‹ L'œuvre et l'âme de Jules RenardChapitre 60 sur 124 · CARS DN IT · texte numérisé non relu

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(8) Paris. Grasset. 1911.

(4) Voici des compléments détachés :

« et porte, comme un collier fermé, au repos, son étreinte » V0;

« notre cœur, bélier perfide qui sape, de l’intérieur même « la forteresse » p. 24. — Renard écrivait dans son Journal. « Mon cœur bat comme un mineur enseveli qui, par des coups « irréguliers, donnerait encore des signes de vie. » p. 1539.

Voici des images :

« la lune, qui s'enfonce dans la tour de Saint-Sulpice « comme dans une tirelire » p. 14.

« les bateaux dormaient déjà, les ailes relevées et jointes comme un papillon qui boit. » p. 80.

(5) Dans un article sur Provinciales (Nouvelle revue française 1* Juin 1909), M. André Gide a fort bien indiqué « par « où Giraudoux touche à Renard » et « par où il s’écarte de « lui ».

Encore que Poil de Carotte, Histoires naturelles et Ragotte aient pu orienter le talent de certains écrivains vers des sujets analogues à ceux qu'avait traités Renard (1), ce n’est pas par la matière de son œuvre.

C'est d’abord par le goût de l’image pittoresque, comme il s’en trouve principalement dans les Histoires naturelles. J'en ai emprunté quelques-unes aux deux premiers livres de M. Giraudoux.

De même, lorsqu'on lit dans Au vol, sous la plume d'Albert Vidal, que la cigale « pique à la machine » et que la vache « méprisant toutes les déloyales con- « currences, Consciencieusement, fait encore du lait « pur » (2) ;

lorsqu'on sourit aux trouvailles spirituelles et précieuses de M. Paul Morand (3), à ses images

(1) Hélène Colomb : Poison de famille, Rédier, 1932. Abel Bonnard : Les Familiers. 1906. Louis Pergaud : De Goupil à Margot. La revanche du corbeau. Le roman de Miraut, La guerre des boutons. Mercure de France. Colette : Dialogues de bêtes. La paix chez les bêtes. Crès, 1916. Montherlant : Histoire naturelle imaginaire, Editions du Trianon. 1933. Marcel Jouhandeau : Binche-Anna. N. R. F. 1932. Sollier : Fableaux, La maison des amis des livres. René Dubreuil : L'âme des gens, des bêtes et des choses. Editions Sylva, 1933. Gus Bofa : Zoo. Mornay, 1935. S. Deschellerius. Les plumes du geai. G. Andrieux, 1935.

(Paul Léautaud annonce des « Notes sur les animaux » N. R. F. 1% Septembre 1933).

(2) La Plume, 15 Janvier 1902, p. 127.

(3) « Sur le ciel vert... l'hôtel appuie son front de ciment « armé. Dans ses veines tendues l'eau chaude circule aisé- « ment... — … blonds maïs oxygénés par l’automne... — « … les accordéons à eau chaude... — .. un soleil maintenu « par un pansement sec... — ….. le nuage qui apporte sa pluie « s’amarre pour la nuit sur le Trocadéro... — …. les nuages « s’éventrent sur les paratonnerres... — ….. le calendrier mai- « grit.. » Poèmes (1914-1924). Paris. Au Sans Pareil, 1924, p. 9, 49, 53, 56, 86, 89.

inspirées par un mot (l), à ses jeux sur les mots (2) ;

lorsqu'on cueille dans La Paix chez les bêtes (3), parmi les touffes d’impressions chaudes, odorantes et sensuelles que procurent à Madame Colette ses animaux de prix (4), des images que Renard aurait pu écrire (5), et d’autres qu'il avait déjà écrites (6) ; lorsque Madame

(1) « On entend une sirène dont le cri finit en queue de « poisson. » Ibid. p. 56.

(2) « les allées — et les venues — sont jonchées de feuilles « mortes et de raisins sucés. » Ibid. p. 105.

(3) Colette. Crès, 1916.

(4) Un coati, une panthère. Si c’est une chienne, on nous avertit que c’est une bête de race : lévrier, bull ou colley ; si c’est une chatte, elle est « persane » ; une écureuille, elle est « du Brésil », etc. ; même les papillons de Madame Colette sont des papillons « à cinq francs cinquante. » Voilà déjà qui différencie ces animaux de luxe des humbles animaux d’Histoires naturelles, des bêtes de tous les jours qui suffisaient à Renard.

(5) « L’acacia se décide à jeter, pièce à pièce, l’or volti- « geant de ses monnaies ovales » p. 133.

« Elle bat des paupières, se rengorge et gonfle coquettement «le mince liséré marron qui serre, autour de ses joues vertes, « son petit béguin Marie Stuart » p. 176.

(6) La libellule « grésille » (pp. 98 et 183) comme celle des Histoires naturelles (p. 45) et des Familiers d'A. Bonnard (S0ociété française d'imprimerie et de librairie, 1906, p. 24) ; — « l'éventail des queues » (p. 175) rappelle celui de la dinde. EMMA. 10 62

— « son groin humide, qu’elle guide en soc » (p. 178). « Le cochon » de Renard « pousse. devant lui, comme un soc ». H:natpol

— Le papillon « plié en deux comme un billet » (p. 185) à la manière de celui des H. nat. p. 45.

— le poulain « montra ses dents plates dans un sourire an-

Colette interroge plaisamment: « Pourquoi Ricotte s’estelle mis une plume d’autruche au derrière ? » (1), et lorsqu'elle termine Les couleuvres par un trait où le sourire cache l'émotion (2) ;

lorsqu'au milieu des anges, des boules de neige, des vitriers familiers à M. Jean Cocteau, on savoure des images aussi piquantes qu'exactes (3), ou qui sont nées

« glais » (p. 225) ; et le cheval de Renard avait « des incisives « d'anglaise » H. nat. p. 28.

— Madame Colette imagine l'ours « voguant comme un « nuage énorme » (p. 220) alors que Renard voyait « de gros « nuages blancs s'approcher de la pleine lune comme des « ours d’un gâteau de miel » H. nat. p. 5.

(1) Quand Renard déclarait à l’écureuil : « Du panache ! « Du panache ! oui, sans doute ; mais, mon petit ami, ce « n’est pas là que ça se met ». H. nat. p. 45.

(2) « Il me semble déjà qu'elles s’humanisent, et elles « croient que je m'apprivoise. » Le cerf, Le martin-pêcheur montrent dans l’âme de Renard un semblable désir de fraternité et le ton est le même. é

Cependant, malgré ces rapprochements, que j'aurais pu multiplier, je me garde de conclure à une influence, car pour une image commune nous avons la preuve, comme dans le cas de Giraudoux, d’une simple rencontre. Colette écrit : « Au bout de l’allée, vert tumel » p. 183) et Renard avait noté dans son Journal, qui ne parut que dix ans après le livre de Colette : « Fantec appelle une allée de grands arbres un {umel « vert » (p. 264). — Cette coïncidence montre aussi combien chez les poètes la vision reste d’une fraîcheur enfantine.

(3) Poésies. Gallimard 1925. Cinquième édition. — « la pêche fraîchement rasée » p. 256 — « pipe à l'envers, la cornemuse » p. 303 — « mes ombres, depuis le matin, « collection: de statues nègres » p. 306 — «les Portugaises, sabot d’un âne « qui a marché dans l’eau de mer » p. 329 — « Avec sa jumelle, il gonflait le paysage » p. 335. — « Et le cygne qui dort le menton sur son bras » p. 351

d'un mot (1), des jeux de mots (2), des paroles qu'on croirait sorties de la bouche serrée de Madame Lepic (3), l'éternel présent inclus dans les phrases courtes et jux-

taposées de Thème basque (4), et un curieux emploi de l'adjectif (5) ;

(Renard écrit dans son Journal « un canard... dort, le coude sur l’eau » p. 1101, et dans Le cygne. H. nat. p. 14 « Puis, tel « un bras de femme... ») — « La mer... « Lui découvre ses lits, agite ses dessous, « Débouche bruyamment son champagne qui mousse » p. 353 — (Renard écrit dans L'Ecornifleur : « La mer.…, une « belle femme qui... tiendrait mal ses dessous » p. 61. — « Les « vieux rochers..., pères de famille vénérables, mais ivres, qui « renverseraient, en buvant, de la mousse de champagne « dans leur barbe » p. 115).

— «Mercure, tenant à la main le chiffre huit ». Opera. Par lui-même.

(1) « Je te vois quitter ta figure close, Bien fermée à clé ». Poésies, p. 448,

(2) « … que les nègres se promènent avec d’élégantes cannes à sucre ». Ibid. p. 333. Voir aussi les deux poèmes d’Opera: A l'ancre bleue et L'Oracle.

(3) — « Ne mets pas tes doigts dans ta bouche ». — « Ne touche pas ta figure avec tes mains sales ». — « Laisse ça tranquille ».

— « Qui est-ce qui m'a donné un enfant pareil ? » « ou — « La maison n'est pas une auberge. » Poésies, p. 308.

(4) « Le petit berger a les joues rouges. Le coq chante mal. « Le temps semble se mettre au beau. Les cultivateurs récla- « ment de la pluie, » etc. Ibid. p. 309.

(5). Cocteau qualifie Nouvelles impressions d'Afrique de « chef-d'œuvre inénarrable. », c’est-à-dire « qu’on ne saurait « narrer » (N. R. F. 17 Septembre 1933, p. 464) comme Renard qualifiait une actrice d’ « innommable », et la critique de Léon Blum de « très honorable ».

lorsque Louis Codet, dans César Capéran, compare la tour Eïffel à un « À démesuré » (1) ;

lorsqu'il suffit de supprimer quelques mots parasites, produits de la versification, et de ne pas aller à la ligne pour réduire les brefs poèmes de M. Elie Marcuse à une image de Renard (2); ;

lorsqu'on trouve même dans l’œuvre de M. André Maurois des images qui reflètent celles d'Histoires naturelles (3) ;

on renvoie invinciblement cet esprit et ces images, sinon comme à leur inspirateur, au moins comme au modèle du genre, à Jules Renard.

Ce n’est cependant ni par ses images, ni par son esprit que Renard me paraît surtout représentatif.

C’est par son amour d’une vérité dans l'observation qui repousse tout enjolivement, toute fausse poésie (4),

(2) — « Les bouquinistes (peu liants — l'œil mort, acca- « blent leur pliants et) bâillent de toutes leurs boîtes ».

— (Dans le grand jardin désert) le (clair) jet d’eau désœuvré — Crache en l’air (et crache en l’air...) ça lui retombe sur le nez!

— « Au front du ciel, un vol d’éperviers hausse et rabaïisse « de noirs sourcils ».

Les Nouvelles littéraires, 20 Mai 1933.

(3) — « La lune que les cyprès semblent montrer d’un doigt « noir ». Climats. p. 272.

— « Les peupliers se dressent comme des doigts en l'air et « désignent la lune ». H. nat. p. 41.

(4) On peut lire dans un roman de Huxley, à propos de Shelley, une révolte analogue à celle de Renard contre « cette incapacité formidable d'appeler un chat, un chat... « Il ne pouvait pas permettre que l’alouette fut un simple « oiseau, avec du sang et des plumes, et un nid, et du goût « pour les chenilles. Oh ! non, ça, ce n'était pas assez poéti- « que, n'est-ce pas, c'était bien trop grossier... » Contrepoint. Plon, 1930, 5° édition, tome I, p. 173. Voir aussi p. 11.

par sa manière de laisser l'émotion, la véritable poésie se dégager d’elles-mêmes des objets, des paysages, des êtres, des événements les plus simples (1). C’est surtout par la façon dont chez lui l'expression serre l’idée, par un style qui se dépouilla de plus en plus, jusqu’à la nudité.

Si l’on voulait mettre en formules l'œuvre de Renard, il faudrait dire qu’elle est vérité dans le fond, simplicité dans la forme. Mort à l'imagination ! et Mort à l'éloquence ! « Tordre son cou » à l’éloquence était relativement facile en poésie, où l’on accorde assez aisément qu'elle n’a que faire, mais on conçoit plus difficilement une prose qui se prive de cet appui commode et ne tire ses effets que d’une rigueur obstinée dans le choix des mots, de leur disposition dans la phrase, et de phrases courtes, sèchement juxtaposées pour former de courtes pages.

C'est à quoi se voua Jules Renard.

Cette réaction venait à son heure, car si les poètes symbolistes étranglaient peu à peu la poésie oratoire, la prose de la plupart d’entre eux était essentiellement recherchée en ses « vocables », et contournée dans sa syntaxe. Aussi, est-ce par sa franchise et sa netteté que l'œuvre de Renard plut à beaucoup d'écrivains, à Paul Claudel, par exemple, aux yeux de qui, Jules Renard, vers 1892, représentait « le goût français » (2).

Cette œuvre se trouve donc située à l’origine d’une tendance à simplifier l’expression qui venait ou revenait à son heure, et qui persiste encore aujourd'hui. C’est

(1) Voir La cuisine et Procès-verbal dans Bucoliques. — On goûte une simplicité et une poésie analogues dans l’œuvre de Vildrac : Découvertes. Le livre d'amour. N.R-F.

tout récemment que M. Abel Hermant intitulait un de ses articles du Figaro : Pas de style (1), et que M. Paul Morand s’écriait : « A bas l’éloquence! » (2). Et M. Paul Valéry a semé dans Littérature des aphorismes qu'aurait contresignés, ou même signés Jules Renard, comme celui-ci : « Entre deux mots, il faut choisir le moindre » (3).

Mais ce qu'il importe encore de faire ressortir, c'est que cette recherche d’une sobriété poussée jusqu’à ses extrêmes limites s’est poursuivie, non seulement en littérature, mais dans presque tous les arts, à la fin du dix-neuvième et au début du vingtième siècle.

Au théâtre, ne travaille-t-on pas, sous l'impulsion d'Antoine, et sous l'influence de Lucien Guitry (4), à rendre plus vrai le décor et plus sobre le jeu des acteurs ? Comme les pièces qu'ils représentent, les interprètes tendent de plus en plus à se rapprocher de

(1) 27 Juin 1931.

(2) Marianne. 4 Janvier 1933. — Voir aussi les idées de M. Pierre Lièvre sur le style dans les Nouvelles littéraires du 29 Avril 1933.

(3) Littérature. Gallimard, 1930, p. 58.

(4) « Ce qui, dès l’abord, caractérisait son jeu, c'était la « sobriété... sincérité... simplicité... rupture avec tout roman- « tisme, toute affectation, tout « chiqué ».…. Il semblait ne « rien faire pour émouvoir, et l’on était ému. » Sacha Guitry. Lucien Guitry raconté par son fils. Paris, Plon, 1930.

C’est bien là aussi ce qui caractérise l’art de Jules Renard, et ce qui explique l'amitié qui unissait les deux artistes. De Coquelin disant Le sous-préfet aux champs, Renard déclarait : « C’est délicieux, ce poème en prose, mais vous n'ima- « ginez pas ce qu’en peut faire Coquelin : une épopée ! C'était « Jupiter professeur de diction. » J. p. 906.

la vie. Et ce qu’on apprécie en eux, ce n'est plus un certain style déclamatoire, mais le naturel.

En peinture, sans aller jusqu'aux formes purement géométriques, les lignes nettes des portraits et des dessins de Valloton, de Degas (1) et de Forain, les lithographies de Toulouse-Lautrec, les dessins de Picasso et de Picabia prennent leur valeur de leur vérité et de leur sobriété. Et l’on n'ose plus guère composer de toiles qui atteignent les dimensions redoutables des tableaux de Cormon.

Chez les musiciens, il en va de même. On se sent écrasé par les œuvres de Wagner, un peu las des recherches et des trouvailles précieuses de Debussy. On écrit moins de sonates, de symphonies, d’opéras, et davantage d'œuvres de plus en plus brèves.

En France, Erik Satie déclenche un mouvement qu'appuie M. Jean Cocteau (2), et que suivront, chacun à sa guise, ses jeunes amis.

C'est par la simplicité de l’âme, de la phrase et des moyens que Satie est un maître. Il s’interdit le bavardage, les odieux développements. Il enseigne aux musiciens, lorsqu'ils ont trouvé un « motif », à ne pas le retourner, le disloquer, l’écarteler de cent façons diverses pour en farcir une sonate ou une symphonie, mais à dire simplement ce qu'ils ont à dire, et à se taire ensuite, immédiatement, à la manière de Renard. Quel-

(1) M. du Bos dans un article d'Approximations (2° série, p. 35 et 36. Crès, 1927) loue en lui le moraliste et l’apparente à La Bruyère, éloge qui pourrait s'appliquer à Renard.

(2) Dans Le Coq et l'Arlequin (illustré de deux dessins de Picasso dans l'édition de la Sirène). Le rappel à l'ordre. Paris. Stock, 1906.

ques notes, quelques accords révèlent le poète sous l'humoriste, comme chez Renard quelques mots (1).

L'œuvre de Ravel, constate M. Roland-Manuel, « est l’irréductible ennemie de l’emphase, de la grandi- « loquence, de la pseudo-profondeur romantique. « Cette musique a la pudeur nécessaire de l'émotion, « elle prétend nous toucher par sa seule grâce, sans « efforts et sans cris » (2).

Le style de M. Georges Migot est « épuré, débarrassé « de tout ce qui pourrait congestionner le développe- « ment d’une pensée ». Il se caractérise par la « sim- « plicité des moyens » (3). Le paravent de lague aux cing images est exquis dans sa brièveté, comme telle « Bucolique » ou telle « Histoire naturelle ».

Quelques pages suffisent à Georges Auric, à Francis Poulenc, pour entourer Malbrough, La femme silencieuse, Intermezzo, d'une atmosphère musicale. Le Besliaire, les Mouvements perpétuels de F. Poulenc sont aussi tendres et limpides que brefs. Et Darius Milhaud a composé des « opéras-minute » (4).

(1) La plupart des éloges que M. Jean Cocteau décerne à Erik Satie n’atteignent-ils pas Jules Renard ?

« Ecœuré de flou, de fondu, de superflu, des garnitures, « des passe-passe modernes et souvent tenté par une techni- « que dont il connaît les moindres ressources, Satie se pri- « vait volontairement pour tailler en plein bois, demeurer « simple, net, lumineux. » Ibid. p. 32 et 33.

« Jamais de sortilèges, de reprises, de caresses louches, de « fièvres, de miasmes. Jamais Satie ne remue le marais, etc. » p. 34 Voir aussi la page 36.

(2) Maurice Ravel et son œuvre. Durand, 1914, p. 37.

(3) Frank Choisy. Le Manuscrit autographe. Novembre- Décembre 1930, p. 70. Voir aussi le Georges Migot de P. Wolff. A. Leduc. Paris. 1933. p. 11.

(4) Tel L'Enlèvement d'Europe, qui dure 480 secondes. André Cœuroy. Panorama de la musique contemporaine. Kra, 1928, p. 182. Voir aussi les p. 80, 206, 207, 210.

Hors de France, Schoenberg, considéré comme un maître, en est arrivé, de renoncement en renoncement, aux Sechs Kleine Klavierstücke, qui sont, écrit M. Cœuroy, l'expression la plus réussie, à ce jour, du style télégraphique de l’âme (1). M. Cœuroy ajoute que « ces piécettes sont à la musique ce que sont à la litté- « rature les « comprimés lyriques » du poète viennois « Peter Altenberg ». Il aurait pu songer également aux Histoires naturelles de Renard, au ver-luisant : « cette goutte de lune dans l'herbe ! » (2)

Enfin, dans l'architecture (3) et l’'ameublement, dans tout le décor de la vie contemporaine, les dernières expositions, les constructions les plus récentes, les magasins, la mode, ne révèlent-ils pas la même tendance à la simplification des lignes, au bannissement de toute surcharge, à la nudité parfaite des « intérieurs » et des « extérieurs », en France et dans tous les pays ? (4).

C’est donc bien dans un mouvement général de restriction et à la naissance de ce mouvement que se place l’œuvre de Jules Renard.

(1) Ibid. p. 80.

(2) H. nat. p. 41.

(3) « Cette clarté et cette pureté, n'est-ce pas le signe des « temps modernes ? »

Le Corbusier. Une maison — un palais. Collection de l’Esprit nouveau. Crès. s. d.

(4) A propos d'une exposition du décor de la vie moderne entre 1870 et 1900, organisée en 1933 au Pavillon de Marsan, M. André Lhote écrivait : « S’il fallait tirer une morale de « cette exposition, c’est que toutes les formules d'évasion plus « ou moins assimilées au cubisme s’imposaient après toutes « ces déliquescences, comme un rappel à l'ordre et à là me- « sure. » Nouvelle revue française. Juillet 1933, p. 126.

De ce mouvement, on ne saurait encore évaluer exactement l'ampleur.

Assurément, suivant une loi éternelle de flux et de reflux, d’autres courants viendront bientôt, et viennent déjà de plus en plus, se mêler et peu à peu se substituer à celui qui nous emporte. Pour reprendre une image de Jules Renard, on reverra, on commence même à revoir « le style fleuri de l’école du feuillage, du touffu, « du broussailleux ». Mais ensuite, à nouveau « il faudra émonder » (1). Et toutes les fois qu'on sera fatigué des surcharges et des « vains ornements », Jules Renard est un de ceux au régime desquels on viendra se soumettre. Epris de poésie, mais passionné de vérité, 1l a su garder, entre les deux, un équilibre difficile, et représenter la vie la plus profonde en des pages d’une netteté et d’une sobriété vraiment françaises et classiques.

Appendices

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