‹ L'œuvre de Barye;Chapitre 91 sur 155 · PR RE ET IR PMR NE ESRI · texte numérisé non relu

PR RE ET IR PMR NE ESRI

= = LA VIE ET LES ŒUVRES. 105 de la tête de l'homme, et surtout quelle incomparable mesure! quelle éloquence sans rhétorique !

« Ce centaure dompté par un Lapithe, écrit Théophile Gautier, montra que ce romantique proscrit par le jury était le statuaire moderne qui se rapprochait le plus de Phidias et de la sculpture grecque. Ce Lapithe aux formes robustes et simples, beau comme l'idéal, vrai comme la nature, aurait pu figurer dans le fronton du Parthénon, à côté de l'Ilissus, et le centaure se. mêler aux cavalcades des métopes'. »

Quoiqu'il soit diflicile de justifier une préférence, entre ce groupe et le Thésée et le Minotaure, peut-être le premier est-il plus attachant par la fougue, É l'importance du sujet, le développement de la silhouette équestre. Toutefois, É au fond, les deux œuvres se valent. Nées d’un principe identique, elles ont une É portée parallèle, une égale pénétration dans le beau. È Mais plus haut encore, et tout en haut cette fois, se place le Jaguar dévo- E

rant un lièvre. C'est bien la résultante de toute son expérience de plasticien, le sumunum de son concept esthétique, la synthèse de son art, le chef-d'œuvre de

sa vie. Sa personnalité jaillit de ce groupe, l'enveloppe et sy résume.

CAMUUAEUMUUENE

« Je crois que de l'avis de tous, s'écrie M. Bonnat, c'est le chef-d'œuvre des

chefs-d'œuvre de cet homme qui en a tant produit. C'est beau comme l'Æsclave de

Michel-Ange au Louvre. Il se dégage de ce bronze merveilleux, ainsi conçu et exé- Ë

cuté, une impression de férocité et de sauvagerie extraordinaires. C'est du génie”. » Ë

Aplati sur son train de derrière, appuyé sur ses pattes de devant, le É jaguar, le cou allongé, tient dans sa gueule largement ouverte un lièvre mort

ou mourant, dont la tête et la partie antérieure du corps retombent inertes. Un È

frémissement de plaisir parcourt les fibres du ravisseur. Sous un frisson de :

volupté vorace, tout son être s'agite depuis cette queue tendue et enroulée à 5 son extrémité jusqu'à ces oreilles couchées, qui semblent devenues insensibles aux bruits extérieurs. La bête est absorbée dans sa jouissance. Tout se délecte en elle, frénétiquement. Elle s'est accroupie, presque couchée pour savourer plus commodément sa proie, la féroce raffinée ; mais elle relève ses épaules et son cou à seule fin de prendre une happée plus longue. Sous ces formes distendues les membres restent terribles. Malheur au téméraire qui voudrait troubler le festin! Une subite contraction des muscles, un bond formidable, et une nouvelle victime! Il n’est pas pos sible, je vous le jure, de

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