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connaître parfaitement la forme les mouvements et les habitudes de l'éléphant. M. Barye réunissait toutes ces conditions ; aussi a-t-il résolu sans peine le problème qu'il s'était posé. Il y a dans la construction de son éléphant une précision, une
puissance, qui ne laissent rien à désirer. Il s'avance majestueusement; les griffes etles
dents des deux tigres attachés à ses flancs, qui grimpent sur ses côtés comme un lézard sur une muraille, n’entament pas sa robuste enveloppe. Les deux tigres sont d'une merveilleuse souplesse. Il n'y a dans leur mouvement rien qui relève de la convention, C'est un mouvement pris sur nature, saisi avec finesse et rendu avec fidélité. Ils grimpent avec tant d'agilité, que les chasseurs ne peuvent manquer de sentir bientôt leurs griffes acérées, leurs dents furicuses, s'ils ne se hâtent de les attaquer vigoureusement ; ils sont perdus si leurs coups sont mal adressés.
Les deux chasseurs ne sont pas traités moins heureusement que l'éléphant et les tigres. Du haut de leur tour vivante, ils regardent sans trembler l'ennemi qu'ils vont frapper. Leur visage exprime le courage sans mélange d'inquiétude. La présence du danger les anime et ne les effraye pas. Ainsi la Chasse au ligre, considérée sous le rapport de l'invention, est de nature à contenter les juges les plus sévères, et l'invention n'est pas le seul mérite de l'œuvre. Tous les personnages qui prennent part à l’action, éléphant, tigres, chasseurs, sont exécutés avec un soin, une patience, qui donnent un nouveau prix à la composition...
« La Chasse au taureau n'est pas composée moins habilement que la Chasse au tigre. Cest la même hardiesse de conception, la même finesse d'exécution. Deux cavaliers en costume de chasse du temps de François I” poursuivent un taureau sauvage. Le taureau vient de faire face et se prépare à se défendre vigoureusement : il se baisse pour éventrer d’un coup de corne le cheval qui arrive sur lui ; le cavalier, animé par la vue de son ennemi, se dispose à le frapper : chevaux, cavaliers et taureau, tout est rendu avec un mélange heureux d'élégance et d'énergie. J'admire
surtout le mouvement de ce dernier acteur, sur qui se concentre l'attention. La tête
baissée, exaspéré par l'éclat du fer qui le menace, il va passer sous le poitrail de cheval, entre ses deux épaules, et lui déchirer les entrailles, si le cavalier ne se hâte de sauver sa monture par un coup hardi. L'auteur ne paraît pas s'être préoccupé de l'arrangement des lignes, où du moins, s’il y a pensé, il a si bien concilié l'harmonie linéaire avec la vérité des mouvements, que cette préoccupation échappe au spectateur,
« Tous ceux qui ont regardé à plusieurs reprises la Chasse au taureau ne conservent aucun doute sur le rôle que l'imagination a joué dans la composition de cet
ouvrage. Il est impossible en effet de transcrire littéralement une pareille scène. Où
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trouver des modèles qui consentent à poser ? Un tel spectacle ne dure qu'un instant. Le taureau se courbe et vomit des flots de sang, ou le cheval éventré s’affaisse et entraine le cavalier, il n’est pas question alors de copier ce qu'on a devant les yeux, il faut se contenter de bien voir ; puis, quand vient l'heure de se mettre à l'œuy re, l'imagination agrandit les éléments réels consacrés par la mémoire. M. Barye par un heureux privilège a respecté tout à la fois les droits de l'imagination et les droits de la science ; je dis par un heureux privilège, car il est bien rare de voir l'exactitude se concilier avec l'invention.
« Dans la Chasse aux ours les cavaliers portent le costume du temps de
Charles VIT, et ce costume a été traité par M. Barye avec beaucoup d'élégance.
Les chevaux vigoureux et hardiment modelés rappellent la manière de Géricault, et ce n'est pas la seule analogie qu’on puisse signaler entre le peintre et le sculpteur. Chez M. Barye, comme chez l’auteur de la Æéduse, l'amour de la réalité
soutenu par des études persévérantes imprime à toutes les parties de l'œuvre