs, donnent au membre sa tension normale et mettent en évidence sa direction, ainsi que la raison finale de ses efforts. Ce faisant, il atteint un double but: il a dégagé cette simplicité qui est grandeur d'aspect, et cette clarté où l'œil et l'esprit se complaisent tout ensemble : tant il est vrai qu'en esthétique la vérité est toujours plus vraie que la réalité même. On pouvait craindre que les conceptions

connaissances techniques, et

de Barye n'eussent à souffrir de la précision de

que le grand nombre d'indications qu'il avait recueillies ne le rendit circonspect

à l'héure des éliminations nécessaires : il n'en a rien été, L'artiste en lui à toujours dominé le naturaliste; le premier concevait et ordonnait, le second s’empressait

d'obéir et d'exécuter. Nulle part le couteau à dissection n'a asservi l'ébauchoir.

Val

Le moment est venu maintenant de faire justice de cette opinion irréfléchie d'après laquelle Barye n'aurait marqué que dans la sculpture d'animaux. Luimème un jour, par une spirituelle boutade, il avait tancé ceux qui voulaient l'enfermer dans une spécialité : « Mes contemporains, dit-il, en me reléguant chez les bêtes, pour se débarrasser de moi, se sont mis au-dessous d'elles. »

Le mot est vif : il sent le mouvement de mauvaise humeur auquel on s’abandonne dans l'intimité; mais qui pourrait en faire un grief à l'artiste légitimement impatienté ? Quand on connait l'étendue de sa science, les ressources variées de sa pratique, la hauteur de son style, comment admettre que son génie eût été incapable de s'appliquer à telle représentation qu'il lui eùt convenu de choisir? La pierre et le bronze sont là pour dissiper tous les doutes. Si dans cette étude sur l'ensemble de l'œuvre je n'ai envisagé jusqu'ici Barye que comme sculpteur d'animaux, c'est que je voulais rester dans le domaine qui est à lui, et à lui seul, qu'il s'est ouvert, qu'il a étendu et parcouru le premier, Or, dès qu'il prenait la figure humaine pour modèle, il est évident qu'il entrait dans le champ commun

à tous les statuaires depuis l'antiquité la plus haute.

Phénomène étrange! Barye, qui dans l'animal dégage puissamment l'impression

du mouvement et de la vie, semble obéir à une préoccupation tout autre dès qu'il représente l'homme. Aux allures remuantes et vives, à la mise en relief du jeu des musculatures, il substitue les attitudes calmes et tranquilles empreintes d'une dignité grave. La force corporelle de ses modèles humains s'étale sous la quiétude inaltérable qu'ils respirent : par ce trait Barye fait songer à la Grèce.

Avec moins de sérénité, et à un degré inférieur d'élévation dans l'idéal, ses statues

comme celles de l'antiquité sont de beaux corps florissants. Une âme pensante n'y habite pas. Elles ne participent pas à la vie de l'esprit; elles n'ont point pour tâche d'exprimer une joie, une souffrance, une action morale quelconque, mais bien de faire triompher l'harmonie des perfections plastiques. Donner en spectacle le charme placide de formes pures, de lignes qui se profilent sans violences, voilà leur mission tout entière.

C'est ainsi que Barye, se rapprochant des maitres grecs, chaque fois qu'il

s’est adressé à la figure humaine, à représenté non un homme, mais l’homme pris dans la grande abstraction de l'espèce. Par un vaste effacement de lindividualité, il s’est élevé jusqu'au type : et sur ce dernier point le statuaire et

l'animalier étaient d'accord.

Barye a-t-il eu des ancêtres? En vérité, on peut répondre qu'il n'en eut pas. Le point de comparaison signalé plus haut mis à part, il ne faut pas songer à pousser plus loin le parallèle entre le style des Grecs ct le sien, Sous tous les autres rapports, il en diffère d'une manière complète, principalement dans ses figurines d'animaux. Il a fait en quelque sorte palpiter la vie avec une insistance et une vigueur d'expression que n'a ni recherchées, ni môême connues l'antiquité éprise avant tout de la manifestation idéale de la beauté calme.

Cependant, la poésie à rendu légendaire la vache du sculpteur Myron. Tout

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