‹ L'œuvre de Henry de GrouxChapitre 24 sur 46 · EVE · texte numérisé non relu

EVE

(Etude pour le tableau.)

férences pour le geste orageux, l’expression tourmentée, l’héroïsme romantique des attitudes, aussi par la même adoration pour cette magie, en effet adorable, de la couleur, chère à tous les deux pour elle-même sans que jamais ni l’un ni l’autre ne lui cèdent au point de la laisser, splendeur physique, éclipser l’éclat lyrique des pensées. Le rapprochement, s’il convenait de le poursuivre, vaudrait autant par les écarts que par les traits communs. Mais, sauA de celle-ci, — qui, proprement, n’en est pas une, évoquant la Peinture, ou l’Art, plutôt que tel « système » personnel à quelqu’un ou à quelques-uns, — de Groux, non plus que d’une heuie et d’un lieu, n’est d’aucune école. Le fait même est significatif, je crois, d’une personnalité vivace que celle-ci apparaisse au lendemain des impressionnistes comme à leur veille, sans

ments visibles de la vie un double, même caractéristique. Il fut sauvé quand il aima Daumier...

A lire Baudelaire, à écouter Wagner il perdit, devant ses propres désirs, le sentiment d’une déprimante solitude : d’autres, autrementmais aussi, s’étaient orientés aux splendeurs de la joie et de la gloire vivantes où se recèle le secret fécond d.ï la vie! Il se connut et prit courage. Plus tard Rubens devait lui dire le dernier conseil.

Les portraits que de ses deux héros expose, à ce Salon, de Groux. ont le mérite e: le sens d’un magnifique hommage ... Notre orient ne varie pas, mais la couleur de notre âme. A des heures, elle le contemple, morne ou furieuse à travers le désespoir de ne l’atteindre que du désir. Et puis les gens — « Pauvres gens, que les gens! » disait Verlaine — sont là, pleins de reproches, d’aigreurs

ET SON ŒUVRE

d’égoïsme, d’injustice et de toutes les méchancetés, pour donner plus d’amertume au gouffre qui nous sépare de l’idéal, et si le poète, dans ces heures cruelles, fait un geste, c’est les Fleurs du mal ou le Christ aux outrages. — Mais il est d’autres heures, par delà les ténèbres du jour.

Par ces soirs solennels de célestes vendanges, où le temps s’efface, et le gouffre, et les gens, où nous' planons déjà, la durée s’illustrant des clartés éternelles, dans l’air léger de la gloire, dans la splendide essence de la joie, et le poète de ces belles heures extasiées écrit la Tétralogie...

N’est-ce pas ce que vous lisez dans ces deux portraits? Wagner — calmé, triomphant, épanoui, élu, roi, du haut de son oeuvre enfin touchant à la réalité spirituelle des splendeurs, esprit pur lui-même devenu, dont l’amour exalte son génie ; Baudelaire — inassouvi, désolé, replié sur lui-même dans l’horreur des ’fantômes qui font à sa pensée un linceul de cris damnés : mais du fond de sa damnation comme d’un hautain recul, ce sont aussi des splendeurs qu’il contemple, et elles dorent encore d’un reflet suave les horizons ordinaires de sa tristesse ; plutôt qu’au renoncement, plutôt qu’à l’abattement de la malédiction subie, il invite aux affreux tumultes de la colère et de la révolte, et sa haine est une face de l’amour...

Son oeuvre d’apaisement et de joie, de Groux la médite, lointaine encore, — déjà commencée, pourtant ( Orphée et les Mages et la Mon ae Darius et surtout les interprétations des poème wagnériens).

Son oeuvre de colère est plus avancée. Je citais le Christ aux outrages , et vous savez les Vendanges.

L’ Epopée napoléonienne en sera le plus vaste épisode.

L’histoire, mais légendaire, avec juste assez de consistance précise. Outre un prétexte admirable à dire toute la vie synthétisée dans la plus illustre entre les dernières crises de l’histoire, l’occasion, peut-être unique, de la saisir dans ses éléments essentiels avant qu’ils se soient évaporés sous l’implacable action du temps. La vie, oui, excellemment : La Vie Pensée.

Pour parler dignement de cette suite napoléonienne, sujet tentant, je voudrais bien des pages... On sent, çà et là, les hésitations précieusesde l’artiste devant le monstre à réduire, à posséder, et le portrait peint de Bonaparte n’a pas le mêmesensque le portrait lithographié de Napoléon.

Peut-être la Veillée de Waterloo s’exagère-t-eile dans le mouvement romantique, et j’en sais une autre interprétation, du même peintre, de dimensions très réduites, dans les tonalités éteintes, qui m’a davantage ému.

Mais le Retour de l’île d’Elbe! La sublime composition du tableau, l’ardeur lucide de l’exécution ! Ce cercle fantastique, guerrier, religieux de drapeaux inclinant des aigles vers l’homme aux bras ouverts, qui s’offre environné, embrassé de plis tricolores où palpite l’amour de tout un peuple, à ce baiser rude,, eucharistiquement, tout à tous, l’hostie sanglante !

« Un peu plus loin vers le symbole, un peu moins livré dès le premier plan... » disent, non pas particulièment de ce tableau, mais de chacun des tableaux de de Groux, quelques critiques. — Je ne critique pas.

Et le public se partage. Pas une œuvre qui plaise tout

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