‹ L'œuvre de Barye;Chapitre 9 sur 155 · XVIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XVIII PRÉFACE

son plein gré les études classiques, n'ait point hésité, pour donner la mesure de son talent, à recourir à des sujets empruntés à la mythologie. C'est que son esprit, par son étendue, déconcertait aussi bien ses admirateurs que ses contempteurs aveuglés. C'est qu'il était d'un pays, où la pensée et l'inspiration ont tant de sources grecques et latines que l'esprit y est naturellement ramené, Un pareil retour était comme un hommage au génie de notre race.

Volontaires ou non, ces ressouvenirs du passé lui portaient bonheur, Le Lapithe et le Centaure marque encore un plus grand progrès du maitre dans cet ouvrage plus que dans le précédent, l'antiquité est restituée dans sa puissance et dans sa beauté; il pourrait être grec. On y retrouve quelque chose de la proportion et de la carrure doriennes sans aucune visée archéologique ; c'est conformité de génie. Mais, il faut bien le dire, le sens mythologique dont témoigne un si bel ouvrage ne naît pas en nous de lui-même. En cela, encore, l'influence des premières études reparaît. C'est grâce à elles que Barye à si bien figuré son Lapithe et si bien représenté l'héroisme grec dans sa hauteur et sa moralité. Thésée, car c'est lui, combat avec toute l'énergie humaine, et cependant porte dans la lutte l'âme d'un dieu. Une pareille idée ne s’invente point.

Barye ne s'en est pas tenu là : il me semble s'être élevé plus haut encore dans les groupes du Louvre. Les petits modèles n'en donnent pas l'idée : Ja grande dimension y ajoute. Je les ai vus de près et, je le répète, un jour on devra les couler en bronze pour nous les montrer tels qu'ils sont. Jusqu'ici j'écarte autant que possible les descriptions. Mais je ne puis m'empêcher d'arrêter un instant la pensée sur la composition de ces beaux ouvrages. Voici la Guerre : un guerrier s'éveille au son de la trompette qu'embouche un jeune garçon.

sur son cheval de

Il va saisir son épée ct la tirer du fourreau; il est assis déjà

bataille; il sera bientôt debout. Voici /4 Pair : il faut remarquer le caractère de calme profond, la demi-somnolence du pâtre familièrement groupé avec le bœuf confié à sa garde et qui rêve doucement tandis que, près de lui, un enfant joue de la flûte. C'est une idylle magnifique; un sentiment pénétrant s’en dégage. L'Ordre nous montre un homme assis en maître sur un tigre rugissant. Enfin, la Force est représentée par un guerrier qui, dans un calme qui s'impose, parait trner sur un lion.

Tous ces personnages sont d’une puissante structure. Le caractère de leurs formes est exclusivement emprunté à la nature et inspiré d'elle. Ici encore, par la puissance du génie de l'artiste, ce naturalisme fondamental est élevé au caractère le plus héroïque, au style le plus haut, à une sorte de magnificence.

C'est dans ce sens que le génie de Barye a progressé dans son développe-

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