LE DIALOGUE
Le style de Renard tend à la fois vers la forme poétique et vers la forme dramatique. Certaines pièces des Bucoliques (6), des Histoires naturelles (7) et
(1) La clef. Le juste bien attrapé. Le bouchon. L'orang. Le bateau à vapeur. Le moineau. La rose. La prune. Canard sauvage. Le flotteur de nasse. Le mur.
(2) Les fiancés de l'auberge. Le portrait. Le maçon. La cascade. Le chien déchainé.
(83) Les grenouilles. Le crapaud. La chenille. Merle ! La première bécasse. La bécasse II. Le cochon et les perles...
(4) L'homme fort. Le chien déchaîiné.
(5) La bécasse II. Le cochon et les perles.
(6) Une rose d'automne. La cuisine. La pluie. La neige. Effets de lune.
(7) Le chasseur d'images. Les moutons. Le grillon. Chauvessouris. Le cerf. Une famille d'arbres.
Feuilles d'automne dans Ragotte, s’arrangent naturellement en poèmes. D’autres prennent d’elles-mêmes l’allure de scènes dramatiques. Nous ne parlons pas ici des textes qui sont entièrement rédigés suivant la forme théâtrale, comme on en trouve dans Le Vigneron, Coquecigrues, La lanterne sourde, La Maitresse, etc., mais des pages ou des œuvres de longue haleine où le dialogue, se mêlant au récit, tient une grande place.
L'art de l'écrivain se manifeste d’abord dans la souplesse avec laquelle il passe du récit au dialogue.
Dans L'Ecornifleur, pour éviter les lourds : « dit-il, dit-elle, répondit-il, répond-elle, reprend-il, etc... », Renard indique le nom des personnes qui parlent, comme dans les dialogues dramatiques. Puis, lorsque les répliques s’espacent ou qu'il n’y a pas de confusion possible, il revient aux « dit-il » des romans. Renard croyait avoir usé le premier de cette forme dramatique (1), jusqu’au jour où il la trouva dans les charmants volumes de la bibliothèque rose (2).
Ce que Renard s’imaginait avoir inventé, ce n'est pas de passer du récit au dialogue, mais d'y passer aussi fréquemment qu'il le faisait, de couper continuellement le dialogue par des commentaires (3).
Quoi qu'il en soit, c’est sans aucun effort apparent, sans que le lecteur s’en aperçoive, que Renard passe
(1) On la retrouvera dans Poil de Carotte (Les perdrix. La carabine. La luxerne. La timbale. La trompette...) ; dans Bucoliques (La toupie. Les chevaux de bois) ; dans Ragotte (Les enfants. La glace. Religion. Le chagrin de Ragotte. Le branle. Le Paul. Ragotte et le pauvre).
(2) « Cette forme de dialogue intermittent que je croyais « avoir inventée pour L’Ecornifleur, voilà que je la retrouve « dans les livres de la Comtesse de Ségur ». J. p. 442.
(3) Ec. chap. IV, XI, XIV, XVII, etc.
de l'un à l’autre par un mot qui, suscitant une interrogation, une explication, un commentaire, sert de plaque tournante :
« Il me donne à toucher sa main fendillée et me « dit qu'il n'y a rien de nouveau.
« — Point de mort, depuis mon départ ?
« — Vous ne voudriez pas, dit-il » (1).
Dans Mariette, c'est la perfection : « Ils étaient dix « enfants, sept filles et trois garçons, sept filles comme « dans Le Petit Poucet. L'ogre en a mangé trois.
« — Quel ogre ?
«.… [ne voulait pas manger avec les petits coissots. (2)
« — Avec qui ?
« … elles trouvèrent d’abord un cheveu dedans, et puis elles en trouvèrent un autre.
« — Un cheveu ne me fait pas peur, dit Mariette, mais deux, tout de même !
« .… Elle ne s’est encore senti de l'amitié que pour « ses assieltes.
« — Je ne suis jamais plus heureuse, dit-elle, que quand je leur parle ! (3) »
Depuis ses premiers jusqu'à ses derniers écrits, Renard fit parler des paysans. Sur ce point aussi, nous avons à constater un progrès continu des Cloportes ou de Crime de village à Ragotle où à L'OEil clair. Au début, les paysans « chez Renard » parlaient tout comme au théâtre ou « chez Maupassant ». Renard s’appliquait à reproduire les fausses formules stéréotypées du maïtre conteur : « V'là ce que c’est. J'voudrais ben. all est ben morte... réveille-{é donc... qué qu’ j'allons faire,