‹ L'Œuvre Médicale Française au MarocChapitre 9 sur 63 · AR EE AE · texte numérisé non relu

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cains qui se pressaient nombreux aux portes des dispensaires, improvisés avec des moyens de fortune.

IT était impossible, cependant, de se contenter de cette opération militaire du débarquement. Il fallait dégager d'abord les environs de la ville, assiégée en somme par les tribus hostiles. La série des combats commença, souvent très vifs et très meurtriers. Or, il arrivait que de nombreux blessés marocains tombaient entre nos mains. Les médecins du Corps de débarquement les soignaient, les opéraient, puis on les laissait repartir, et quand ils rentraient guéris chez eux, ils racontaient comment ils avaient été traités comment étaient ces étrangers, ces Français — et peu à peu la méfiance s’amenuisait. Bien des soumissions ont été faites ainsi. Si la puissance de nos canons inspirait l'admiration et le respect de la force —— innés chez tout indigène ——, la bonté et la charité de nos médecins < conquéraient leur cœur ». Lorsqu'on avait établi un poste,

immédiatement on installait une infirmerie indigène où venaient nombreux même ceux qui n'étaient pas encore soumis.

Souvent, les médecins s’éloignaient des postes pour aller soigner les malades en zone insoumise: il fallait évidemment un certain cran, mais partout, dès qu’on savait le passage du « toubib français », les gens se pressaient autour de la tente qui servait de salle de consultations et se battaient pour arriver à passer les premiers.

Toute cette médecine héroïque était certes loin d’être une médecine savante et toujours efficace. Les maladies étaient nombreuses et variées, et les médicaments étaient souvent insuffisants; il fallait aux médecins beaucoup d’ingéniosité pour contenter les patients. La teinture d’iode (que les indigène appelaient « nar el becda » : la chaleur froide), qui brûlait un peu, la quinine, amère, jouaient un rôle considérable. I n’en fallait pas plus pour attirer les consultants. IL y avait aussi les guérisons spectaculaires, celles des vastes ulcères, des abcès, des gommes syphilitiques, etc. Les nota-

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La

bles et les chefs, voyant les « mesquines » guéris, venaient à leur tour, ou appelaient nos médecins. Leur renom dépassait beaucoup les zones de la soumission, et des Marocains venaient parfois de 30 - 50 kilomètres et plus, pour consulter le toubib. C'était aussi pour eux l’occasion de regarder, de faire connaissance avec les Français qu’on leur avait décrits comme des sortes de diables, comme des gens avides venus pour conquérir leurs biens, prendre leurs troupeaux, leurs terres et leurs femmes.

Au lieu de cela, ils trouvaient des hommes doux et bons qui les soignaient sans leur demander d’argent, qui les traitaient comme eux auraient traité leurs propres enfants, avec ceci en plus, que les médecins français étaient des savants, connaissant leurs maux et les remèdes pour les guérir. Le médecin était, et est encore, pour le Marocain, un être à part, celui qui guérit; c’est un homme qui comprend la misère des hommes, leur douleur sur laquelle il sait se pencher. Chaque Marocain est fier d’avoir un ami médecin, et lui amène en toute confiance ses amis à lui (quitte, au besoin, à demander à ceux-ci une petit rétribution pour le service rendu).

On entend souvent parler de l’ingratitude des Marocains; elle est très rare vis-à-vis du médecin. C’est ainsi que, plusieurs fois, au cours des ‘révoltes, des émeutes, où tout Européen rencontré était assassiné, les médecins étaient protégés par les Marocains eux-mêmes. Pendant l’émeute de Fez, ce sont des Marocains qui avertirent le Docteur CHRISTIANI et le gardèrent chez eux jusqu’à ce qu’il soit en sécurité.

Au cours d’une mission dans le Tafilalet, les officiers et l'interprète furent assassinés; seul, le Docteur MADELEINE, qui faisait partie de la mission, fut épargné. Une femme lui donna son sein à sucer et, dès lors, il était « tabou » pour la tribu. C’est seulement d’être médecin qui lui sauva

la vie.

Après les émeutes de Fez (avril 1912), il fallait assurer,

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comme à Casablanca en 1907, la sécurité de la région. Les tribus rebelles, en effet, menaçaient la ville. La colonne GOURAUD fut chargée de cette pacification. C’est alors que fut organisée une nouvelle formation : le Groupe Sanitaire Mobile.

Bien qu’étant accolé aux colonnes militaires en opérations et dirigé par des médecins militaires, le Groupe Sanitaire Mobile avait une mission bien spéciale, consacrée uniquement aux indigènes.

Doté d’une certaine indépendance, il devait parcourir le pays, s’arrêtant dans les souks où, à jours fixes, les Marocains viennent vendre leurs bestiaux et leurs récoltes, et se ravitailler en denrées (thé, sucre, étoffe). LA, il montait la tente et donnait des consultations, vaccinait contre la variole, distribuait de la quinine et soignait les plaies. Les malades graves étaient dirigés vers une infirmerie indigène, créée dans chaque poste que laissait la colonne. L’infirmerie indigène du poste comprenait un médecin, un ou deux infirmiers français, quelques infirmiers indigènes. Son matériel était relativement important. Le médecin disposait de quelques salles d’hospitalisation et pouvait faire déjà quelques interventions chirurgicales, soigner des malades sérieusement atteints. Lorsque le cas était au-dessus des .moyens dont il disposait, le médecin pouvait évacuer le malade sur l'Hôpital militaire le plus proche.

En dehors des jours de souk, le Groupe Sanitaire Mobile visitait la région, s’arrêtant chez les caïds et autres chefs indigènes qui, prévenus du passage du médecin, convoquaient leurs administrés. Ceux-ci venaient en foule, par curiosité souvent, pour recevoir aussi le « doua » (médicament) que le toubib leur distribuait. Les tournées des Groupes Sanitaires Mobiles étaient en même temps des tournées de vaccination. La variole, en effet, faisait à cette époque de nombreuses victimes. Les Marocains y étaient un peu hostiles, car ils pensaient que si l’on marquaïit ainsi les enfants et les adultes, c'était pour les retrouver et les incor-

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porer plus tard dans l’armée. Il fallait leur expliquer, en de longues et nombreuses palabres, que C'était pour les protéger de la maladie. Quand quelques-uns avaient compris et tendaient leurs bras au médecin, les autres venaient en foule et amenaïent leurs enfants. D’autres fois, on faisait entourer le souk par des Mokhaznis; le médecin et ses aides y entraient et vaccinaient tout le monde. C'était là une scène bien pittoresque : les femmes criaient, essayaient de s'échapper, étaient ramenées au médecin, au milieu des rires et des quolibets de ceux qui avaient été vaccinés. Grâce à cette prophylaxie, la variole est devenue au Maroc presque aussi rare qu’en France.

Le premier Groupe Sanitaire Mobile eut pour chef le Docteur CHRISTIAN. C’est un nom qu’on entoure au Maroc du plus grand respect, aussi bien parmi les Européens que parmi les Marocains. Ceux-ci le considèrent comme un Marabout, un Saint. On l’a comparé à SAINT VINCENT DE PAUL et au Père bE FoucAULT; il en a l’âme d’apôtre et il a consacré toute sa vie, d’un labeur intense, à soigner riches et pauvres avec une bonté, une charité, un désintéressement au-dessus de tout éloge, éloge qu'il n’a jamais recherché, et avec une science que beaucoup de Maîtres pourraient lui envier.

Encore maintenant, retiré à Fez où il a tant œuvré, on vient souvent vers lui, dans les cas difficiles, comme on va prier, en dernier ressort, sur les tombeaux des grands Saints de lIslam. Il faut espérer qu’il a écrit et qu’on publiera ses mémoires. On y trouvera ce que peut être un homme dévoré par l'esprit de sacerdoce médical, de charité et de bonté.

Une autre belle figure médicale est celle de CHATINIÈRES qui prit, en 1913, la direction du Groupe Sanitaire Mobile de Marrakech. Il a écrit son carnet de route, publié en 1919. C’est un livre attachant, plein d’anecdotes et souvent de poésie, que devraient lire tous les jeunes médecins avant d'aborder la carrière,

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