LES DAMNÉS
Tous ceux-là qui s’approchèrent du soleil et s’y brûlèrent les ailes, tous ceux qui, provocateurs de la foudre, furent foudroyés, tous ceux qui luttèrent contre les dieux, révoltés ou blasphémateurs; ceux qu’une ardente passion dévora et qui, d’avoir affronté l’enfer, revinrent les yeux éteints, ceux contre qui un peuple se leva hurlant, bavant, monstre à mille têtes, ceux qui,, champions de justice ou de beauté, virent les crachats et les sifflets rayer l’air autour d’eux, et les belluaires qui matèrent les peuples, et ceux qui s’exilèrent incompris et furent qualifiés de fous, tous ceux qui furent vaincus par la force, par la bêtise, par la vie et se tinrent drapés dans leur
rêve et leur orgueil : voilà le peuple de de Groux.
Puisqu’on a voulu l’apparenter à Delacroix, rappelons les vers de Baudelaire :
Delacroix, lac de sang, hanté de mauvais anges,
Ombragé par un bois de sapins toujours verts.
Où, sous ce ciel chagrin, des fanfares étranges
Passent comme un soupir étouffé de Weber.
Ils sont aussi une admirable évocation de l’œuvre de de Groux.
On a tout dit jadis et en de bons termes sur les premières visions infernales de de Groux : le Pendu, le Meurtre, les Traînards après la bataille, etc. Dans ces derniers temps il créait encore deux admirables tableaux, synthétiques en quelque sorte de son rêve damné, et où s’accuse l’habileté, la largeur, la facilité d’un maître en pleine possession de ses moyens : la Forêt dantesque , sombre, où volètent des harpies, au sol éclatant de fleurs sanglantes, exhibe son charnier de désespérés, qui lentement, hagards, crispés, se
ET SON ŒUVRE