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Les archives nous ont conservé une collection fort importante d’arrêts et de sentences des juridictions criminelles, commencée par Gueullette: et poursuivie par lui, jusqu’à sa mort peut-on dire, puisque la dernière pièce du recueil date du 8 octobre 1766, moins de deux mois avant sa fin. C’est ici que nous nous trouvons en face du magistrat scrupuleux : par cette collaboration, il entendait vraisemblablement reconstituer un ensemble curieux et peut-être utile à ceux de sa profession. Gueullette, dans ce travail, remonte haut. Le premier arrêt qu’il a relevé porte la date d'avril 1191.
Parmi les œuvres de Gueullette, mentionnons également le manuscrit que possède la Bibliothèque de PArsenal,. sous le titre : Notices sur les œuvres de théâtre (10). C’est un ouvrage «en huit volumes, où l'auteur remonte aux origines, passe en revue lantiquité, le moyen âge et, arrivant aux pièces de son temps, donne sur les comédies et sur les comédiens des détails judicieux, bien faits pour intéresser les amateurs de théâtre.
Enfin, à da Bibliothèque Nationale, il Y a un Mm'anuscrit des douze parades que nous avons déjà mentionnées et qui formèrent en 1756 la majeure partie des trois volumes du Théâtre des Boulevards.
Devant cette pile d'œuvres si variées, nous ne pouvons qu'admirer le grand courage et l’'énonme travail de Gueullette qui continua ses recherches jusqu’à la fin de sa vie, puisque même au mois d'octobre 1766, il rédigeait encore des notes dans son manuscrit des « Arrêts. »
H mourut à Charenton, le 22 décembre 1766, âgé
(10) Côte n° 52, bell f. catalogue des manuscrits.
PET ONURUE de quatre-vingt-trois ans. Au lendemain de sa mort, .le Nécrologe écrit :
«La gaîté de son caractère ne l’abandonna pas même à sa mont. On a trouvé avec des deux doubles de son testament ‘écrit à sa main, des vers relatifs à ses dernières dispositions et qui respirent cette douce sécurité d’une âme pure «et vertueuse, qui ne voit dans l'avenir, aucun sujet d’alarmes, parce que, dans de passé, elle ne se rappelle aucun sujet de remords. Ces vers qu’on ne rapportera point parce qu'ils n'auraient pour le public aucun intérêt étaient précédés d’une Epigraphe latine de Sénèque : « Mihi feci divitias nihil concupiscendo. >» C’est à peu près le vers d’une de nos comédies !
» Et j’ai su m’enrichir en perdant des besoins. » (11)
Thomas Simon Gueullette était un de ces écrivains doués d’un caractère très remarquable.
Devant la grande production des ouvrages qu'il donna au public nul ne peut contester que Gueullette n’ait été un travailleur acharné. L'éducation qu’il reçut chez les Jésuites, explique sans doute, en partie, chez Gueullette son goût profond du travail, Les Pères,
“en soumettant leurs élèves à la règle, leur appreaient la méthode qu’il faut introduire dans de travail et la division du temps qui en fait le fructueux emploi.
Sorti du coliège, l’auteur me cessa jamaïs de manifester cette qualité désormais habituelle, A propos des Nuits Parisiennes, Gueullette nous dit :
« J'ai cru ne pouvoir mieux faire qu’imiter Aulu- Gelle qui a donné à ses écrits le titre de Nuits Attiques, parce qu’il me travaillait que la nuit et qu’il tra-
(11) Nécrologe-des Hommes Célèbres de France, 1768, p. 85
vaillait à Athènes. Comme je m’accorde assez avec lui dans sa manière d'étudier sans pourtant me mettre , en parallèle avec ce grand homme, j'intitule mon livre, les Nuits Parisiennes. » (13)
Ce goût du travail qu’il développa dans sa jeunesse, il le conserva itout au long de sa vie. Sa double carrière de magistrat at d'écrivain, et la grande quantité de pièces, de parades, de contes, d'éditions, d'études d'érudit, sont des preuves plus que largement suffisantes de l’activité persévérante de Gueullette,
A cette grande qualité il nous faut en ajouter, une autre ‘: la générosité. On rapporte que son père; de doyen des Procureurs du ‘Châtelet, ayant recommandé dans son testament que sa charge soït vendue nue
t que d’on rendit gratuitement des dossiers aux clients peu aisés, Thomas-Simon Gueullette exécuta les dernières volontés de son père avec Ja générosité da. plus large.
Dans Ja préface d’ Arlequin Pluton, Charles Gueullette écrit :
« Une des. RS PC ane Fe Gueulitt est.qu’il abandonnaït d'ordinaire ses droits d'auteur aux acteurs de ses pièces. Il fit don. de sa dernière, l'Horoscope accompli, à, MHe ue une des grandes actrices de cette période. » (13) -
Autre trait de sa générosité : l’auteur des Mille et un quart d'heures, ayant de droit, à da mort de: sa femme, par son contrat .de mariage, de jouir en toute propriété du bien qu'elle avait laissé, n’en conserva pas même l’usufruit, et en fit la rémise immédiate aux héritiers de sa femme.
(12) Nuits Parisiennes, 1704, p. IIL.
:(13) Charles Gueullette, op. CH ps
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Actif et généreux, il fut laussi honnête. A Ja fin des Nuits Parisiennes, il écrit :
« Me voici, Monsieur, à la fin de mon projet. Je n'aurais pas cru être venu à bout si facilement de me faire imprimer les œuvres des autres sous mon nom : car je ne puis pas dire que j'ai d'autre part à cet ouvrage, » (14)
Ne voyons-nous pas, par cette déclaration, l’honnéteté de l’auteur ? Dans ses éditions annotées, il s’empresse de faire connaître l’origine de ses remarques : c’est ainsi qu’il déclare dans édition de Gérard, Comte de Nevers
« Les libraires qui m ’engagèreni à donner au public de petit Jehan de Saintré, me mirent «en main, un feuillet sur. lequel était une douzaine de notes qu'ils
m’assurèrent être de M. Le Duchot, » (15)
Les notes qui, quelquefois, remplissent le bas des pages de ses contes, contiennent très souvent leur marque d’origine. 5
Dans la préface des Sultanes de Guzarate, contes mogols, l’auteur n’hésite pas à déclarer qu’il a « gla-
-né après » des auteurs des contes orientaux «et il cite
même les sources de queïques histoires qu’il a mises dans Les Mille et un quart. d'heures.
L'empressement avec lequel il se hâta d'exécuter le vœu de son père, indique encore l'honnêteté chez le magistrat-écrivain.
Gueullette était, en outre, un grand cœur. La lecture du manuscrit des « Arrétis >, nous laisse entrevoir ce grand cœur qui criait pitié, pitié, aux gens de son siècle. Il fut un des premiers à sentir vibrer en lui ce
(14) Les Nuits Parisiennes, 1704, p. 50.
- (15) Gérard Comte de Nevers, éd. 1728.