‹ L'œuvre de Barye;Chapitre 95 sur 155 · É ES Ë É Ë E É É E É É · texte numérisé non relu

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la Pair, la Guerre, la Force défendant le Travail, VOrdre punissant les pervers.

J'imagine que ces titres de sculpture officielle, — s'il en fut jamais — laissèrent Barye froid à première vue, quelle que dût être sa satisfaction. Lui, qui avait une prédilection native pour les mouvements emportés, pour les plastiques de nature; lui, dont la force était la vérité, bien plus que la vraisemblance, que la fantaisie gènait, qui était mal à l'aise devant la convention, il était obligé de passer par l'allégorie, de s'en prendre à des abstractions, et enfin de montrer l'Ordre, ou la Force, en train, l'une de défendre le Travail, et l’autre de punir les pervers. Il était obligé de placer des hommes nus et des enfants dans le même appareil, sur les toits, presque dans les nuages !

A ce propos, on s'est beaucoup plaint, non sans raison, de l'élévation des

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entablements sur lesquels se profilent ces quatre groupes. IL est certain qu'ils sont placés bien haut, qu'ils échappent au premier regard, noyés comme ils le sont dans la richesse d'une architecture parée de trophées, de reliefs de toute sorte,

luxueuse, malgré tout de belle ordonnance. IIS ne sont plus que les éléments

sacrifiés d'un ensemble décoratif.

Mais, hâtons-nous de le constater, il ne serait pas juste d'accuser l'architecte d'avoir, de son plein gré, relégué Barye parmi ces hauteurs. D'après son idée première, les groupes devaient reposer sur des socles, presque à hauteur d'homme, de mème que les rangées de statues exposées maintenant aux variations de la température, sur les bahuts de la balustrade supérieure du nouveau Louvre, étaient destinées à décorer des arcades, Un besoin d'étalage de faste extérieur, imposé par le goût impérial, en décida autrement.

Et Barye « exécuta quatre groupes recommandables à plus d’un titre, mais qui ne sont pas de ceux qu'on distinguera dans son œuvre. Que voulez-vous? l'art ne se prête pas facilement à l'adulation. C'est une erreur commune aux Souverne-

ments d'espérer toujours une impossible exception pour eux ; les travaux officiels,

l'artiste ne les a le plus souvent ni conçus, ni portés; il les a terminés à courte

échéance, en un délai déterminé, pour une inauguration promise et fixée d'avance.

On est si pressé de jouir! Sont-ce là de bonnes conditions ?... Formes accentuées,

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sobres presque austères en quelques endroits, heureuse combinaison des profils, fermeté de la main, on croit reconnaitre tout cela dans les sculptures du Louvre. Je ne jurerais pas que cela y fût. Ces groupes, là où ils sont placés, restent des plus difficiles à juger, non pas seulement en vertu de la hauteur, mais à cause de la

profusion des ornements qui les entourent. »

Je prie avec instance le lecteur de remarquer que ce n’est pas moi qui parle

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ainsi, mais la /tevue des Deux Mondes’, et le signataire de l’article ne peut être accusé de manquer d’enthousiasme pour Barye.

En regard de cette appréciation osée, voici un extrait du carnet d’un artiste que je ne nommerai point, et pour cause” :

« J'ai été hier au Louvre, et suis monté sur l’échafaudage pour voir les groupes de Barye que les praticiens sont en train de terminer. Aucun spectacle, aucun, après celui de la nature elle-même, ne m'a autant remué; j'en tremblais quand je me suis trouvé en face du groupe de la Guerre, Le soleil se couchait, ses rayons dorés frappaient obliquement le groupe, ils éclairaient la tête du guerrier. Je vois toujours le grand geste du bras cherchant la poignée du glaive ; j'entends le clairon de l'enfant et le hennissement du cheval. Devant le premier groupe, je n'avais rencontré qu'un seul visiteur; il était debout, la tête inclinée et regardant profondément : c'était Guillaume, le sculpteur des Gracques. »

La donnée décorative à l'aide de laquelle Barye a exprimé les symboles de ses sujets est des plus simples. Une figure d'homme assis, tenant, ou ayant contre elle, une figure d'enfant debout. Derrière, un animal couché, lion, tigre, cheval ou taureau, élargit par sa silhouette la base des groupes qu'il semble supporter. Voilà tout : tel est le thème unique sur lequel il a exécuté des variations ingénieuses et savantes.

Dans les quatre compositions le parti est le même; ce sont presque les mêmes modèles dont les poses diffèrent, La monotonie d'aspect n'était pas à craindre étant donné l'intervalle des groupes. Puis l'équilibre des masses, la pondération des lignes, le rythmé des attitudes, le calme de l'ordonnance, tout cela a été maintenu, prévu, combiné avec sagesse, avec entente des lois sculpturales, avec un goût irréprochable, par un esprit préoccupé de faire œuvre de style, par une main retenue, posée, sérieuse, qui s'était interdit tout élan imprévu, toute entrai— nante chaleur d'exécution.

Théophile Silvestre prétend que Barye mit intentionnellement ses animaux en second plan, afin de répondre de bonne manière à ceux qui déclaraient qu'il

était inférieur dans la figure humaine, L'histoire est inadmissible. Un homme

comme Barye n'aurait pas pris la peine de combiner ses compositions tout exprès, pour mortifier, pour attraper, c'est le terme, ceux qu'il avait le droit, quant à lui, de traiter de sots tout au moins. Non, il n'a obéi qu'à la logique en suboroire au principal.

donnant l'acces

4. Revue des Deux Mondes, « V'Art contemporain », 4 février 1870. Art. de Ch. d’Henriot, pages 771 et 772, 2, « Préface » du Catalogue des œuvres de Barye exposées en 1875 à l’école des Beaux-Arts, par A. Genevay.

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