‹ L'œuvre de Henry de GrouxChapitre 18 sur 46 · GRAND DUC · texte numérisé non relu

GRAND DUC

(Reprod. d’après la lithog. orfginale.)

tantes où Balzac a fixé le désastre affreux de la Bérésina, c’est en effet la Retraite de Russie.

Le Retour de l’île d’Elbe. L’empereur offre froidement sa poitrine à la rage de ses anciens soldats, et l’on voit les âmes et les figures ployer aux souvenirs toujours chers des épiques aventures ; les bannières et les aigles s’inclinent; plusieurs, déjà flottantes autour de Napoléon parmi l’apaisement de l’orage qui les agite, parlent aux troupes des victoires d’autrefois, de la règle qu’ils ont chérie et de l’obéissance à des chefs toujours glorieux ; en même temps, dans la nuée, étendard qui lui ouvre l’ave-

Maisje veux parler du Napoléon a Sainte-Hélène . Le peintre s’est lui-même surpassé ; cette toile porte en elle le sens secret de toute l’œuvre; c’est l’aboutissement allégorique de sa pensée. Rien ne reste des vieilles routines, ici ; tout y apparaît minutieusement apprêté en vue d’un effet volontaire et certain. Que voyons-nous pourtant ? un morne paysage ; le soleil lugubrement descend, rouge, vers les flots fatals d’une mer impavide et comme sourde ; un reflet sinistre à peine la pénètre ; dans le ciel que traversent des bandes du même rouge accablant et mauvais, d’épais oiseaux de proie planen avec tris-

tesse. Un coin de l'île se devine obscur, avec de rares cactus, une végétation hostile, presque funèbre, et des saules hargneux sur la hauteur : un arbre a été abattu ; près du trou que sa chute a creusé, une bêche fichée dans le sol, et devant, assis, les yeux immobiles, le front tendu sous l’âpreté des pensées stériles et peut-être du remords, un homme grave et vieilli médite en les regardant. Tout porte ici la marque certaine delà déchéance et du désastre ; tout y est abîme et solitude ; l’homme vêtu de vêtements vulgaires, presque rustiques, et d’un

des décombres que fera l’écroulement de tous les symboles séculaires d’asservissement, le glaive et l’or engloutis sous le renversement splendide de la croix, tandis qu’au fond, derrière les arbres où les mauvais seront pendus, la ville entière de mensonge et d’orgueil stupide s’effondrera parmi les flammes. Et les peuples fortifiés aux lueurs de l’aurore future se réjouiront, au milieu du bon désastre, de leurs vendanges.

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