‹ L'œuvre et l'âme de Jules RenardChapitre 13 sur 124 · LES ANIMAUX · texte numérisé non relu

LES ANIMAUX

On trouvera le même souci de vérité pure dans les pages que Jules Renard a écrites sur les animaux. Il est assurément loin de prédominer, car les Histoires Naturelles sont surtout une œuvre d'esprit et de poésie. Il n’en existe pas moins. D'abord, Renard a eu le scrupule de ne parler que d'animaux qu'il avait

(1).3. p. 1182 (2) V. d. s. v. p. 36 et 37.

vus. Buffon ou ses collaborateurs s’instruisaient des auteurs anciens, Aristote ou Pline, des vieux naturalistes comme Belon, des correspondants étrangers, des récits d’explorateurs. D'où maint détail fabuleux qui appelle aujourd'hui la rectification. Renard s’instruit avant tout de ses yeux. On ne trouvera donc dans ses Histoires Naturelles que les humbles animaux qui vivaient dans la basse-cour de la famille Lepic: les poules, les lapins que soignait Poil de Carotte, les bêtes et les oiseaux de la route, des bois et des champs. On y trouvera aussi ceux qu'on voit au Jardin d’acclimatation, car, à Paris, il n’était guère de semaine, à certains moments, guère de jours où Renard n'allât regarder ses chers animaux, bien différents de ceux des livres.

Car de même qu'il y avait une « littérature », c’està-dire des idées fausses sur les paysans, il y en avait une sur les animaux. Parfois, Renard a puisé dans Buffon un renseignement qui sera à l’origine d’une image, mais parfois aussi, Renard a voulu rétablir la vérité contre Buffon. Il y a évidemment de la « littérature », et de la pire, dans la prose des collaborateurs à l'Histoire Naturelle. On y trouve par exemple l’idée, bien propre à exaspérer Renard, d’une hiérarchie parmi les animaux. On les y classe à l’image de la société française sous l’ancien régime. Le cheval est plus « noble » que l’âne, le cygne (1) que l’oie.

« Supérieur en tout à l'oie », dit Buffon, « il sait « se procurer une nourriture plus délicate et moins «( commune ».

« L'oie, par rapport au cygne, est dans le même

(1) « Il n’y a pas d'apparence que M. de Tournefort ait « voulu comprendre sous la dénomination générique de vo- « laïlle un oiseau aussi considérable et aussi distingué », écrit Buffon, Œuvres complètes. Paris, Garnier, 1853. t. 5. p. 395.

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« cas que l’âne vis-à-vis du cheval, tous deux ne sont « pas prisés à leur juste valeur. L’oie est encore dans « le peuple de la basse-cour un habitant de distinc- « tion ».

Et puis, ce n’est pas seulement contre le cygne de Buffon qu'il importe de réagir. Il y a encore celui des poètes et des danseuses. Il y a celui de Sully Prudhomme — ce cygne embelli, affadi, romantique, qui

« va d’une tardive et languissante allure », vulgarisé encore, s'il est possible, par la langoureuse et facile musique de Saint-Saëns, celui dont les danseuses miment la mort en s’affaissant dans leur tutu.

Renard veut rétablir la vérité, et met le cygne au niveau de l’oie. Pas tout de suite, de façon que sa chute soit plus brutale. D'abord on se laisse prendre, et Renard, dans une fiction délicate, feint de se laisser prendre, lui aussi, au charme, aux appétits poétiques du cygne. C’est un rêveur, comme l’éfranger de Baudelaire, qui ne veut que « les nuages... les nuages qui « passent... là-bas, les merveilleux nuages » (1).

« Il glisse sur le bassin comme un traîneau blanc, « de nuage en nuage. Car 1l n’a faim que des nuages « floconneux qu'il voit naître, bouger et se perdre dans « l’eau. C’est l'un d'eux qu'il désire. Il le vise du bec, « et il plonge tout à coup son col vêtu de neige. « Puis, tel un bras de femme sort d'une manche, il « le retire.

« Il n’a rien.

« Il regarde : les nuages effarouchés ont disparu. « Il ne reste qu'un instant désabusé, car les nuages tardent peu à revenir, et, là-bas, où meurent les ondulations de l’eau, en voici un qui se reforme.

(1) Petits poèmes en prose. L'étranger.

« Doucement, sur son léger coussin de plumes, le « cygne rame et s'approche.

« Il s'épuise à pêcher de vains reflets, et peut-être « qu'il mourra, viclime de celle tllusion, avant d'attra- « per un seul morceau de nuage »,

C'est assez de poésie : voiei que la réalité reprend

ses droits,

« Mais qu'est-ce que je dis ?

« Chaque fois qu'il plonge, il fouille du bec la vase « nourrissante et ramène un ver,

« Il engraisse comme une oie » (1).

Une autre preuve du respect de Renard pour la vérité, c'est le soin qu'il a pris de ne pas « romancer » la vie de ses animaux, Cela peut d'abord paraître un mince mérile, que de laisser simple ce qui est simple ; mais pour l'apprécier à sa valeur, 1 suffit de songer aux Histoires de bêtes de Louis Pergaud : « De Goupil à Margot » et « Le roman de Miraut, chien de chasse », ou à celles de Kipling, à cette sorte d'épopée et de roman d'aventures que sont ses Livres de la jungle, enfin au Chanlecler d'Edmond Rostand, Renard s'est refusé à faire de ses animaux des héros de roman, d'épopée ou de théâtre,

Le THéarRe,

Si l'on admet que « liliérature » signifie parfois « mensonge », et s'oppose à « vérité » ou à « vie », le théâtre est « litérature » par excel-

(1) H, nat, p. 15 et 14

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lence, comme le montre la locution : « Ce n’est pas du théâtre. c’est la vie même ». C’est bien ce que pensait Jules Renard, et ce qu’il a écrit le plus souvent : « le « théâtre n’est qu'un jeu qui se donne des airs de « vie » (1). « Il y a quelqu'un qui n'aura jamais de « billet de faveur : c’est la vérité, Une ouvreuse sourde « et aveugle la reconnañîtrait et la flanquerait 4 Ja « porte » (2). Mais comme Renard ne pouvait se s6parer de la vérité, 1l essaya de la faire monter sur la scène, et, de même qu'il avait entrepris dans ses livres une sorte de croisade contre les mensonges littéraires, il écrivit des pièces qui ne sont pas du théâtre conventionnel, estimant en outre que « le meilleur moyen de « faire du théâtre original, c’est d'en faire qui ne soit « pas trop « théâtre » (3).

Malgré les qualités évidentes d'un dialogue sobre, rapide et fort qui se faisaient remarquer dès Sourires pincés el l'Ecornifleur, puis dans La Lanterne sourde et dans La Maîtresse, Jules Renard ne se décida qu'assez tard à écrire pour le théâtre. Il affectait de ne voir qu’ « un exercice inférieur » (4) dans ce qu'il appelait « le dépotoir de la littérature » (5), Lorsque son ami Tristan Bernard s’y fut risqué et y eut réussi comme on sait : « Avouez-le donc », Jui dit Eloi, « vous Jâchez le « livre d’art, l'œuvre de patience, l'effort en chambre, le « lecteur anonyme et discret, la gloire à terme, I] vous « faut lé théâtre, son tremplin et ses machines, la pièce

(5) Chr. p. 9.

« écrite comme on parle, le style au galop comme on « parle, le style au galop naturel, les répétitions où « tout s'arrange peu à peu, les acteurs qui font valoir, « la lumière avantageuse, les décors de chic, et les « honteux apartés, et les conventions nationales, et ce « monsieur qu'on attendait et que voilà, et les dix mille « francs tombés du lustre et le souffleur obséquieux, « et le public immédiat, et la presse matinale, et Lemaî- « tre et Sarcey dominicaux » (1). Il y avait peut-être là un brin d'envie. Les succès de Tristan Bernard étaient trop verts ; car le théâtre attirait Jules Renard au moins autant qu'il lui répugnait.

Dès son arrivée à Paris, il fréquentait assidûment les salles de spectacle (2). Il ne pouvait pas plus se passer d'y aller que s'empêcher de dire et d'écrire du mal de ce qu'on y jouait. Et lui aussi, attiré par l'éclat des lustres, les succès de ses amis, les bénéfices qu'on en peut tirer, il alla se mettre dans « la gueule énorme « et vague aux gencives de velours fané » (3). Il laissa d'abord G. Docquois mettre La demande à la scène (4). Et un jour, mis en goût, sur un mot d'encouragement de Guitry, le voilà tout fièvreux.. Ce fut le succès du Plaisir de rompre. Pris par le théâtre comme on l'est dans un engrenage, ou par la passion du jeu, Renard ne devait plus s’arrêter. Pendant près de dix ans, car il travaillait lentement, il ne produisit guère que pour le théâtre. De 1898 à 1908, des Bucoliques à Ragotte, il ne publia aucun livre nouveau. Il constatait un jour lui-même : « Poil de Carotte m'a fait croire que j'étais un homme

(2) Cor Ep 96.

G)/Car/6p093:

(4) En 1895.

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« de théâtre, arrêté trois ou quatre heures, et le mal « que J'ai eu à repartir pour mon village oublié » (1). Il repartit avec les Mots d'écrit, les Causeries et Ragotte, mais il n'abandonna pas le théâtre. Après Le Pain de Ménage, Poil de Carotte, Monsieur Vernet, Huit jours à la campagne (2) et Le Cousin de Rose, sa dernière œuvre : La Bigote, était encore une comédie, et il avait en train, au moment de sa mort, une autre pièce dont Philippe, des Bucoliques, eût été le personsage principal, et qui devait s'appeler L'Entêté (3). Le voilà donc homme de théâtre, mais d’un théâtre assez à part. Renard ne chercha pas du tout à réussir par les moyens ordinaires, à flatter les goûts du public, à se plier aux conventions. Il essaya au contraire d'échapper aux reproches qu'il adressait aux pièces des autres, et 1l faut reconnaître que, la plupart du temps, Renard auteur a évité les écueils aisément et impitoyablement signalés par Renard critique (4). Nous verrons

(2) ou L’Invité.

(3) J. p. 1276 et 1278. Le Journal fait aussi allusion à d’autres idées de pièces : Le Défi, Le retour du poète, J. p. 1243 et suiv. Par ailleurs, Antoine, dans Le Journal du 4 juin 1933, parle d’une Mort de M. Lepic.

(4) Renard donna des chroniques dramatiques :

au Mercure de France, janvier 1891, février 18% ;

au Canard Sauvage, du 21 mars au 1% mai 1903 ;

à Comædia, les 10 et 21 décembre 1907 ;

à Messidor, du 3 février au 29 novembre 1907. Ces chroniques et quelques articles touchant au théâtre ont été réunis dans les tomes IX et X des Œuvres complètes, sous le titre de Propos de Théâtre et de la Semaine Théätrale. Le Courrier des Théâtres publié presque quotidiennement dans Messidor, sous les initiales J. R., n’a pas été recueilli. On y trouve cependant des perles comme cette exécution d'un

plus loin comment la forme et le style de ses pièces sont aussi serrés que ceux de ses proses. Pour le moment, il nous suffit de montrer qu’il ne fit du théâtre ni une tribune, ni une chambre à coucher. Pas de pièces à thèse, pas de pièces d'amour : les unes et les autres étant, d'après lui, également éloignées de la vie. Dans le théâtre socialiste d'alors, Renard voyait « une malhonnêteté de gens sans pudeur. Et puis, ces « personnages qui pourraient avantageusement être « remplacés par un conférencier sur une chaise » (1). La voix du conférencier, Renard l’entendait et la dénonçait dans une pièce de M. Paul Hyacinthe Loison (2), dans le théâtre d’Ibsen (3), et aussi dans celui de Mirbeau (4) et de Curel (5). Mais, sur ce point, Renard est-il absolument hors de cause? On pourrait soutenir que La Bigote est une pièce à thèse, qui veut prouver ceci : Dans certains ménages, la part trop grande que réserve la femme aux pratiques d'une piété surtout extérieure est une cause de désunion (6), et penser que Monsieur Lepic, à l'ordinaire avare de paroles, s’y montre aussi

vaudeville des Folies-Dramatiques : « Au moyen d’une valise, « d’un piston, d’un étui à cigarettes, d’une demi-douzaine de « portes, d’un gendarme et d’un sourd, et avec une dépense « d'esprit qui n’est pas du gaspillage, MM. Kéroul et Barré « nous ont fait rire quelquefois ». J. R. Messidor, ? février

(2) L'Œil clair p. 387 : « Ce sont des idées qui se battent ».

(3) L'Ν clair p. 339 et J. p. 1076.

(4) J. p. 538 et suiv.

(6) J. p. 531 : « Un bon cours de logique d’un professeur à la mode. » Il s’agit du troisième acte du Repas du Lion.

(6) Voir J. p. 943 et 983.

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prodigue d'explications que le plus abondant prédicateur. Il est pourtant vrai qu'à cette époque, dans beaucoup de villages de France, se jouait une petite guerre. où Renard prit les armes, entre catholiques et républicains, entre le maire et le curé. A ce point de vue, La Bigote, en même temps qu’une œuvre de combat, est un document. Mais cette demande en mariage, qui s appelait d'abord Sœur Ernestine, est avant tout l’occasion d'un tableau nouveau de l’intérieur Lepic, une explication, déjà amorcée dans Poil de Carotte, du fossé qui sépare le père de la mère ; et jamais peut-être le milieu Lepic et la gêne qu'éprouvent les membres de cette famille à se trouver réunis n’ont été rendus avec autant de force que dans certaines scènes de cette pièce. La fin du déjeûner, sur laquelle se lève le rideau, la scène où Mme Lepic fait les demandes et les réponses, toute seule, en présence d’un mari muet (1), son entrée et sa disparition pendant l'entretien de Paul avec Monsieur Lepic (2), et la savoureuse conversation des deux hommes à propos de la demande en mariage doivent suffire à faire applaudir la pièce même par ceux que choque la thèse défendue par Renard. Au lendemain de la « première », on appela l’auteur « Homais et mufle » (3). Et Renard a beau protester dans son Journal : « J'ai « écrit La Bigote non pour faire une œuvre de combat, « mais pour mon plaisir » (4), il avouait à Antoine, après

(1) La Bigote. I, 7.

(2) La Bigote. II, 5. Cette scène a été d’ailleurs inspirée à Jules Renard par une scène entre son père et sa mère. Voir J. p. 49%.

avoir écouté la pièce du fond de sa baignoire : « Malgré « le succès hors de doute et sans la moindre protesta- « tion, j'ai senti tout de mème le fond de combat que « j'avais presque oublié » (1). Cependant, du point de vue dramatique, le seul qui nous préoccupe, la thèse n'est pas gênante, parce que Jamais la thèse adverse n'est soutenue. Ce qui rend si lentes et si fausses de ton les pièces à idées, c'est que généralement deux personnages ou deux groupes de personnages y défendent chacun leur thèse : par exemple, le docteur et sa femme dans La nouvelle idole. Ces joutes oratoires donnent l'impression d'une conférence « ex cathedra », d'une ennuyeuse dispute scolastique. Renard n'a pas commis celte maladresse. Il suppose la question résolue ; ou plutôt, il n’y a même pas de question. Monsieur Lepic expose simplement l'origine et le développement de la mésentente dans son ménage, sans que Jamais Madame Lepic ou le curé se défendent. La thèse est nourrie de faits, non d'arguments. Pas une minute, la vie ne fait place à la thèse, et l'on n'a jamais l'impression d'une conférence.

Jules Renard a évité d'autre part les perpétuelles « coucheries » (2) qui occupaient trop souvent la scène à cette époque. Il s'est gardé d'enrichir notre théâtre « de cocus » (3). Maurice Beaubourg, en 1902, pouvait résumer ainsi La Passerelle :

« 1% acte : on a couché.

(1) Cor. II, p. 232. Voir aussi Les Drames de la conscience : L'Ν clair. p. 253.

Une IMNTEBAIURE contre bn « ISNSTEMATUUE » #9

«D ne: 0 Ch, « À ae : 00 49 Cher » (À),

« Le plaisir, non de rompre, 1058 de #4) :

s0N4 leurs pièces en ing nes » 0), rive Vensré. En Ale, les personnages des pis de Por File 4 de Donnay, entre autres, passent Veur legs à #7. à re nimés, à Womper À à dre Uompés ; À ce nel pas pour ex WE 46e esse, 4% une londion permanente, On sent que lorsaqu'ile auront fini. le recommenceront, À qu y aura en d'écrire une autre piece, Va méme, Ce sont des homes à Îesmmws, À des lemmes à hommes, Ves frères À les sure des « viseurs » dont Penard avait dépisté Ve brge Iiéraire dons les romans de Maiwroy : « Ces beaux wmésine « qui paient, sans ecomghe, Dogue nouveos enr d'un « bit de com mille francs de rente, 29 mue.

« Des femmes À des homes préoccupé senement

des raisons décisives pour penser le contraire. Mais Renard avait les siennes, comme nous le verrons au chapitre suivant, qui valaient bien celles des autres.

Aussi, Courleline pouvait-il s'écrier lriomphalement : « Je le déclare devant Dieu qui voit mon âme !... « Les hommes de ma génération, moi, Renard, nous « avons compris qu'il fallait enfin oser faire des pièces « Sans amour. Qu'esi-ce que ça peul nous faire qu'un « monsieur couche avec une dame ? » (1). Mirbeau disait plus vigoureusement : « Est-ce qu'on parle tout le temps « des cabinets ? » (2).

L'amour, au sens où l’entendait Courteline, est complètement absent de Poil de Carolle et de La Bigote. Il n'y en à qu'une élincelle dans Le Plaisir de rompre, un soupçon dans Le Pain de Ménage et dans Monsieur Vernel, où il rôde comme un malfaiteur plutôt qu'il ne se montre. El encore, dans ces deux dernières pièces, contrairement à ce que nous avons noté à propos des amants de roman, el de théâtre, dont l'amour est l’unique et perpétuelle fonction, 1l est, pour les personnages de Renard, quelque chose de fugitif, dont on caresse l'idée une ou deux fois dans la vie, et qui s'évanouit.

Renard ne cherche pas non plus le dénouement qui fasse coup de théâtre et plaise à un publie avide d’émotions fortes, Le coup de revolver n'est pas son fort. La rupture des deux amants n'amène ni drame ni réconciliation dans Le Plaisir de rompre. Et dans Le Pain de ménage, la conversation amoureuse de Pierre et de Marthe n'aboutit à aucune aventure. Ni Berthe, ni Alfred ne la surprennent, et Marthe se refuse au départ.

(2) J. p. 929 ; voir toute la page, écrite à propos du Passé.

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Cependant, les nécessités du théâtre ont obligé Renard à modifier pour la scène Poil de Carotte et L'Ecornifleur. Pour Poil de Carolle, Renard avait songé à plusieurs dénouements. Tantôt la pièce se terminait sur l'élan avorté de Poil de Carotte vers sa mère : « Poil « de Carotte se précipite vers sa mère — Maman, « Maman, pour l'embrasser. Il ne peut pas (rideau). « Oh! c'est trop tôt. Je l’embrasserai demain » (1). Tantôt, et cela faisait ressortir le côté « important » du petit bonhomme, « il les réconcilie et M. Lepic l’en- « voie chercher une bouteille de champagne.

Poiz DE CAROTTE

« J'ai fait un beau coup ; ils seront deux, mainte- « nant, à m'envoyer aux commissions » (2). C’est une solution qui a préoccupé Renard : « Il les réconcilie. « Est-ce possible ? » (3) ou bien : « C’est grand frère « Félix qui rarrange tout » (4).

On voit combien Renard était indécis. Finalement, il s'est arrêté au dénouement attendu par le public,

(1) Manuscrit de 1899. Bibliothèque Ste-Geneviève. Collection Doucet.

Le manuscrit de 1898 contient une fin analogue :

« dernier acte :

« maman, maman,

« M° Lepic (tendrement) « Qu'est-ce que tu veux, Poil de Carotte ?

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