L'Ilustration, année 1866. Théophile Gautier
9, Gazette des Beaux-Arts, mai 1889. « Banve », étude par Bonnat. É
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concentrer dans une matière solide, plâtre ou bronze, plus de sauvagerie,
ë de bestialité, de souplesse effrayante et de style’.
Oh! Barve est bien là tout entier. À qui ressemblet-il? Quels sont les ra-
ieux modèles que vous allez lui trouver cette fois: l'Égypte, l'Assyrie ou la Grèce,
la Renaissance ou l'époque moderne, Michel-Ange ou Puget? Cherchez. Il n’est que
lui-même : il ne procède que de son soi; il a réellement créé, et cette création est e type souverain de son pouvoir de créateur.
Le moment est unique. Arrêtons-nous pour regarder en arrière l’ensemble de ce Tui-
il a donné tout son génie. Il a dit son dernier mot avec le
qu'il a apporté aux hommes de son temps. Avec les lions de la Bastille et de
eries, les deux Thés
Jaguar et le Lièvre : c’est fini, la limite extrême est atteinte, il n'ira pas plus loin.
Une catastrophe eût pu le saisir alors, la maladie rendre sa main impuissante ; sa gloire était sauve, parce que son œuvre était fait.
Et il aurait été en droit de penser avec tranquillité qu'il laissait à la postérité ce qu'il y avait eu de meilleur en lui. Bien heureusement, cette fatale hypothèse
5 ne se réalisa pas. Certes, il produira encore et de nobles et de généreux ouvrages.
De grands succès l'attendent, de légitimes honneurs vont adoucir ses amertumes premières; mais il ne s'élèvera plus jusqu'à cette cime où l’avaient vu les dernières Journées de 1850.
Fait étrange, la critique du moment n'accorda qu'une importance secondaire au Jaguar dévorant un lièvre. Le Lapithe et le centaure, sujet mythologique, qui prètait mieux aux développements littéraires, fit les frais des comptes rendus. On ne cita l’autre qu'accessoirement, — quand on le citait encore, — presque par politesse.
Je relève des phrases comme celles-ci : « Indépendamment de ce groupe, M. Barye
1. Ne voulant pas laisser oublier par le lecteur cette page frémissante d'impression juste de M. Edmond de
Goncourt, — que je ne connaissais pas quand j'ai
it les lignes qui précèdent, — je m'empresse de la citer, dût la
description du maître anéantir celle que j'ai tentéc
« Le jaguar, le poitrail sorti de terre, est accroupi sur ses pattes de derrière, le ventre entré dans le sol, arc-
bouté sur la patte gauche, dont la large tête de l’humérus fait saillie au-dessus de la ligne serpentante et effacée et retraitée de tout le corps; il fouille d’un mufle à l’aplatissement presque vipérin, les entrailles d’un lièvre, il = fouille, le cou tout sillonné d'énormes gonflements, Le rampement famélique, l'avalement de la croupe mamelonière de puissautes contractions nerveuses, le repliement des deux pattes rassemblées, écrasées sous la bête, la tranquillité du dos où la peau, un peu relächée, se plisse sur les ©
s, le dénouement de la queue où persiste dans la torsion du bout comme un reste de force colère, les terribles froncements de la face, l'ampleur des mächoires en joie, le rabattement des petites oreilles tressautantes, le travail de la robe, travail sans relief, travail de ravures couchées dans le sens des poils, le grand dessin des raccourcis, la savante opposition des parties de musculature au repos
qu’on dirait somnolentes, et des parties de musculature en action — comme inquiètes et encore éveillé
s : tout ce , font de ce bronze une de ces imitations de la nature vivante, au delà de laquelle la sculpture ne peut aller. Oui, en vérité, « ce if
surprenant mélange de détente et de ramassement de vigueur animale
aguar dévorant un lièvre »
est la parfaite représentation chez les grands félins de la succion jouisseuse, de la volupté gourmande du sang. »
(Edmond de Goncourt. « Un mot », préface du Cataloque des bronzes de Barye — épreuves de choix. Collection Auguste Sichel, Janvier 1886.)
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