‹ L'uvre de VoltaireChapitre 9 sur 34 · CE QUI PLAIT AUX DAMES · texte numérisé non relu

CE QUI PLAIT AUX DAMES

Ce qui vous plaît en tous lieux, en tout temps, Ce qui surtout l'emporte dans vos âmes, N'est pas toujours d'avoir beaucoup d'amants ; Mais fille, ou femme, ou veuve, ou laide, ou belle, Ou pauvre, ou riche, ou galante, ou cruelle, La nuit, le jour, veut être, à mon avis. Tant qu'elle peut, la maîtresse au logis ; Il faut toujours que la femme commande. C'est là son goût : si j'ai tort, qu'on me pende.

Comme il parlait, tout le conseil conclut Qu'il parlait juste et qu'il touchait au but. Robert absous baisa la main de Berthe.

Quand de haillons et de fange couverte, Au pied du trône on vit notre sans-dent Criant justice, et la presse fendant.

On lui fait place ; et voici sa harangue :

— 0 reine Berthe, ô beauté dont la langue Ne prononça jamais que vérité.

Vous dont l'esprit connaît toute équité.

Vous dont le cœur s'ouvre à la bienfaisance ;

Ce paladin ne doit qu'à ma science

Votre secret ; il ne vit que par moi ;

Il a juré mes beaux yeux et sa foi

Que j'obtiendrais de lui ce que j'espère :

Vous êtes juste, et j'attends mon salaire.

— Il est très vrai, dit Robert, et jamais On ne me vit oublier les bienfaits ; Mais vingt écus, mon cheval, mon bagage. Et mon armure, étaient tout mon partage ; Un moine noir a par dévotion

Saisi le tout, quand j'assaillis Marthon. Je n'ai plus rien, et, malgré ma justice. Je ne saurais payer ma bienfaitrice.

La reine dit : Tout vous sera rendu ; On punira votre voleur tondu ; Votre fortune, en trois parts divisée.

Fera trois lots justement compensés :

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Les vingt écus à Marthon la lésée Sont dus de droit, et pour ses œufs cassés, La bonne vieille aura votre monture ; Et vous, Robert, vous aurez votre armure.

La vieille dit : Rien n'est plus généreux. Mais ce n'est pas son cheval que je veux : Rien de Robert ne me plaît que lui-même ; C'est sa valeur et ses grâces que j'aime : Je veux régner sur son cœur amoureux ; De ce trésor ma tendresse est jalouse ; Entre mes bras Robert doit vivre heureux ; Dès cette nuit je prétends qu'il m'épouse.

A ce discours que l'on n'attendait pas Robert glacé laisse tomber ses bras.

Puis fixement contemplant la figure Et les haillons de notre créature.

Dans son horreur il recula trois pas, Signa son front, et d'un ton lamentable Il s'écriait : Ai-je donc mérité Ce ridicule et cette indignité ?

J'aimerais mieux que Votre Majesté Me fiançât à la mère du diable :

La vieille est folle, elle a perdu l'esprit.

Lors tendrement, notre sans-dent reprit : — Vous le voyez, ô reine, il me méprise. Il est ingrat ; les hommes le sont tous ; IMais je vaincrai ses injustes dégoûts : De sa beauté j'ai l'âme trop éprise.

Je l'aime trop pour qu'il ne m'aime pas. Le cœur fait tout : j'avoue avec franchise Que je commence à perdre mes appas.

Mais j'en serai plus tendre et plus fidèle : On en vaut mieux, on orne son esprit.

On sait penser ; et Salomon a dit Que femme sage est plus que femme belle. Je suis bien pauvre, est-ce un si grand malheur ? La pauvreté n'est point un déshonneur ;

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