‹ L'œuvre de Henry de GrouxChapitre 22 sur 46 · SOLITUDE · texte numérisé non relu

SOLITUDE

(D'après la peinture originale.)

la joie — sensuelle avec spiritualité, spirituellejusqu’à la sensualité — qu’il leur procure, passionnément. Épris du but, ils s’éprennent du moyen, et ne l’ont, du reste, choisi que par amour, ! — je veux dire parce qu’ils ont trouvé en lui plus qu’en nul autre (et sur l’impérative et irrésistible désignation d’une fatalité divine) les éléments harmoniques avec leur individuelle nature qui leur permettaient d’atteindre, grâce à lui, vite et sûrement au but adoré. Ainsi, le grand peintre n’est « qu’un peintre » comme le grand musicien n’est « qu’un musicien » : ne demandant l’expression qu’à l’instrument de son art propre; et celui-là, précisément, ne serait ni peintre ni poète, qui troublerait et confondrait les limites essentielles des deux domaines. Celui-là. commettrait une faute symétrique, et contraire et égale à celle de ces artistes, nos trop nombreux contemporains, qui prennent le moyen pour le but et, par les sortilèges d’une habileté dangereuse interrompent les relations nécessaires des

trois des peintres, tous trois des poètes, tous trois des musiciens.

Doctrine, la vraie, ou la seule : un fonds à tous les arts commun est la vie pensée. Étudions la nature pour apprendre d’elle le procès de la création ; puis, l’œuvre d'art étant dans l’éternité (puisqu’elle ne subit plus, paysage ou visage, l’action du soleil ni des années), ne nous attardons davantage à ce qui sous nos yeux se compose et se décompose incessamment, apparaît et passe. Pour faire vivant dans T éternité , — notre unique empire, — c’est-à-dire pour créer une idée, un fantôme, une forme que tous puissent toujours reconnaître, copions, selon les lois d’après lesquelles la nature concerte une fleur, un nuage, un rayon, des modèles situés hors de l’espace et du temps, dans la vie vraie, hors des apparences, dans la vie qui ne meurt pas, dans la vie pensée.

Ces principes, ceux mêmes d’Henry de Groux, eti agitant telles idées générales, je ne pensais qu’à lui. Je

ET SON ŒUVRE

ne sache pas, en effet, vision d’artiste plus que la sienne étrangère à des visées temporaires ou locales. Tellement que même son personnage civil et de passant ne consente que mal ou à peine aux coudoiements de l’heure et se signale aux yeux de loisir par les caractères, sur lesquels tout le monde est d’accord sans que personne

portés avec timidité, cette allure gauche et noble, courageuse et tremblante, cette physionomie singulière où le goût et l’habitude de la méditation paralysent les natives défiances de qui, se sentant différent de tous et de tous épié, voudrait les surveiller, prudent, et les oublie pour mieux, songeur, et brusquement se les rappelle, brus-

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