‹ L'Œuvre Médicale Française au MarocChapitre 8 sur 63 · LES PRÉCURSEURS · texte numérisé non relu

LES PRÉCURSEURS

I serait parfaitement injuste de faire remonter les débuts de l'influence médicale française au traité du Protectorat. Sans doute, est-ce à partir de 1912, sous l’énergique et intelligente impulsion de LYAUTEY, qu’il y eut une véritable organisation du Service de Santé, organisation qui fut féconde, comme nous le verrons, chiffres en mains, au cours de cette étude, mais même déjà avant l’Acte d’Algésiras (avril 1906), quelques médecins avaient fait connaître au Maroc, dans la mesure de leurs moyens, qui étaient restreints, la médecine française.

Dès 1877, le Docteur LiNARÈS avait fondé à Fez un dispensaire. Ce médecin, qui était attaché à la mission militaire française demandée par le Sultan MouLaY Hassan, a laissé un souvenir tel que les vieux fassis se le rappellent encore.

En 1896, le Docteur WEISGERBER s’installe à Casablanca, comme médecin libre, puis, au bout de quelques mois, devient médecin des Mehallah du Sultan MourAY ABD EL Aziz; il contracta le typhus, dont il ne mourut point, mais quitta la médecine pour devenir chef de région et poursuivit une brillante carrière administrative au Maroc. Il a retracé, dans son livre de souvenirs : « Au seuil du Maroc moderne » un tableau pittoresque du vieux Maroc tel qu’il l'avait connu dès son arrivée.

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Après la signature de l'acte d’Algésiras, le Ministère des Affaires étrangères envoya au Maroc une « mission » qui comprenait un certain nombre de médecins. Ceux-ci, installés dans les villes de la côte et à Fez et à Marrakech, fondèrent des dispensaires où bientôt les indigènes vinrent en grand nombre. Leur renommée s’étendit très vite au delà des murs des villes où ils exerçaient avec des moyens qui nous paraîtraient aujourd’hui bien misérables, mais ils donnaient à leur mission tant de dynamisme, tant de cœur, que leur influence — et avec elle celle de la France — grandissait. Tous ceux, d’ailleurs, qui ne payèrent pas de leur vie le dévouement à leur œuvre, ne purent se résoudre à quitter le pays, et la continuèrent, soit dans l’armée, d’où ils étaient détachés pour les formations sanitaires indigènes, soit dans le Service de la Santé publique, soit comme civils. Leur réputation était grande, et longtemps après leur mort, leur souvenir et leurs noms sont restés gravés dans la mémoire des Marocains qui les ont connus, dont ils ont reçu les soins, éprouvé la bienveillance et la charité. Mieux encore que des statistiques, c’est là un critérium de la valeur de l’œuvre. Ces médecins ont donné non seulement leur savoir, leur dévouement, quelques-uns leur vie, mais tous étaient animés d’un dynamisme extraordinaire. Leur prestige était grand, mais dans leur esprit ils y mêlaient toujours le prestige de la France.

Visitant, à Mogador, avec mon père, la Maternité où le Docteur BouvEREr exerçait depuis 1906, et qu’il avait fondée avec les dons de quelques riches clients israélites et marocains (car il ne demandait rien pour lui), nous fîimes la remarque que tous les petits berceaux, d’une blancheur et d’une propreté impeccable, étaient ornés d’un petit drapeau tricolore; le Docteur, un beau grand vieillard à longue barbe blanche, noble et fier comme un grand caïd, nous dit : « C’est pour leur rappeler qu’ils sont nés sous l'égide de la France; il faut que ceux qui passent ici ne l’oublient jamais ».

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Ce n’était pas seulement de la « politique » indigène que faisaient ces médecins. Tous praticiens habiles, avides de savoir, sachant suppléer à l'insuffisance de leurs moyens par une ingéniosité remarquable, ils étaient à la fois médccins, chirurgiens, oculistes, hygiénistes, dermatologues, : syphiligraphes. Aucune branche de la médecine ne leur était étrangère et ils opéraient avec la même maestria une appendicite et une fracture compliquée, une cataracte, une grossesse extra-utérine rompue, soignaient une pneumonie ou typhoïde, un ulcère de jambe ou un chancre phagédénique, vaccinaient tous ceux qui se présentaient contre la variole, qui faisait alors des ravages parmi les populations.

Pour le bien de leurs malades, ils amélioraient, souvent de leurs propres deniers, les formations sanitaires dont ils avaient la charge, lisaient beaucoup et se tenaient au courant des nouvelles découvertes, des nouveaux procédés.

Aussi, plus tard, quand ils reçurent la visite des grands Maîtres de la Métropole, ceux-ci furent souvent étonnés et émerveillés de l’expérience, du savoir, de l’habilité de ces praticiens modestes, n’ayant pas le temps de publier, éloignés des Facultés et des Hôpitaux de France.

Ces hommes, qui s’appelaient BRAU, BOUVERET, GUICHARD, MaucHaAMPs, MAIRE, MURAT, MAURAN et d’autres, furent, après LINÈRES et WEISGERBER, les premiers pionniers de la médecine française au Maroc.

Bientôt, l’œuvre allait s’amplifier. En mars 1907, le Docteur MaucHAMPSs était assassiné par un fanatique, à Marrakech. En représailles, les troupes françaises d'Algérie vinrent occuper Oujda. Immédiatement, une infirmerie indigène fut ouverte aux Marocains par le Docteur OBERLÉ et son adjoint, le Docteur AzZÉMAR. Puis, une révolte ayant éclaté à Casablanca, le 30 juillet 1907, au cours de laquelle plusieurs Européens furent tués, le Gouvernement français décida un débarquement de troupes, en accord avec le Gouvernement espagnol qui fit de même. ;

Aussitôt, on installa des consultations pour les Maro-

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