‹ L'Œuvre Médicale Française au MarocChapitre 31 sur 63 · COMMISSIONS ET BUREAUX D'HYGIÈNE · texte numérisé non relu

COMMISSIONS ET BUREAUX D'HYGIÈNE

Dans toutes les villes où il existe une municipalité, on créa une Commission d'Hygiène composée de techniciens, médecins civils (et militaires s’il y a une garnison), ingénieurs, architectes, notables musulmans, et un Bureau d'Hygiène ayant à sa tête un médecin spécialisé. Leur compétence s'étend à tout ce qui concerne la ville.

Le Directeur du Bureau d'hygiène a plusieurs collaborateurs techniciens. On ne peut, par exemple, construire une villa où un immeuble sans son approbation, et l’autorisation est refusée si les plans ne sont pas conformes aux règles modernes d'hygiène. C’est ainsi qu’au Maroc, un appartement à usage d'habitation comportant au moins trois pièces doit obligatoirement comprendre une salle de bains.

Au Bureau d'Hygiène sont rattachés un laboratoire municipal, une station d’épouillage, un service de désinfection, un service de dératisation, un centre d'hébergement ou un lazaret, des ambulances et un service de vaccinations. Il s'occupe, en outre, de la surveillance et de l’épuration des aux. Dans les grandes villes comme Casablanca, le Directeur du Bureau d'Hygiène est entouré de plusieurs adjoints dont chacun a son domaine.

D’autres formations dépendent aussi du Bureau d'Hygiène : ce sont la surveillance et le traitement des filles soumises, l'inspection médicale des écoles.

Toutes ces branches centralisent leurs observations et leurs travaux au Bureau d'Hygiène. D’autre part, le Bureau d'Hygiène est en relations constantes avec l'administration de la ville, et celle de la région avec le service de Santé Maritime et du Contrôle sanitaire aux frontières G), afin

(1) La protection sanitaire contre les périls extérieurs est confiée au Service du Contrôle sanitaire aux frontières, placé sous l’autorité d’un médecin chef de service, siégeant à Casablanca, qui a la responsabilité de tout le service (contrôle maritime, aérien, terrestre).

LR res

que le moindre cas suspect soit signalé et les mesures prises en conséquence.

En cas d’épidémie, le Bureau d'Hygiène adresse à tous les médecins libres de la ville, chaque semaine, le nombre de malades prospectés, et signale à leur attention l'apparition d’un cas de typhus, de peste, de variole, de poliomyélite, etc. C’est au Bureau d'Hygiène également que sont adressées par les médecins libres les déclarations obligatoires de maladies contagieuses.

Chaque médecin possède à cet effet un carnet de déclarations dont chaque feuillet, envoyé en franchise postale, contient les renseignements utiles à l’enquête épidémiologique. La désinfection des locaux habités par le malade est faite, après décès ou guérison, gratuitement par les soins du service de désinfection.

Bien que s’industrialisant peu à peu, le Maroc est surtout encore un pays agricole, Mais l’agriculture indigène est primitive; la charrue est tout en bois, elle égratigne le sol quand les pluies l’ont ramolli après la sècheresse de l’été, et l’on sème en même temps. Certaines cultures sont irriguées, mais ces irrigations agissant depuis des siècles sur des terres sans engrais et qui n’ont comme fumier que les chaumes, appauvrissent le sol peu à peu. Aussi, les rendements sont-ils faibles à côté des splendides moiïissons des Européens. Il fallait donc montrer aux Marocains que Îeurs terres rapporteraient beaucoup plus si elles étaient cultivées autrement, et c’est dans ce but qu’on a créé des centres de modernisation du paysannat marocain. Là, les Marocains apprennent les méthodes les plus modernes de la culture, de l’arboriculture, de l’élevage. Là aussi, le médecin est présent.

Chaque secteur a son médecin et son personnel sanitaire, dont la mission n’est pas seulement de soigner les malades, mais encore de faire de la prophylaxie des maladies épidémiques et endémiques, de veiller à l’hygiène des habitations, à l’épuration des eaux de consommation, au besoin

PE nes

procéder aux désinsectisations, aux épouillages, surveiller aussi la santé des enfants fréquentant l’école du secteur. Ces organisations sont, en somme, de véritables Bureaux d'Hygiène ruraux.

On se rend compte de la documentation considérable que peuvent fournir les formations sanitaires, les Bureaux d'Hygiène, les Centres du paysannat marocain, au point de vue épidémiologique et endémiologique. Mais on ne peut demander à ceux qui œuvrent dans les villes ou dans le bled de tout savoir, de se tenir au courant de tout ce qui se fait en dehors de leur territoire, de tout ce qui se fait en France et à l'étranger. Le médecin de Bureau d'Hygiène et le médecin de bled n’ont ni le temps, ni les moyens de se documenter sur tout, encore moins d’expérimenter.

C’est en partant de cette idée que fut créé, en 1930, l’Institut d'Hygiène de Rabat, inauguré par le Professeur Léon BERNARD, Président de l'Organisation d'Hygiène de la S. D. N.

«Etude des facteurs épidémiologiques et hygiéniques propres au Maroc, choix et adaptation des méthodes propres à améliorer la santé publique dans ce pays, diffusion des données pratiques résultant de ces recherches, tel est le programme de l’Institut d'Hygiène. »

(Docteur M. J. Gaun. Maroc Médical, n° 296.)

L'Institut d'Hygiène renferme de nombreux laboratoires spécialisés (microbiologie, histopathologie, parasitologie et hématologie, trachomatologie, chimie et toxicologie, transfusion sanguine).

Il comprend encore une division de prophylaxie appliquée, avec trois services (prophylaxie générale pour l'étude épidémiologique des maladies pestilentielles et la lutte contre celles-ci : service antipaludique, service de prophylaxie antituberculeuse).

Enfin, une division de documentation avec une bibliothèque, un service de documentation iconographique et une

He

publication (Bulletin de l'Institut d'Hygiène) complètent « l’arsenal central » de cette importante institution.

L'Institut d'Hygiène à des antennes près des médecinschefs de régions, c’est ce qu’on appelle les Services Régionaux d'Hygiène et d'Epidémiologie (S. R. H.E.).

Les S. R. H. E. ont la charge :

— De recueillir les renseignements épidémiologiques et de les transmettre aux Services centraux de prophylaxie;

— D'appliquer les mesures prophylactiques selon les directives techniques des Services centraux.

Les Services centraux ont la charge :

— De tenir les S.R.H.E. au courant des recherches et des progrès en matière d'hygiène et d’épidémiologie;

— De les tenir au courant des événements épidémiologiques internationaux pouvant avoir une répercussion marocaine ; <

—- De leur donner des directives techniques pour lPapplication des mesures de prophylaxie;

— De leur apporter, en cas de péril épidémique débordant les moyens régionaux, l’aide des sections de prophylaxie en réserve à l’Institut d'Hygiène;

— De contribuer à l'instruction du personnel des $.R. H.E,, par des stages de formation ou de perfectionnement.

Page 1