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(1). V. d'svpmu16.
(2) Cochons.
(3) L'œil clair, p. 91 et suiv.
à c'Uheure... qu'a les yeux noirs... Tu leur-z-y diras. C’est-il que tu dors... J'vas.. etc. (1).
Mais il se rendit compte que ce procédé était aussi conventionnel que celui qu'emploie Balzac lorsqu'il fait parler des juifs, et qu’il ne suffit pas de remplacer « pas » par « point », de supprimer les e muets, les négations, les pronoms et de mettre le verbe au pluriel après un sujet au singulier pour que le lecteur ait l'illusion d'entendre les gens de la campagne. « On peut « donner le ton des paysans sans faute d’orthogra- «C phe )) (AE
Aussi, en 1904, s’il supprime encore quelques e muets, pour plus d’exactitude, Renard remplace-t-il : « J’ons » par « J'ai », « qué que ça se vend » par « Qu'est-ce que... », « Je ne suis-t-y pas » par «Je suis », « Et pis » par « Et puis », etc... (3).
L'important, au jugement de Renard, était de ne pas mettre dans la bouche des paysans des mots qu'ils n'emploient jamais, qui sont au-dessus d'eux, de ne pas leur faire dire, par exemple, qu'une soupe est onctueuse (4).
Renard note qu'il n’a jamais entendu Philippe prononcer le mot « délicieux » (5). C’est surtout, en effet, l'absence, plus que l'emploi de certains mots, qui caractérise le parler paysan. Je crois qu’à ce point de vue, Renard est sans reproche. Et il se montre bien plus
(1) D. lit. p. 131, 94, 134, 94, 96, 137, 246, 99. (2) J. p. 122. — C’est d’ailleurs beaucoup plus difficile.
(8) Ec. p. 132 et 133. — Et pourtant dans L’Ecornifleur, dont l’action se passe en partie à Barfleur, en Normandie, les déformations normandes étaient à leur place.
(4) Comme on le lit dans Césette de Pouvillon. J. p. 626.
vrai lorsqu'il fait employer au sabotier « grosseur » pour « largeur » (1), où quand il fait dire à Ragotte : « Je viens voir si vous ne vous trompez pas dans vos
« écritures... C'est trop victorieux pour moil….. Le « monde devient carnassier.… J'ai enduré bien du « mal !... » (2), que lorsqu'il avait recours aux procédés
L'op visibles que nous venons de signaler.
Quant à son dialogue dramatique, on y trouvera les mêmes qualités de naturel et de sobriété que dans ses livres. Il est très difficile d'observer au théâtre une juste mesure entre un style trop littéraire et un style trop négligé. Renard a su se garder d’un excès comme de l’autre. Sa règle était : « Il ne faut pas qu'un person- « nage dise des choses qu'il serait incapable d'écrire » (3) Si certaines phrases d'Henri Gérard, dans Monsieur Vernet, paraissent trop apprêtées (4), il ne faut pas oublier que c’est un poète qui parle. Son dialogue est soigné, mais pas trop « écrit ». Renard obtient le maximum d'effet par le minimum de mots. Pas de ces monologues comme en conserve le théâtre de Becque (5) ; pas de ces invraisemblables apartés (6).
(1) L’œil clair, p. 80.
(2) Rag. p. 8, 15, 48.
(4) « Ils se livrent, mais ils se jugent ; ils s'acharnent, mais « ils s’estiment.. toutes ces poignées de mains font leur œu- « vre, et mieux que les longues années d’une vie commune, « elles façonnent promptement une camaraderie, une amitié. » Acte I. Scène 4.
(5) Tels ceux de Clotilde et de Lafont dans La Parisienne, acte II. sc. 2, sc. 4, sc. 6, sc. 8, sc.10 ; acte III, sc. 4.
(6) On en compte quatre dans une courte scène de La navette, la scène 4.
Une seule fois, Renard fait lire une lettre sur la scène, dans Le Plaisir de rompre ; et c'est une lettre que les amants d'hier lisent ensemble, et dont ils ne lisent que des fragments, ce qui est parfaitement admissible (1).
Les répliques partent du tac au tac, comme dans un assaut au fleuret, sans le moindre remplissage. Dans Poil de Carotte, trente-huit répliques suffisent à Jules Renard pour faire vivre — et de quelle vie — Madame Lepic. Dans Monsieur Vernet, quelques mots lui suffisent pour faire sentir les moindres nuances de l’âme de Madame Vernet (2). Donc, au théâtre aussi, c’est par des sacrifices que se définit l’art de Jules Renard.