PRÉFACE XIII
de massue à la tête. C’est un autre combat, ce sont d'autres armes et d’autres attitudes, ce sont d’autres formes.
Les proportions chez Ramey sont élancées, la tête du héros est petite, tandis que les figures de Barye sont de proportions plus courtes et avant tout vigoureuses. Au premier coup d'œil, on reconnait qu'il y a entre le goût des deux artistes une grande différence. Elle vient de ce que l’un s'inspire d'une tradition érudite, et l'autre d'une science originale. Mais au fond le résultat est équivalent. Si l’on compare ces ouvrages à l'antique, on voit que le premier pourrait se référer à l'école attique, tandis que le second ne serait pas indigne d'un maître dorien.
‘De mème, le groupe du ZLapithe et du Centaure qui suivit, pourrait être signé par un artiste grec. Les anciens ont fait beaucoup de combats de centaures et il nous en reste de nombreux et célèbres exemples. Nous en voyons dans les frises du temple de Thésée et du temple d'Apollon Épicourios, et aussi dans
les métopes du Parthénon. Il était donc assez hardi de choisir un pareil sujet,
que tout le monde connai
t déjà par tant de documents. Barye n'hésita pas et il a fait, sur cette donnée antique, un chef-d'œuvre moderne. La composition en est très vive et la hardiesse de la donnée est extrême. Le héros, Thésée lui-même, s’est élancé sur son adversaire moitié cheval et moitié homme : il l’a saisi à la gorge et va lui briser le crâne avec sa massue. Le centaure se renverse et se défend avec une vigueur furieuse et désespérée. Les lignes générales, le mouvement et les formes, tout dans ce groupe présente une décision, une énergie, une beauté extraordinaires.
Il faut en avoir un instant le modèle à sa disposition, pouvoir en détacher un à un tous les membres, les tenir dans ses mains, les regarder sous tous les aspects et à tous les jours. Il est rare que la sculpture moderne supporte ce fractionnement et surtout cet examen du morceau. Mais ici la perfection de la construction, la vérité de la musculature, la logique des actions, permettent le contrôle. C'est une merveille à voir : c'est un ouvrage qui est non seulement fait d'ensemble, mais dont chaque détail est rendu avec savoir et avec amour. Il défie la critique.
Ce groupe peut-il se comparer à un ouvrage grec? Rien n'est plus facile que de s'en rendre compte. Que l'on mette à côté, par exemple, et je l'ai fait, quelqu'une des métopes du Parthénon, Ce sont des représentations d’un même sujet. L'une a été exécutée sous la direction de Phidias, l'autre par un statuaire
parisien. Ces œuvres sont d’origine bien différente, et cependant elles se tiennent
parfaitement l'une à côté de l’autre. L'antique ne fait aucun tort au moderne :
les deux arts sont à la même hauteur.
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