‹ L'œuvre et l'âme de Jules RenardChapitre 4 sur 124 · C9 SE · texte numérisé non relu

C9 SE

(4) Pour parfumer nos mensonges, Réalisons un bouquet Au jardin le plus coquet Extrait de nos plus beaux songes.

Programme. D. lit. p. 11.

(5) Ouvrant des ailes ou des voiles, Dans un vertigineux effort, Partir enfin pour les étoiles.

Ad astra. D. lit. p. 41.

(6) Par une sympathie étrange, Sensiblement, voilà que change Le bleu du ciel comme un décor, Avec le bleu de ma pensée.

La goutte d'encre est goutte d’or.

Lueurs de vitre. D. lit. pp. 31, 3.

à Hugo (1), à Musset (2), à Mallarmé (3), même à Hérédia (4) ou à Laurent Tailhade (5), mais fort peu à Jules Renard.

Dès cette époque, l’auteur les jugeait lui-même avec détachement : « C’est naïf, simple, pas trop fort, à l’usa- « ge des cerveaux ennemis des sensations intenses, bon « comme un peu de musique après diner » (6). On y trouve surtout, me semble-t-il, outre une certaine facilité, le désir d’étonner, du remplissage, et ce genre de poésie précieuse, fade et fausse contre laquelle Renard réagira si fort plus tard, et que déjà, peut-être, 1l écrivait et disait avec un sourire plus ou moins pincé à

(1) … Où tout germe périt dans l’herbe-vanité.…. DA epDALe

(2) Jour où Paris par chaque pore Verse, en un flot multicolore, Tout ce qu’il a de renfermé, De beau, de laid, de costumé,

O Dimanche toujours en fête...

Jour où les mondaines fanées Dissimulent le plus d'années Sous le plus de poudre de riz...

Dimanche. D. lit. p. 28.

(3) … Mon œil ivre se compose Un bal trouble tout en feu, Tout en tulle et tout en rose.

Vision. D: lit. p. 29.

(4) … S'oublie à regarder l’image de ses cornes.

Les Bœufs. D. lit. p. 65.

(5) … Sur chaque elzévir blond, édition Lemerre. Fac et Spera. D. lit. p. 63.

(6) Cor. I. p. 44, 45.

l'adresse de ceux et de celles qui se laissaient bonnement prendre à ses trémolos.

« Dans l'herbe, par les brins, le vent coulis sournois, « Comme un jeune ténor, donne toute sa voix « Et fait couler des pleurs du cœur des digitales » (1).

Ces vers eurent du succès. C’est le genre éloquent et sentimental, ce sont Les Roses (2), qui lui ouvrirent le plus de cœurs et de salons. Madame Daniele Davyle, de la Comédie Française, les récitait (3). Et on appelait l'auteur : « Le poète des roses qui font mourir » (4). Il se moquait un peu lui-même de ce nom de bataille «un peu long mais flatteur » (4). Cependant, Les Roses parurent, après quelques difficultés, en 1886, avec une gravure dans le goût du temps ; mais Renard les oublia vite pour chercher dans la prose une expression plus personnelle, une perfection plus difficile. Il avait toujours parlé des vers de cette période avec indifférence. Il les reniait même au moment où il les faisait applaudir : « Quelques-uns s’y sont trompés », écrivait-1l à sa sœur : « J'en ai honte pour eux » (5). En 1890, dans un numéro de La Plume, il tourne officiellement (6) le dos

()°D'it. p. 62.

(2) D. lit. p. 69.

(3) Cor. I. p. 45. D. lit. p. 267, et Rachilde, Portraits d’hommes, p. 44.

(4) Cor. I. p. 48.

(5) Cor. I, p. 45. — Et en 1903, il refusait spirituellement mais avec indignation, d'envoyer ces mêmes Roses à Jeanne Granier. Cor. II, p. 9%.

(6) Officiellement, car dès 1885, il écrit : « Je ne fais plus de vers ». Cor. I. p. 50.

à la poésie. Avec une verve un peu trop forcée pour être entièrement sincère, et qui, d’ailleurs, ne l’atteint pas seul, il « exécute » son œuvre poétique :

« Encore un pleureur à outrance qui traitait son « cœur de voilure, de grange, de verger. Est-ce que je « sais ?.. Son âme était toujours inquiète... Il regret- « tait sa naissance, trouvait les jours pareils aux Jours, « sa maîtresse vénale.…..

« La vue d’une vieille femme l’attendrit. Peut-être que

« — Dieu ne l’a pas faite grand mère !.…..

« En résumé, des majuscules encombrantes comme « des échafaudages ; trop de rime ; de la musique à « nous donner mal au cœur, dans les oreilles ; trop de « clarification, et de la césure à faire croire que le « hoquet était dans la voix naturelle de ce poète.

« Il est mort : c'est bien fait. Qu'il aille rejoindre, « dans les limbes, les petites âmes innocentes ». (1)

Ou, pour ceux qui préfèrent malgré tout les vers :

« Bonne route, au moins, cher talent mort-né ! « Aux limbes rejoins les petites âmes. » (2)

Il ne faut donc pas prendre beaucoup plus au sérieux que lui ses vers de Jeunesse, s'attacher à y relever les influences qu'ils révèlent, les promesses qu'ils apportent, la marque du temps. Sans doute, on peut dire de Renard poète ce que lui-même déclarait à propos de son compatriote Tillier : « Les poètes lui ont « donné le goût de la rêverie, de l’image qui peint... « du rythme nécessaire à la phrase, si prosaïque qu’elle

(SD HESDpE 18681 (2) DUT PréfacenD à

« soit, du mot rare qui frappe, du trait brillant qui « éclaire l’idée comme un rayon de soleil perce l'ombre « des feuilles. La poésie à fortifié en lui l'artiste na- « turel » (1). Mais cela n'empêche pas que l’on chercherait vainement dans ce léger bagage poétique deux des qualités essentielles de l’écrivain et de l'homme : la sincérité et la simplicité.

Crime de village. Les Cloportes.

Ce n’est pas non plus dans ses premières œuvres de prosateur qu'on les trouvera (2). Soit dans les huit nouvelles qui forment Crime de village (3), soit dans Les Cloportes, roman achevé probablement dès 1889 (4), mais que Renard ne publia jamais (5), il est assez facile de relever des influences de lectures, une conception romanesque ou dramatique, une allure un peu molle, une exécution qui vise à l'effet, mais encore gauche, bref, tout l'opposé de la manière future de Renard, de la beauté « simple et vraie » de Ragotle.

On s'aperçoit trop que Renard a lu George Sand et Flaubert, qu'il admire Daudet et Maupassant. À la pipée (6), par son sujet, l’âge mnocent des amoureux,

(1) Caus. p. 84.

(2) Jules Renard a écrit également en 1887-1888, pour le compte d’un autre, probablement M. Roger-Milès, un ouvrage sur l’ameublement. Cor. I. p. 102, 103, 107, 114.

(3) Edition de la Grande Correspondance. Paris, 1% octobre

(5) Il a paru après sa mort, en 1919, chez Crès. (6) D. lit. p. 160 et suiv.

et l'atmosphère féérique de l'aventure, rappelle Îles idylles champêtres de Madame Sand. D'autre part, le ton dégagé, sans façon, de certaines phrases comme : « Il était drôlement venu, ce saule : un vieux pieu qu'on

« avait autrefois planté là... » (1) ou : « Tout un petit « appartement en ville qu'ils s'étaient fait là, un vrai « nid d'oiseaux qui n’ont pas le vertige... » (2), fait son-

ger tout de suite à Daudet, tandis que parfois une fin de phrase rythmée, qu'on sent passée « par le gueuloir » (3), rappelle que Renard, lycéen, éprouvait par moments « le besoin de relire Salammbô aussi âprement que l’aiguillon de la faim ou de la soif » (4). Mais surtout, leur sujet, tantôt comique, tantôt tragique (5), et parfois l’un et l’autre, leur structure, leurs dimensions égales, leur allure, les types de paysans qu'elles présentent et le langage plus normand que morvandiau qu'elles leur prêtent, apparentent étroitement ces nouvelles (et particulièrement Crime de Village (6) et La Meule (7)) à certains contes célèbres, comme Une Vente ou Le Petit Füût. On imagine sans

(1) D. lit. p. 87.

(2) D. lit. p. 108.

(3) « aux questions de sa femme qui mangeait, à l’intérieur, une assiette sur ses genoux, avec un grand bruit de mâchoires ». D. lit. p. 88.

(4) E. Raynaud. La Mélée symboliste. t. 3, p. 103.

(5) Dans l'Essai de classement par sujets et par dates des contes et des nouvelles de Maupassant, composé par M. René Dumesnil, la catégorie B : Crimes. Morts violentes. Incendies volontaires, est de beaucoup la plus nombreuse (cinquantetrois contes ou nouvelles). Revue d'Histoire littéraire de la France. Janvier-Mars 1934, p. 106 et suiv.

(6) D. lit. p. 87 et suiv.

(7) D. lit. p. 106 et suiv.

peine ces deux récils, ainsi qu'A la belle étoile (1) écrits par Maupassant, de même qu'Héboutioux (2) par Daudet (en modifiant le dénouement), et Flirtage (3) (en changeant le ütre), par Flaubert. Il n'y a rien là qui tienne à Jules Renard.

Voici les sujets de quelques-unes de ces histoires romanesques ou dramatiques :

Un petit paysan s’éprend de la fille de la Comtesse, avec laquelle on l’envoie s'amuser au château, et, venu le moment de la quitter, devant son indifférence précocement cruelle, se noie, comme par jeu, sous sa fenêtre. C'est Une Passionnelte (4), dont le sujet conviendrait fort au talent de M. Lichtenberger, et dont la dernière phrase s'imprime en majuscules dans l'esprit, comme la fin d'un conte de Villiers de l’Isle-Adam (5).

La farce innocente d'une villageoise tourne en homicide et finit par un marché à l'amiable. (Crime de village).

Une meule à l'intérieur creux, où la fermière retrouvait son galant, flambe avec les amants à cause d’une allumette échappée à la main du fermier. (La Meule).

Les dénouements sont préparés avec soin : La pipe du fermier est une « pipe fatale », qui a déjà brûlé le bonnet et les cheveux d'une servante, crevé l'œil gauche d'un berger (6). Dès le début d'Héboutioux, Renard nous

(1) D. lit. p. 128 et suiv.

(2) D. lit. p. 148 et suiv.

(3) D. lit. p. 97 et suiv.

(4) D. lit. p. 138 et suiv.

(5) « CAR C'ÉTAIT PARFAIT COMME APPARENCE ». D. lit. p. 147. Renard admirait et lisait Villiers. Voir J. p. 83 et 90.

(6) D. lit. p. 110.

montre la corde qui pend « au-dessus des danseurs. natte énorme » (1), et qui servira au dénouement tragicomique de l'histoire.

Certains détails, trop bien amenés, sentent l’artifice : Le « lourd chandelier de fer » (2) détonne dans une chaumière, mais ce sera l'instrument du crime de village. Le collier de perles de métal surprend un peu au cou de la fermière (3), mais Renard l’a placé là pour obtenir un effet, lorqu'après l'incendie le fermier ramasse « un lingot de petites perles de métal fondues et collées ensemble » (4), et dit : « Je le donnerai à ma femme. Elle sera moins chagrine pour la meule » (4). Parfois, Renard cherche trop visiblement à nous faire frémir : « Il tenait une main derrière son dos, et Justine « vit sauter dans l’autre une serpe de fer affilée et « courbe » (5).

Mais ce n’est pas seulement le fait que ces histoires soient romanesques, dramatiques, ou à la fois romanesques et dramatiques, qui doit surprendre le lecteur de Crime de Village, c'est ceci même que Renard se soit ingénié à combiner un récit, à le corser pour éveiller ou maintenir l'attention. Bientôt, en effet, le souci du « sujet », de l’action, sera le moindre aux yeux de l’écrivain, Il oubliera Maupassant, et, pour tracer le portrait de Philippe qui fauche ou qui tue le cochon, celui de Ragotte qui ramène sa vache des champs, il n’aura cure de les « embarquer dans de bien funestes histoires ». Il ne se donnera plus l’inutile peine de « pousser du

() D. lit. p. 158.

(2) D. lit. p. 89.

doigt » la réalité, et nous montrera des paysans sans retouche.

Il n'en est pas là encore. Malgré ses efforts, le récit traîne, coupé de morceaux de bravoure : la sortie de la messe (1), les brumes (2), le renard et les puces (3).

Le style est assez gauche (4). On rencontre çà et là des comparaisons trop poussées (5), des phrases longues et compliquées (6), ou trop littéraires (7), des fins à effet, comme: « Les cloches sonnaïient toujours, moins « vibrantes, coupes pleines de sons pour les âmes que « l’extase altère...» (8).

« Avec un bruit sourd, un de ces bruits étranges au milieu de la nuit, qui grandissent et meurent, mul-

(1) D. lit. p. 104.

(2) D. lit. p. 164.

(3) D. lit. p. &.

De nouveau, la même impression eut lieu ». D. lit. p. 93.

EMONG

) ) ) 4) 5) « Marthe, par oubli, se laissait envelopper de ce culte « enfantin. Puis, le dédain perçait, et elle avaït le caprice « de casser le feuillage épais d’où coulaient sur elle la

« fraîcheur et l’ombre pour voir un peu plus loin ». D. lit. p. 143.

(6) « Et d’autant moins que Marthe, chétive et languissante, « peut-être amusée à la torture d’un être plus fort qu'elle, « ménageait ses boutades et ses saillies d'humeur, Jac multi- « pliait autour d’elle ses soins étudiés, resserrait ses préve- « nances, l’entourait d’attentions où il mettait sans compter « tout ce qu’il avait de délicatesse et d'envie d’être un peu « plus aimé ». D. lit. p. 148.

(7) « La lumière s'’amollissait et, tamisée par les feuilles et « les branches déchiquetées, ne jonchait plus le sol que de « vagues fleurs de clair et d'ombre ». D. lit. p. 129.

(8) D. lit. p. 105.

« Lipliés et absorbés par les échos, semblables à des « plaintes humaines » (1).

Les épithètes sont quelquefois assez faibles (2), le vocabulaire, précieux ou prétentieux à donner la nausée à l’auteur et au lecteur de Ragotte. Renard écrit : « Dans l'air moite, empli de morbidesse (3) …….hérédi- « taire de goûts affinés et d’une morbidesse dolente…. (4) « la Comtesse, nostalgique (5) tout entière à l’acuité « d’une sensation intense (6) .. »

Et je veux bien qu'il s'agisse, dans la nouvelle à laquelle j'emprunte ces trois derniers exemples, des états d’une âme aristocratique, mais plus tard, Renard laissera ces peintures au pinceau de MM. Paul Bourget ou René Maizeroy. « La Comtesse » redeviendra pour lui la « dame du château » ; il ne la verra plus que de la route et ne pénètrera dans son âme qu'à travers les discours d'Honorine ou de Ragotte.

Le langage de ses paysans (qui donnent à leurs enfants des prénoms comme Jac (7), Yvon, Yvonne (8), et non Joseph ou le Paul, comme dans Ragotte) sonne aussi faux que celui des bergers d’opérelte ou celui des romans de George Sand :

« L'horizon communie », dit Yvon (9). Et Yvonne ;

« Que je t’y prenne, à deviser d'amour !

(1): D. dit.-p: %6:

(2) « Le grand silence ». D. lit. p. 87.

("Dit D:0129.

(4) D. lit. p. 142.

(6) D. lit. p. 148.

(6) D. lit. p. 147.

(7) Une Passionnette.

(8) À la pipée.

(9).DAit p.161

— J'en vaux un autre.

— T'es un beau gars ; mais j vas ie donner des coups de tape » (1).

On s'aperçoit que Renard s’est servi des contes en patois publiés dans la Nièvre républicaine (2), ou de ceux de Guy de Maupassant (3), et non tout simplement, comme plus tard, de ses oreilles.

A peu de choses près, les mêmes remarques pourraient s'appliquer aux Cloportes, dont le titre nous renvoile à Flaubert par le truchement des Goncourt (4). Dans ce roman de jeunesse, Renard, suivant une formule alors assez en honneur, retrace une aventure dramatique dans un milieu banal. Une jeune servante, Françoise, séduite par Emile, le fils de ses maîtres, accouche une nuit dans leur jardin, Jette son enfant dans le puits, et, quelque temps après, se suicide en se faisant brûler, dans la campagne, sur un feu de genêts.

Je n'estime pas qu’on puisse équitablement reprocher à Renard sa lenteur à nouer l'intrigue (5), et, le crime commis, à la dénouer. Il conviendrait plutôt de l'en louer, car cette stagnation contribue à former la croûte de moisissure que le jeune admirateur de Madame Bovary S'élait proposé d'obtenir. A ce point de vue, on pour-

(1) D. lit. p. 163.

(2) Cor. I. p. 113.

(3) « Qué qu'j’allons faire, à c't'heure ? ». D. lit. p. 94. « Eh ! Benoît, réveille-té donc. V’l1à qu’tu dors, à c’t’heure ! ». D. lit. p. 134.

(4) « Je n’ai eu que l’idée de rendre un ton, cette couleur de « moisissure de l'existence des cloportes ». J. p. 82.

(5) Bachelin. Préface aux Cloportes, p. 10.

rait même regretter la division du roman en chapitres extrêmement courts. Peut-être la forme de La Fille Elisa y est-elle pour quelque chose ? Ces séparations arbitraires n’ont d'autre raison que la crainte de fatiguer le lecteur (1), ou le désir de suspendre l'intérêt au moment pathétique (2), comme dans les romans qui paraissent en feuilletons ; elles rompent la monotonie qu'il aurait fallu maintenir.

Mais ce n'est là qu'un détail. Peindre l'existence morne de ces cloportes ne lui a pas suffi. Le souci de plaire au lecteur et l'exemple de quelques maîtres ont poussé Renard à surcharger l'intrigue principale d’intrigues secondaires, d'un infanticide et d'un suicide (3). C'est Honorine qui perd sa place chez les Lérin, et qui la reconquiert. C'est le facteur Fabrice, qui poursuit Françoise pour le bon motif. C’est Monsieur Meltour qui veut faire le bonheur de Mademoiselle Eugénie.

L'accouchement nocturne sur un banc du jardin, — le banc où Monsieur Emile, le père, vient se reposer chaque jour, — et le crime de Françoise sont décrits avec un réalisme brutal qui vient en droite ligne de Zola et des Goncourt. Et le suicide est d’une invraisemblance qui fait sourire (4).

On peut relever aussi dans ce roman des maladresses de composition, de véritables hors-d’œuvre, comme le chapitre XXIII de la première partie, les chapitres XI et XII de la seconde, des commentaires

(1) Deuxième partie, chap. XIX, XX, XXI.

(2) Deuxième partie, chap. XV, XVI, XVII.

(3) Il y à un meurtre dans La Fille Elisa, deux suicides dans Fromont jeune et Risler aîné.

(4) Deuxième partie, chap. XXXVII.

inuliles (1), des « morceaux » trop polis (2), comme il y en avait dans Crime de Village, des gaucheries comme dans le discours de Fabrice (3), des artifices trop visibles et des symboles dont la fréquence finit par lasser : la venue de l’aveugle annonce la cécité d'Honorine (4) ; les poissons se laissent prendre aux bouts de bois, comme Eugénie à l’arrivée de Monsieur Meltour (5) ; les allumettes s’éteignent une à une entre les doigts d'Honorine comme les illusions dans sa tête (6) ; les toiles d’araignée se tendent, comme des hyrñens à percer (7) ; les cinq petites taures ont « fauté » comme Françoise (8).

Les comparaisons s'ébranlent lourdement, homériques (9). Certaines phrases sont bien longues (10), et

(1) « Peu à peu, à son insu, une chaîne délicate se dérou- 1410», D:.84

Renard écrivait en 1906 à un débutant : « Vous expliquez trop votre petit bonhomme, ce qui l'empêche d’impressionner comme il devrait ». C'était, en 1888, le défaut de Renard.

(2) Les fourmis, pp. 66 et 67; la partie de silence, p. 65; les « traces », p. 128 ; la boule de neige, p. 56.

(4) Première partie, chap. I.

(hp: | 97, 98.

I1 ne s’agit pas là, bien entendu, de comparaisons, mais de véritables récits, parallèles à l’action, et qui se révèlent ensuite symboliques.

(9) « Toutes pareilles aux moutons d’une bergerie qui, la « porte ouverte, etc... », p. 122.

(10) « Essoufflée, giflant sa servante boîteuse... », p. 22 et: « l’une de ses plumes, égarée... », p. 107.

d’autres, bien léchées (1): les propositions se balancent (2). Il y a quelque abus d’adjectifs (3), trop souvent groupés par trois (4), et d'adverbes en « ment » (5). Dans la coupe ternaire de certaines phrases réapparaît le lecteur de Flaubert (6). Parfois, d'autres grandes ombres s’éveillent, celles de Daudet (7) et de Maupassant (8), comme dans Crime de Village, et celles de

Baudelaire (9), ou de Hugo (10).

(1) « Peu à peu, à son insu, une chaïne délicate se déroulait « autour d'elle, lentement forgée, anneau par anneau, qui « sonnait déjà, douce comme une bonne chanson », p. 84, ou la dernière phrase du chapitre II de la deuxième partie. (2) « M. Lérin ne lui parlait pas, mais Mme Lérin lui disait tout », p.29.

Voir aussi p. 56, 128.

(3) .… « inutile, hué, battu, piétiné, hideux », p. 56. (4) …… « anormal, bizarre, incompréhensible », p. 109 ; . « complaisant, érudit, familier », p. 57 ; et p. 63, 106, 143, 148.

(5) « fixement... douloureusement.. grandement... », p. 136. Voir aussi p. 26, 87, 126, 137, 158.

(6) « un bout de peau qui se découvre, « un coin de chair qui se dénonce, « une oreille qui montre la tête... », p. 103, et p. 69, 123, 137, 143, 148.

(7) « Les baisers qui font beaucoup de bruit, un sur chaque « joue, « une, deusse » : pas plus, pas moins... », p. 22. Voir aussi p. 34.

(9) « Ils fraternisent à distance avec les grives, comme elles « amis de la paix et comme elles sédentaires... Un chat du village, accroupi comme un sphinx de cheminée... », p. 125. (10) « L'un en baïîlle, l’autre en meurt ». p. 106. « C’est donc une chose possible qu'un homme vous prenne tout à coup », p. 111.

Quelquefois, aussi, c'est à un roman-feuilleton qu'on est obligé de penser : par exemple, en lisant le passage où l'odeur flottante et imaginaire du petit cadavre vient matérialiser le remords de Françoise (1), des phrases où le désir d'émouvoir est trop visible (2), ou de mauvaises formules mélodramatiques, comme *enard n'en écrira plus (3) ; enfin des termes prétentieux (4), et des clichés comme : « une douce émotion » (5) ..… « la campagne aux couleurs vives » (6).

Bref, on trouve dans Les Cloportes assez d’application à faire de la « littérature » pour être tenté de mettre en épigraphe au roman cette phrase du Journal : « N'ayant encore rien observé, 1l aimait le grand et « l’'emphatique » (7).

Certes, on peut y distinguer aussi, outre les personnages et l'atmosphère de Poil de Carotte et de La Bigote, de fines notations, quelques récits ou tableaux qui, condensés, deviendront un jour des Coquecigrues (8), et des images dignes déjà du « chasseur » des Histoires Noturelles : celle du « pissenlit qui « s’élire comme un poulpe minuscule » (9) et du « tuyau « de poêle qui passait par-dessus sa tête comme un

(1) Deuxième partie, chap. XXVIII et XXIX.

(2) … « le nez presque dans le cirage, et ce n’était pas seu- « lement pour y voir plus clair... », p. 82.

(3) « Ecoutez, Fabrice, vous pouvez me perdre... », p. 155.

(4) « Une sorte d’exsudation de leurs deux pensées », p. 134. (O)ip: 21.

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