‹ L'œuvre de Voltaire 1923Chapitre 7 sur 57 · ETES · texte numérisé non relu

ETES

? Au milieu des jardins, entre deux cascades, s'élevait un salon ovale de trois cents pieds de diamètre, dont la voûte d'azur semée d'étoiles d’or représentait toutes les constellations avec les planètes, chacune à leur véritable place, et cette voûte tournait, ainsi que le ciel, par des machines aussi invisibles que le sont celles qui dirigent les mouvements célestes. Cent mille flambeaux enfermés dans des

cylindres de cristal de roche éclairaient les dehors et l'intérieur de la salle à manger ; un buffet en gradins portait vingt mille vases ou plats d’or ; et vis-à-vis le buffet d’autres gradins étaient remplis de musiciens. Deux autres amphithéâtres étaient chargés, l’un des fruits de toutes les saisons ; l’autre, d’amphores de cristal où brillaient tous a vins de Ia terre.

Les convives prirent leurs places autour d’une table de compartiments qui figuraient des fleurs et des fruits, tous en pierres précieuses. La belle Formosante fut placée entre le roi des Indes et celui d'Égypte, la belle Aldée auprès du roi des Scythes. Il y avait une trentaine de princes, et chacun d’eux était à côté d’une des plus belles dames du palais. Le roi de Babylone au milieu, vis-à-vis de sa fille, paraissait partagé entre le chagrin de n’avoir pu la marier, et le plaisir de la garder encore. Formosante lui demanda la permission de mettre son oiseau sur la table à côté d’elle. Le roi le trouva très bon.

La musique, qui se fit entendre, donna une pleine liberté à chaque prince d'entretenir sa voisine. Le festin parut aussi agréable que magnifique. On avait servi devant Formosante un ragoût que le roi son père aimait beaucoup. La princesse dit qu’it fallait le-porter devant Sa Majesté ; aussitôt l’oiseau se saisit du plat avec une dextérité merveilleuse, et va le présenter au roi. Jamais on ne fut plus étonné à souper. Bélus lui fit autant de caresses que sa fille. L'oiseau reprit ensuite son vol pour retourner auprès d'elle. Il déployait en volant une si belle queue, ses aïles étendues étalaient tant de brillantes couleurs, l’or de son plumage jetait un éclat si éblouissant, que tous les yeux ne regardaient que lui. Tous les concertants cessèrent leur musique et devinrent immobiles. Personne ne mangeait, personne ne parlait ; on n’entendait qu’un murmure d’admiration. La princesse de Babylone le baïisa pendant tout le souper, sans songer seulement s’il y avait des rois dans le monde. Ceux des Indes et d'Égypte sentirent redoubler leur dépit et leur indignation, et chacun d’eux se promit

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