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le soir, sa conscience d'homme de lettres, gardien de la « beauté verbale » (1), il s’accusait par la bouche d'Eloi d'en avoir prononcé de tels : « Tu as dit des « vilains mots comme compélence et individu » (2). Il avait horreur des substantifs qui se terminent en « ment » ou en « tion ». Pour l'édition de 1904, il supprime de L'Ecornifleur « chuchotements » (3) ; il remplace :
«état d'énervement » par « état nerveux »
« accouplement » -
« couple »
« le mouvement » — « c’ »
« commandement » — « ordre »
« effarement » — « effroi »
« d’étonnemenbt » — « étonnée »
« empoignements » — «luttes »
« serrements de mains » — « mains serrées » (4).
Il préfère une relative aux substantifs qui se terminent par « {ion » :
« continuation de mes attouchements » devient « mes attouchements qui continuent » ;
« les planches de séparation », « les planches qui nous séparent... » (5)
Cette horreur s'étend aux adverbes en « ment » si lourds à traîner. Renard supprime : « opiniâtrement, durement, posément, absolument, presque matériellement, tristement, joliment, nettement, franchement,
(1) Esthétique de la langue française, p. 116. CV des eD-125 (3) Ec. p. 184: variantes. Les variantes entre l'édition de
1892 et celle de 1904 sont indiquées dans l'édition Bernouard, mais de façon très incomplète.
(4) Ec. p. 144, 155, 167, 172, 173, 178 : variantes. (5) Ec. p. 173, 169 : variantes.
savamment, seulement, saintement, légèrement, mutuellement, vainement, pleinement, vaguement, seulement, prestement, réellement, obstinément, franchement, simplement, mutuellement, mollement, vraiment, entièrement, fortement, bonnement, poliment, violemment, soigneusement, légèrement, réellement, obliquement, profondément, également » (1). Quelquefois l'adverbe cède la place à un adjectif en apposition : « prudemment » devient « prudents, « librement » devient « libres » (2) ; parfois il la cède à une expression
adverbiale ou à un adverbe moins lourd : « exagérément » devient « à tort », « respectueusement », « avec respect » ; « tellement » se réduit à « si » (3).
Les participes présents, gérondifs, adjectifs verbaux lui déplaisent aussi, pour la même raison, et il les chasse de L'Ecornifleur : « en supputant, en hésitant, en disant, m'épouvantant, tantôt me promenant, en la voyant » (4), disparaissent, Quand il ne peut les supprimer, Renard les remplace d’une façon ou d’une autre :
« en ayant l'air » par « avec l'air »
« en longeant » — « s'il longe »
« la comédie marivaudante » — «le marivaudage » « lançant » — « je lance »
« griffant » — « à ses épaules »
« tirant » — «lire »
« en expliquant » — « j'explique »
« inquiétante » — « qui inquiète »
(DEC. p.10, 73, 717,88, 80, 88; 9%, 102, 110, 111,114 45, 120, 121,182, 129, 152, 134,136, 147, 148, 150, 154,155, 160, 161; 169, 170, 173, 176, 178, 179 : variantes.
(2) Ec. p. 128, 155. J'aurais pu multiplier ces exemples.
(3) Ec. p. 94, 189 : variantes.
(4) Ec. p. 60, 94, 107, 108, 133 : variantes.
« en marchant » par « Je marche »
« existant » — « qui existe »
« en agitant » — « agite »
« en s’opposant » — « et s'opposent »
« en faisant » — «et qu'on fait » etc. (1)
D'une façon générale, c’est le son an, dans quelque mot qu'il se présente, que Renard s'attache à supprimer : « enfin, souvent, en outre, encore, dedans, en lui, ensemble, je m'en étonnerai, en pluie, nez enfoui, qui n'en finit plus, en effet, d'en obtenir, j'en ai mal, en cheval, j'en ai, en deux, de m'en aller, suis en possession de, en sont tombés, en arrière, quand nous entrons, en un mot, s’entrechoquent, l’écume en avant, en rut, patients, jardin anglais, en inconscient, entre mes dents, en eux, n’en rougirait, » etc... (2)
Il est d’autres formes qui sont lourdes : les imparfaits du subjonctif, les passés simples. Renard ne trouve pas « ridicule » de s’en servir, « Mais il ne faut pas « en abuser ». Elles nous lassent vite. Et non seulement Renard n’en abuse pas, mais il en use à peine. On trouve le passé dans ses premiers écrits, mais bien vite Renard le remplaça par le présent (3), beaucoup plus
(2e: p. 71, 73, 74,76, 81,83, ,85,.89,.90, 91, 9%, 100,:101, etc. : variantes.
(2) Ec. p. 70, 72, 73, 88, 100, 175, 177 — 107 —-116, 119, 151, 168 — 108, 133, 141, 142, 177 — 121 — 135 — 139, 153, 159 — 142 — 140 — 144 — 145 — 147 — 148 — 149 — 153 — 154 — 155 — 160 — 162 — 166 — 168 — 169 — 170 — 172 — 178 — 179.
(3) Pour l'édition de 1893, il met au présent les récits de la Lanterne sourde qui se trouvaient au passé dans l’Echo de Paris, comme Le Plagiaire (13 septembre 1892), Le Symboliste exaspéré (17 septembre 1892), Le casseur de pierres (24 septembre 1892), L'Homme aux cerises (29 novembre 1892).
Pour l'édition de 1894, il met au présent les récits de Poil
direct, et qui met le lecteur en contact avec la réalité (1). C'était d’ailleurs le temps employé par La Bruyère dans ses Caractères. Et Renard n'emploiera plus guère le passé défini que pour se reposer el reposer le lecteur de l'éternel présent (2).
Enfin, il est des formes et des sons qui, sans être lourds par eux-mêmes, le deviennent par la répétition. Par exemple : « En attendant j'antidate » (3). Bon disciple de Flaubert, Renard avait grand soin de les supprimer, même dans ce qu'il écrivait pour le théâtre. Dans un manuscrit de Poil de Carolle, en face de : « vous vous rafraîchirez et je vous montrerai... », il a noté : « Trop de futurs » (4).