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[1 ne s'agissait pas de s'installer et de se maintenir par la force; il fallait se faire accepter par les Musulmans en leur apportant plus de bien-être, en s’en faisant des amis.
Le prestige personnel d’un chef donne à ceux qui servent sous ses ordres courage et dynamisme. C’est là tout le secret de lesprit qui régnait alors au Maroc, aussi bien chez les hauts fonctionnaires que chez les petits, chez les militaires, chez les colons, les industriels, les commerçants et surtout les médecins.
Qui pouvait, mieux que les médecins, réaliser cette pénétration pacifique des masses ? Qui pouvait, mieux qu’eux, comprendre la mission « humaine >» du Grand Chef ? Ne l’avaient-ils pas prouvé déjà, et combien d’entre eux avaient pénétré là où aucun Européen n’avait encore jamais pu aller, là, quelquefois, où les chefs indigènes euxmêmes n'auraient pas osé s’aventurer.
‘Mais ïl ne suffisait pas d'aller prospecter les malades dans les tribus, faire la prospection des épidémies et des endémies à travers le bled. Il fallait encore donner aux malades de vrais soins, établir une carte des épidémies pour suivre leur marche; dés endémies (paludisme), en découvrir les foyers pour les détruire, en un mot, établir un plan de prophylaxie.
D’autre part, si effort devait se porter surtout sur la population indigène, il était nécessaire aussi que les Européens qui commençaient à venir au Maroc, soit comme colons, soit comme employés ou ouvriers, comme chefs de chantiers qui s’ouvraient un peu partout pour la construction des routes, du chemin de fer, des immeubles dans les villes, puissent être soignés par les médecins et, au besoin, hospitalisés.
Il fallait encore instituer la prophylaxie et le traitement des maladies dans les villes, épurer les eaux, détruire les tas d’immondices qui s’entassaient autour des remparts et créaient des réservoirs de virus et de mouches, vecteurs de la dysenterie et du trachome, évacuer les matières usées.
En 1913 fut organisé le plan de défense contre tous ces ennemis, subtils mais dangereux. Il fallait aussi faire accepter par les indigènes les moyens de défense, (qui constituaient des contraintes auxquelles ils n’étaient pas habitués) et, selon le mot d’ordre de LyAUTEY, leur faire accepter ces contraintes en leur en faisant comprendre l'utilité.
L’assistance médicale marocaine se faisait alors sous quatre formes :
1° Infirmeries fixes dans les centres où nous étions solidement établis, dans les postes militaires créés au fur et à mesure de notre pénétration. Ces infirmeries disséminées, parfois assez loin de centres importants, pouvaient hospitaliser des malades avec un confort relatif, disposaient de médicaments en quantité suffisante pour faire une thérapeutique normale, et un matériel qui permettait les opérations de petite chirurgie. D’ailleurs, la plupart des médecins allaient volontairement, au cours de courtes permissions, se documenter et s’instruire dans les hôpitaux mieux installés, afin de faire bénéficier leurs malades de ce qu'ils avaient appris. C’est ainsi que la plupart d’entre eux apprenaient à opérer des cataractes, parce que la cataracte était très fréquente chez les Marocains et qu’ils savaient tout le profit moral qu’ils pouvaient en tirer. Rendre la vue à un aveugle, n’était-ce point faire une sorte de miracle qui frapperait l'esprit des indigènes ? Souvent, ils achetaient de leur poche les instruments nécessaires que le Service de Santé ne leur fournissait point. Mais leur action ne se bornait pas là. Ils rayonnaient dans tout le district, souvent fort étendu, allaient de casbah en casbah, de souk en souk, vaccinaient, repéraient les malades, les invitant à venir à l'infirmerie recevoir des soins plus complets.
Chemin faisant, ils s’adonnaient à la botanique, à la géologie, à la démographie, et des modeste travaux — qui, souvent, n'étaient qu’un violon d’'Ingres — on pouvait tirer d'importantes conclusions pour l’assainissement d’un pays.
C'est ainsi qu’un jeune aide-major, isolé dans son bled où sévissait le paludisme, fit une longue étude sur l’étiologie de l’endémie, détermina les saisons où elle est en recrudescence, puis étudia la nature du sol et du sous-sol en visitant les puits; traça sur la carte l'emplacement des daïas (marais), puis les étudia sur place, releva aussi les nivellations avec un instrument primitif qu'il avait fabriqué, et s’'aperçut qu'avec des travaux très simples on pouvait déverser tous les daïas successivement les uns dans les autres pour aboutir à un oued. Il écrivit un rapport complet et l’envoya à son chef, puis pensa à autre chose.
Or, à quelque temps de là, il reçut la visite d’un ingénieur, envoyé par les Travaux Publics, qui lui dit : «Je suis chargé de faire l'étude de la région pour supprimer les daïas, causes du paludisme, et comme vous connaissez bien le pays, je viens m'adresser à vous pour que vous me conduisiez vers ces daïas ».
— Volontiers, dit le jeune médecin, tout heureux qu’on s’occupàt en haut lieu d’une question qui lui tenait au cœur. |
Chemin faisant, voilà notre ingénieur qui évoque un peu sentencieusement tous les moyens d’assainissement qu’on pourrait employer, les dérivations qu’on pourrait faire, etc. bref, qui récite à son auditeur silencieux tout ce que celuici avait écrit dans son rapport.
— N'êtes-vous pas de mon avis ? dit enfin l'ingénieur.
__ Tout à fait, répondit le médecin, et tout à l'heure, en rentrant au poste, je vous confierai un rapport que j'ai écrit là-dessus et que j’ai envoyé il y a quelques mois à la Direction du Service de Santé.
— Ah! c’est vous qui avez écrit cette étude, s’écria l’ingénieur en éclatant de rire; jamais je n’aurais pensé qu’un médecin puisse savoir tant de choses en géologie, en topographie et même en hydraulique. Et vous me laissiez vous réciter comme un bon élève ce que vous saviez mieux que moi, puisque c’est votre propre travail qu'on m'a remis sans me dire d’où il venait.
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Ils devinrent de bons amis, et quand ce médecin — qui s’est installé au Maroc après la guerre — retourne dans son ancien bled, en face des belles moissons qui remplacent les marais d'autrefois, s’il rencontre une oreille complaisante, il ne manque jamais de glisser sa petite histoire avec une pointe d’orgueil.
2° Les Groupes Sanitaires Mobiles, dont on augmente le nombre. |
3° Des Commissions d'Hygiène, pour l’assainissement des villes.
4° Les hospitalisations dans les Hôpitaux mixtes (civils et militaires) qui recevaient également, dans un pavillon où dans des salles spéciales, les malades marocains.
Ceux-ci ne s’y trouvaient pas dépaysés. On leur donnait une nourriture spéciale, conforme à la religion musulmane ; ils pouvaient faire, quand leur état le permettait, leurs ablutions et leurs prières. Durant le Ramadan, époque pendant laquelle le croyant ne doit absorber aucune nourriture, pas même de l’eau, de l'aurore au crépuscule, «tant que, dit le Coran, on peut distinguer un fil blanc d'un fil noir », les médicaments et les repas étaient donnés la nuit.
Ils étaient traités avec bienveillance, avec bonté et recevaient les mêmes soins médicaux que les malades Européens, aussi a-t-on toujours manqué de place dans les salles et dans les hôpitaux réservés aux Marocains.
En 1913, le « règlement sur le Service de Santé et de l’Assistance publique » est promulgué. Ce règlement est une véritable Charte de l'Assistance.
Il a pour objet :
1° De centraliser tout le service entre les mains du Directeur du Service de Santé Militaire, qui devenait Directeur Général du Service de Santé, avec un adjoint technique civil;
2° De fixer le mode de recrutement par concours des médecins civils de la Santé publique. La rapide extension