‹ L'Œuvre Médicale Française au MarocChapitre 10 sur 63 · RE VERS · texte numérisé non relu

RE VERS

LyAUTEY en a écrit la préface. Qu'il me soit permis d’en citer quelques passages pour montrer ce qu’étaient le médecin et aussi le Grand Chef :

«Ces régions du Maroc que vous avez parcourues et dont certaines étaient encore très peu connues, vous ne les avez pas vues seulement en médecin, mais en Croyant. Je m'explique Vous apportiez avec vous, en même temps que le plaisir de faire du bien aux populations que vous visitiez, une simplicité, une compréhension de ces âmes si différentes des nôtres, une volonté de sympathie telles qu’il eût été bien extraordinaire que vous ne pénétriez pas dans leur cœur et dans leur esprit.

« Je savais, avant de lire ces récits, la manière dont vous compreniez votre rôle, la façon dont vous voyagiez, vous laissant guider par les circonstances et aussi par votre instinct, allant là où vous pensiez pouvoir être utile et où l’on vous demandait, vivant pendant des mois de la vie des populations que vous parcouriez, mangeant leur nourriture et vous abritant sous leur toit. Vous avez ainsi appris à les connaître et à les apprécier, mais il y a eu réciprocité, et vous vous êtes fait, là où vous avez passé, de véritables amis qui sont restés fidèles à votre souvenir.

<Du jour où un Notable, un Caïd, un pauvre diable quelconque qui souffre, se décide à voir le médecin français et sort de chez lui soulagé, la glace est rompue, le premier pas est fait et les relations se nouent.

« Mais, pour cela, il faut au médecin, comme à l'officier de renseignements, en dehors de sa valeur technique, des qualités spéciales de tact, de compréhension, il faut aussi être convaincu. Toutes ces qualités, mon cher CHATINIÈRES. vous les avez, ceux qui liront votre livre s’en rendront vite compte. »

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CHATINIÈRES mourut à Taroudant, en 1938, d’un typhus contracté en soignant les malades. Quand il se sut atteint, sachant qu’il allait mourir, il dit à sa femme qui l'avait secondé dans son œuvre : « La tâche est terminée pour moi, tu dois la continuer seule, car ces gens ont encore besoin de nous ». Il mit dans cette phrase le fatalisme musulman et la charité chrétienne.

Dès son arrivée au Maroc, LyAuTEY, fort de son expérience au Tonkin et dans le Sud Oranais, se préoccupe de. l'équipement sanitaire, de la lutte contre les épidémies, aussi bien au point de vue prophylactique qu’au point de vue traitement.

«L'action de lhygiéniste, déjà si difficilement acceptée en France et dans les pays d'Europe, devait être extrêmement prudente et habile, mais il fallait, de plus, qu’elle fût un moyen d’attirance : au lieu d’être imposée, elle devait, au contraire, constituer un moyen d’action politique pacifique. »

Dans un pays où l’autorité centrale était bien précaire, il fallait d’abord prendre contact avec ces populations du bled, si jalouses de leur liberté et de leur indépendance, bien apprendre à les connaître et à se faire aimer d’eux, les attirer vers nous en allant vers eux. LYAUTEY a compris combien le médecin pouvait, plus que tout autre, remplir ce rôle fécond : il n’a pas été déçu.

Les médecins militaires du Corps de débarquement et ceux qui les suivirent montrèrent les qualités qu’on attendait d’eux, et la pacification du Maroc eût été, sans eux, autrement difficile et coûteuse en vies humaines.

Parmi eux, hélas, beaucoup sont tombés en accomplissant, sans bruit mais avec foi, leur mission : la peste, le typhus, la typhoïde, la dysenterie, la varioie étaient des ennemis redoutables. Aucun n’a jamais cherché à se soustraire au devoir impérieux d'aller soigner les malades dans des bleds éloignés, malgré les dangers qu’ils connaissaient.

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