LUTTE CONTRE LE TRACHOME ET LES MALADIES OCULAIRES
Il y a trente ans encore, lorsque le voyageur débarquait au Maroc et parcourait les villes en quête de pittoresque, il était frappé de voir, à la porte des mosquées, une troupe de mendiants, assis et psalmodiant le nom d'Allah, les yeux tournés vers le ciel. Ces gens étaient des aveugles.
On les voyait encore, circulant en monomes à travers les médinas, la main sur l’épaule du précédent, guidés par un chef de file, aveugle lui-même, mais porteur d’un bâton.
Le trachome, les ophtalmies purulentes étaient si nombreuses que bien peu de Marocains étaient exempts, bien peu pouvaient montrer des yeux indemnes.
La lutte contre le trachome et les maladies oculaires a pu paraître tardive dans son organisation, mais il faut songer que, malgré leur importance, les maladies des yeux — qui, selon l'expression du Docteur PAGÈSs, «ne tuaient
pas » —— devaient céder le pas aux grandes épidémies, aux grandes endémies qui sévissaient alors et qui, elles, faisaient des coupes sombres dans la population.
La lutte commença dans les écoles: Les médecins chargés de linspection des yeux dans les écoles musulmanes citent des chiffres effrayants; dans les écoles de Casablanca et de Rabat, en 1934, on trouve 80 % d’enfants musulmans et israélites marocains atteints de trachome.
Dans le Sud du Maroc, il était de 100 %.
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L'organisation actuelle comprend Un service de consultations ophtalmologiques dans chaque hôpital, avec un service hospitalier spécialisé de plusieurs lits;
— À Rabat, un dispensaire spécialisé;
À Salé, un hôpital-asile pour aveugles incurables qui constitue en même temps un centre d’études, avec laboratoire, pour tout ce qui concerne l’ophtalmologie et les maladies des yeux;
—— À Marrakech, un hôpital RCE de 100 lits, avec tout le confort moderne et tous les derniers perfectionnements de la spécialité; ;
-—— À Inesgane (dans la banlieue d'Agadir), un dispensaire spécialisé ;
— Enfin, il existe plusieurs ambulances ophtalmologiques chirurgicales mobiles. C’est une véritable « autochir » où l’on peut faire toutes les interventions. Elle est dotée d’un personnel spécialisé et d’un matériel moderne. Selon la formule adaptée pour toutes les endémies, le médecin va vers le malade qui ne vient pas vers lui.
La campagne 1953 porte sur la prophylaxie dans les territoires du Sud (Draa et Dadès, 206.000 personnes) et en milieu scolaire, en liaison avec PO.M.S. et le Centre International de l'Enfance.
Il est bien évident que cette organisation n’a pu encore donner sa mesüre. On peut dire qu’on a déjà travaillé beaucoup, qu’on a eu des succès, mais devant la masse des malades, il faut du temps et une évolution qui ne s’est pas encore réalisée, pour ne plus voir au Maroc ces pauvres êtres lamentables, aux veux rougis et purulents, assaillis par les mouches qui leur couvraïent la face.
On est en train d'organiser au Maroc une Banque des Yeux, sous l'impulsion du Docteur PAGÈS, de Rabat, et déjà plusieurs greffes de la cornée ont été réalisées. La question a été résolue de savoir si l’on pouvait greffer sur lœil d’un musulman la cornée d’un non musulman. Les chefs reli-
gieux, après avoir étudié le Coran et ses commentateurs, ont conclu à cette possibilité, car il ne faut jamais aller, en pays musulman, à l’encontre des principes religieux, souvent mal connus et souvent mal compris, car Allah est grand et miséricordieux.
Les médecins français ont d’ailleurs toujours montré le plus grand respect de la religion musulmane, et il faut dire qu’ils ont trouvé, presque toujours, chez les chefs religieux, une compréhension et une aide précieuses. |