‹ L'œuvre de Barye;Chapitre 89 sur 155 · L'Ilustration, année 1866. Théophile Gautier · texte numérisé non relu

L'Ilustration, année 1866. Théophile Gautier

les ouvrages de sculpture », fut élue par tous les artistes convoqués à l'École nationale des beaux-arts le 5 mars à midi, d’après l'arrêté du citoyen ministre de l'Intérieur, Ledru-Rollin.

Le nom de Rude sortit le premier, et celui de Barye le troisième.

Cet hommri rendu au proscrit du Salon de 1837 avait le caractère d'une

manifestation publique, et ne dut pas le laisser insensible. En outre, ses anciens

juges privés de leur droit d'admission ou de refus sans appel, quelle satisfaction

et quelle vengeance ! Ses persécuteurs étaient mis hors d'état de nuire. Il n'avait pas conspiré, intrigué encore moins : le triomphe était d'autant plus beau qu'il était venu e chercher chez lui. Maintenant Barye était en droit d'espérer des jours meilleurs. Il perdait dans les princes de la famille d'Orléans des bienfaiteurs, mais leur solicitude ne s'était exercée qu'à titre privé, puisqu'ils n'avaient pu même, ainsi

qu'on l'a vu, le sauver d'un échec au Salon. Un nouvel avenir s'ouvrait pour

ui: plus d'entraves, plus de cette hostilité jalouse qu'avait dénoncée la presse, Soutenu par un libre verdict de ses confrères, grands ou petits, classiques ou indépendants, il rentrait en scène avec ce prestige de l'exilé qui a beaucoup à pardonner.

Maintenant il avait l'autorité d'un chef de parti, et sa considération grandissait de tout ce qu'avaient perdu ses ennemis.

Malheureusement, des tribulations d’un ordre pénible n'avaient jamais cessé de l’étreindre, Même aux heures de ses premiers succès, il n'avait jamais été heureux comme homme. Marié jeune, il avait perdu sa femme et ses deux filles successivement. Une seconde union ne lui avait pas donné moins de huit enfants, et son travail ne l’enrichissait pas.

Ceux qui l'ont connu à cette époque, se souviennent qu'il modelait ses chefsd'œuvre dans des réduits indignes du nom d'atelier. Calme, toujours silencieux, il ne se plaignait pas, il souffrait sans mot dire. À peine, au courant des causeries familières, dans des tête-à-tête intimes, laissait-il échapper des propos

attristés, des phrases critiques et conci qui révélaient le fond de son amer-

, les notoriétés

tume. Il déshabillait d’un mot incisif les réputations usurpées poussées en avant par l'engouement du vulgaire, mais tout cela sans haine ni passion, en convaincu, qui prend l’art au sérieux et n'admet que les admirations respectables.

Son amour des fontes irréprochables, des ciselures parfaites, des belles patines, l'entrainait loin dans les dépenses. Peu lui importait d'être assuré de la vente

d'une pièce, s'il y découvrait un défaut, il faisait recommencer la besogne.

Une si louable sollicitude compromet la fortune des désintéressés qui ont un capital derrière eux, et condamne à l'existence par expédients, à la gène de tous les jours ceux qui n'en ont pas. Pour établir sa fonderie rue de Boulogne, Barye avait dù emprunter de l'argent; il ne parvenait pas à se libérer. Les troubles qu'une révolution amène dans les affaires vinrent-ils aggraver sa situation! ? Toujours est-il qu'il se vit contraint à une résolution pénible. Il dut mettre en nantissement ses modèles chez M. Émile Martin, qui installa un magasin de vente rue Chaptal n° 12.

Il est assez difficile de savoir et de raconter surtout ce qui se passa dans cette période. Il y eut des éditions de ses modèles; le sculpteur avait bien sans doute un droit de contrôle, mais non plus toute liberté dans la réception des épreuves. Qu'à cette époque il y ait eu des fontes inférieures, hâtives ou mal achevées, on ne saurait s'en étonner, ni surtout accuser M. Émile Martin; car rien ne prouve que les relations entre celui-ci et Barye aient jamais cessé d'être empreintes de cordialité.

N'insistons pas sur cette délicate affaire qui n'intéresse qu'accessoirement la

mémoire de Barye et où l’on n'a rien à voir pour l'étude même de son œuvre. Ajoutons seulement que le dénouement n'eut lieu qu'en 1857, ainsi qu’en fait

foi la lettre suivante adressée à Th. Silvestre

Paris, le 28 janvier 1857.

Mon cher monsieur Silvestre,

Puisque vous avez l’obligeance de vous occuper quelquefois de mes affaires, j'ai encore recours à vous aujourd’hui.

Je ne peux pas quitter un moment mon travail du fronton; je suis très avare du temps qui me reste pour le terminer.

Soy z bon pour me représenter

auprès de M. Émile Martin.

Veuillez, s’il vous plaît, le prévenir que je viens de prendre la résolution de retirer mes modèles, et que je suis prêt à régler le compte avec lui.

Tout à vous, BARYE.

Le gouvernement de la République s'empressa de se montrer favorable à

1. Je crois devoir citer ici ce passage de M. Arsène Alexandre, dont on appréciera, dont j'apprécie tout le premier la réserve.

« Ce commerçant e

boutiquier le plus obscur.

Les catalogues sont là pour attester les dérisoires bénéfices qu'il en tirait. Aucuns frais n'étaient ménagés par lui pour es qui lui avaient permis de s'établir, il les avait acceptées en si

ntendait si bien le commerce, qu’il ne cherchait aucun des moyens de publicité familiers au Il attendait en toute naïveté qu’on eût l’idée de venir acheter chez lui de belles choses.

ses recherches. Quant aux combinaisons financi

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