Charles Blanc. Les artistes de mon lemps : « Barye
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A Ja bonne heure! est-on tenté de s’écrier, voilà une acquisition qui
honore l'administration d'alors! Oui, mais savez-vous la destination qui fut donnée à ce chef-d'œuvre? On l'attribua au musée du département de la Haute-Loire; il fut
exilé, enterré au Puy, comme un de ces ouvrages achetés par bienveillance,et dont
on fait la distribution à la province toujours contente de voir grossir ses musées. Barye avait exécuté ce groupe au Louvre, dans son atelier. Il ne devait pas y rester longtemps dans cet atelier concédé par l'administration. En 1850 son
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emploi lui fut retiré. A titre de compensation, il fut nommé maitre de de d'histoire naturelle à l'école agronomique de Versailles. Les renseignements manquent sur cette fonction nouvelle qui ne l'absorba guère, puisque l'année suivante
elle était supprimée.
Mais la façon dont Barye quitta le Louvre mérite d'être contée, à la honte de ceux qui l'en délogèrent, et sur lesquels pèse la responsabilité d'une irréparable perte. Il en fut non seulement congédié, mais mis dehors, expulsé sur l'heure. Et ce qui est plus grave que cette inconvenance, c'est qu'il venait de terminer un groupe pour faire pendant au Lapithe et au Centaure, groupe à propos duquel il ne nous est resté aucune indication sur la composition ni même sur le sujet.
Obligé de déménager à la hâte, comme un locataire qui vide les lieux sous l'œil de l'huissier, il fit mettre dans une charrette à bras son modèle en terre; et il racontait que, marchant derrière, il s'arrêtait à chaque instant pour ramasser un à un les morceaux détachés par les cahotements et qu'il replaçait dans la voiture. Quand il arriva à destination, il n'y avait plus qu'un tas de fragments qui rou— laient les uns sur les autres.
Un nouveau chef-d'œuvre peut-être était détruit.
« Il revint habiter dans-un quartier retiré, sur cette montagne Sainte
Geneviève qui fut le berceau des études, et qui en est encore le centre. Il a
toujours eu du goût pour ces retraites, non pas silencieuses — qui donc en dé-
couvrirait dans notre Paris moderne ? — mais d’où s’en est allé le mouvement de la foule bruyante, l’agitation sans relâche. Il demeure dans un vieil hôtel autrefois donné, dit-on, par Louis XIV aux Stuarts exilés, et habité depuis par Colbert. Une partie des pièces a été transformée en salle de vente pour ses œuvres, exemple de courageuse initiative qui ne sera point imité!, » Je trouve ce renseignement dans la Æevwe des Deux Mondes de 1870. C'est dans cette demeure qu'il fit la reproduction des quatre-vingt-dix-sept grands mascarons qui soutiennent le tablier du pont Neuf — travail qu'il faut citer pour mémoire.
Le Salon de 1852 eut l'honneur de montrer en bronze le Jaguar dévorant un
lièvre”, qui fut ensuite acheté par la maison de l’empereur. Cette œuvre était la seule qu'avait présentée le maitre. En 1833, vraisemblablement absorbé par l'œuvre importante dont nous allons parler, il ne parut pas à l'Exposition.
Un arrêté du ministre Fortoul, en date du 14 octobre 1834, le nomma profes-
seur de dessin pour la zoologie au Muséum d'histoire naturelle de Paris en remplacement de M. Chazal décédé, aux appointements de 2,000 franes par an, portés à 2,500 francs, à partir du 1° janvier 1863.
Voilà donc Barye installé à titre ofliciel dans son cher Jardin des plantes, au milieu de ses modèles, j'allais dire de ses amis, dans cet établissement où il était venu, débutant obscur, étudiant laborieux et misérable. Cette nomination, outre qu'elle améliorait tant soit peu sa situation toujours dificile, dut lui faire grande joie ; la fonction, il l'aima toujours ; il avait comme une prédilection pour elle, illa conserva jusqu'à sa mort, et le titre en fut mentionné sur le billet de faire part de décès après celui de membre de l’Institut.
Cependant la réunion du Louvre aux Tuileries allait donner de l'ouvrage aux sculpteurs. Lefuel, après Visconti, avait été nommé architecte du Louvre. Il eut la bonne pensée, qui restera un honneur pour sa mémoire, de confier un travail monumental à Barye. C'était en même temps lui offrir l'occasion de faire, une fois pour toutes, justice de cette idée courante que l'auteur du Zion de la colonne de Juillet n'était qu'un animalier. Barye, en cette même année 1854, était chargé officiellement de décorer les pavillons Daru, Denon, Colbert et Turgot. I1 s'agissait de symboliser les mérites du gouvernement nouveau, où du moins ceux qu'il croyait
avoir. Le programme demandait quatre grands groupes en pierre, représentant
1. Revue des Deux Mondes, « l'Art contemporain », 1° février 1870, p. 775. Article de Charles d'Henriot, 2. Catalogue du Salon de 1 (au Palais-Royal.) Barye (Antoine-Louis), né à Pa
1295 — Un jaguar dévorant un lièvre; bronze.
‘lève de Gros et Bosio. Médaille 2° classe, (sculpture 1831), — 3 — 1855. — [ex.]
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