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le monde a en mémoire ces vers de l'Arthologie écrits sur le socle de l’œuvre
fameuse
« Berger, conduis plus loin ton troupeau, car la vache de Myron pourrait se mêler avec Les
génisses.
EL encore
« Myron ne l'a pas moulée : le temps l'avait changée en métal, ct Myron a fait croire qu'elle était
son ouvr
Ces citations doivent-elles donner à penser qu'il a existé en Grèce une école spéciale qui s’attachait à produire l'illusion de la vie? Malheureusement les ouvrages de ce genre ne nous sont point parvenus : le contrôle n’est donc pas possible. D'ailleurs, il faut faire la part de l'exagération et de l'hyperbole permise à la langue figurée du poète. Ces éloges ne peuvent être que jeux d'esprit. II serait téméraire de les prendre à la lettre et d'en tirer une conclusion que dément d'une façon constante l'esprit mème du génie grec.
On à voulu établir une parenté, à vrai dire lointaine, entre le caractère de la sculpture égyptienne et le style de Barye. Dans la silhouette générale des formes, dans l'enveloppement des lignes, il y a peut-être identité de noblesse; mais l'art de l'Egypte s'il atteint le colossal, s'il est plus solennel, plus majestueux, plus grandiose, n'a ni chaleur, ni intimité, ni vie : il se tient dans l'immobilité monumentale et contemplative, il se complait aux symboles, et le sublime qui est le sien, reste inanimé toujours. Quel contraste entre un sphinx accroupi
pour l'éternité, et un tigre de B
rye qui bressaille, frémit, ou mord avec frénésie!
Il serait plus exact de chercher des points de contact avec les vestig
que nous possédons de l'art assyrien. Mais il faut s'empresser de remarquer que Barye n'a pu subir aucune influence, qu'il échappe à tout soupcon même de réminiscence involontaire. L'analogie ici n’est que fortuite. Le génie d’un homme et le génie d’une race disparue se sont rencontrés à travers les siècles, sans que l'un ait évoqué l’autre. En doute--on, consultez les dates, et vous verrez que Baryÿe avait alirmé l'esprit de son œuvre dix ans avant que les bas-reliefs de Khorsabad n'eussent révélé en France l'art puissant de Ninive.
Les Assyriens, moins biératiques que les Égyptiens, ont eu, contrairement à leurs devanciers, la préoccupation, je dirai même l'obsession du mouvement, Sur des grandes tables de granit, ils ont fait courir des chars, galoper des che-
vaux, bondir des lions. Il est d'un intérêt suprème de comparer avec un
bronze quelconque de Barye le petit lion assyrien du Louvre qui porte un anneau sur son dos, ou les admirables bas-reliefs du British Museum palpitants de la fureur des combats.
Chasse à l'homme, luttes contre les fauves, c'est le même caractère de grandeur sauvage, de férocité épique, de frénésie bestiale. Le parti d'art est identique. On croit reconnaître la façon d'indiquer les divisions principales, de disposer les plans du modelé; de faire si bien que, pour ainsi dire, la forme crie le mouvement.
Toutefois la bête assyrienne est d’une rudesse plus tragique ; on sent qu’elle est mise en œuvre par une poésie âpre où il entre, sinon les visions d'une sorte de cauchemar terrifiant et superbe, du moins les déchainements d'un lyrisme farouche. Elle appartient encore au rite et à la légende, Issue d'un mythe sacré, elle a saisi la nature pour s'en faire une enveloppe sensible; et elle s'est si bien revêtue de celle-ci, que la signification symbolique disparait.
Mais le symbole perce le voile, si l'on met en regard un ouvrage de Barye. L'animal du maître français est plus près de la vérité, ou mieux il est dans la vérité même : il participe de la vie ordinaire et simple, il est de ceux qui passent dans les plaines, sur les monts, à travers les forêts. Il n’éveille d’autres idées que celles qui sont strictement inhérentes à son être. Ici s'accuse une différence pro-
fonde entre l'art de Barye et celui de Ninive.
Dans son ensemble l'art assyrien, de même que l'art de l Égypte, joue le rôle
d'un gigantesque registre des faits de l'histoire. Nomenclature fidèle des actions
brillantes d’une époque ou d'un règne, on doit le regarder comme on lirait dans un livre immense. Chaque œuvre a l'invariable uniformité d'une formule, elle est la partie d'un grand tout : il semble qu'elle ne soit qu'une lettre de cette écriture sur pierre. Jamais l'antiquité primitive n'a eu la conception de l'art proprement dit, et n’a cherché dans le corps d'un animal une combinaison de formes capable
par elle-même d’éveiller le sentiment du beau.
Comment dès lors découvrir la filiation du génie de Barye? où trouver les influences maîtresses sous lesquelles inconsciemment s’est formé son œuvre? Il serait bien simple et il est on ne peut plus juste de reconnaitre en lui un génie français et très français. Non, il n'a pas connu ces grands élans d'idéal, ces échappées d'imagination, ces aspirations vers l'au delà, auxquels, à la bienheureuse
époque de la Renaissance, l'art italien s'abandonna pour sa plus grande gloire.
Indépendamment des qualités propres à son génie, il a la sagesse, la mesure, le sens pratique, le goût réglé, la puissance du savoir, la clarté dans lexpres-
mn
em —