‹ L'œuvre de Henry de GrouxChapitre 10 sur 46 · LA VEILLÉE DE WATERLOO · texte numérisé non relu

LA VEILLÉE DE WATERLOO

(Reproduction d’après la lithographie originale.)

muent en arbres ; Promèthée, voleur du feu divin, sur un écueil abandonné, attend, les membres raidis, le vautour qui plane dans le ciel et va s’abattre sur sa proie. — Il y a dans la mer, dans le ciel, une magnificence incomparable de couleurs -

Jadis le Christ aux outrages fut la retentissante affirmation de la piété de de Groux pour les grands vaincus. Vers qui, sinon vers l’artiste éternel, désigné aux huées par les castrats et les bouffons, se rue cette population de bagne et de lupanar? Cette avalanche de chairs, de viandes, de ventres, de membres noueux, ne s’amoncelle que comme une insulte à l’Esprit. Ceux qui ont vu cette page de Justice et qui ont compris, en gardent l’ineffaçable impression.

Mais voici des portraits : le peuple aimé de l’artiste, du fond de ses rêves, se précise. Yoici un viril portrait de Léon Bloy , il est le corollaire éloquent des œuvres du puissant écrivain ; voici Baudelaire, « poète au grand cœur douloureux » , contemplateur visionnaire du Péché ; voici Balzac, lutteur titanesque, amasseur de blocs de pierre, constructeur d’un monde idéal, et vaincu par la vie.

Et les vaincus d’âme douce et candide n’ontils point ici leur place ? Y oici Louis II, le roi- vierge, qui vécut près du génie, comprit le génie sans avoir de génie. Il est aussi, lui, marqué d’un sceau fatal. Ses yeux clairs et chastes suivent d’un long regard de regret et de lassitude l’envol dans le ciel du cygne triomphant de Wagner ; regret d’exilé, lassitude d’impuissant. Tant de douleurs, sur cet adolescent, ce roi, ce fou, l’admettent dans les rangs glorieux et sombres des damnés. Un autre tableau récent représente un fait divers : Zola hué par la foule; — Zola, encore un vaincu au moment où j’écris ces lignes. Autour d’un homme seul, hésitant, un cercle se resserre d’hommes qui hurlent à ne plus s’entendre. Mille cannes sont dressées ; c’est une meute qui aboie; des faces pâles de colère, des gueules, des mufles convulsés brutalement apparaissent, surgissant de l’anonymat pour lancer un mot de haine, et aussitôt rentrer dans la nuit. La fureur des siècles d’ignorance crie, siffle, rugit par ces bouches tordues de fureur, menace, par ces yeux de bêtes fauves, l’homme calme qui a dit ce qu’il crut être la vérité. Là se manifeste la vertu de

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