‹ L'Œuvre Romaneque de Thomas-Simon GueulletteChapitre 12 sur 78 · CAR · texte numérisé non relu

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souffle d'humanité qui avait animé dé grands «esprits comme Montaigne, La Bruyère, et qui allait passer sur les Beccaria, les Voltaire «et les encyclopédistes avec eux il élevait ses protestations contre les barbaries de Ja justice. C’est ainsi qu’il se place au nombre de ceux qui furent les promoteurs de Pabolition de la torture.

À toutes ces qualités que Gueullette possédait, d’être travailleur, vient s’en ajouter une dernière : la gaîté.

Sévère sur son siège de magistrat, profond légiste et juge intègre, Gueullette aimait, une fois ses devoirs accomplis, à s’adonner aux plaisirs honnêtes, en compagnie de plusieurs de ses amis. Citons en quelquesuns au passage :. Fournier, conseiller à la Cour des Monnaies : Aubry, un des avocats les plus célèbres du barreau de Paris : le comte de Morville, secrétaire d'Etat ; le comte de Tressan ; le comte de Caylus ; le marquis de Paulmy ; avec eux Gueullette s‘amusa dans sa maison de campagne de Charenton. En pardant de ce lieu de réjouissances il nous «dit :

« L'esprit toujours riant et joyeux, nous ne laissons échapper aucune occasion de nous amuser et de mettre en profit tous nos moments de loisirs. Nous avions eu le bonheur de trouver dans nos femmes des carac-

tères riantis et leur bien persuader que la gaieté faisait naître celle du corps, »

« La gaîté ne peut-elle pas être de tous les âges ? Et parce que l’on vieillit tous les jours, faut-il devenir triste, morose et ennuyer les autres ? Notre Joyeuse société pense tout le contraire et suivant Les principes que Cicéron admet dans son Traité de la vieillesse, les hommes iqui commencent à entrer dans un âge qui, naturellement les rend incommodes dans Ja société et oblige les jeunes gens à s'éloigner d’eux, ne peuvent

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employer trop de moyens pour être encore tagréables à leurs yeux. Nous avons l'expérience qu’en usant ainsi que nous de faisons dans nos moments de loisir et ne cherchant surtout à la campagne qu’à procurer à nos amis et à nousimêmes des plaisirs simples et innocents, cette aimable jeunesse, loin de nous fuir, nous fait pour ainsi dire la cour, et du moins nous recherche avec empressemenit : c’est donc avec cette Juste raison que nouis-avons pris notre devise : « Dulce est decipere in loco » (16).

Et le Nécrologe nous rapporte qu’il conserva cette

gaîté jusqu’à la mort.

S'il possédait, comme nous l'avons vu, un grand nombre de qualités, ses aptitudes n'étaient pas moins nombreuses ni moins variées.

‘Cétait d'abord un érudit. Nous avonseu déià l’occasion de nous en apercevoir. Ses nombreux travaux littéraires me lui firent jamais oublier les devoirs de sa charge et, menant de front cette double carrière, il Jaïssa au palais, comme dans les lettres, de nombreux témoignages de sa prodigieuse érudition.

La volumineuse collection d’arrêts et de sentences des juridictions criminelles qu’il me cessa de continuer jusqu’à sa mort, contient classées les copies de jugements qui remontent jusqu’à 1150. Il emprunte aux historiens et aux chroniqueurs tout ce qui est de nature à l’éclairer. Puis, le magistrat ajoute à chacun de ces arrêts, la sentence rendue par la rue, la complainte, le portrait du condamné, en un mot la partie piquante et originale de l’affiaire. Maïs ce n’est pas tout. Chaque pièce est annotée de sa propre maïn

(16) Manuscrit des parades, Bibliothèque Nationale, côte 9340, mss. fr,

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il consigne en marge les détaïls sommaires du crime et ceux de l'exécution, et quand de crime est important, il développe lui-même l'affaire sur des feuilles encantées qui forment souvent de gros cahiers. |

Ces mêmes dispositions d’érudit, nous les retrou-vons dans les éditions que Gueullette présenta au public. Pour nous en convaincre, entrons dans sa magnifique bibliothèque de Choisy-le-Roy. Les rayons sont surchargés de livres de voyages, d'histoires de France, d'histoires de l’Eglise, d’histoires de la Science Héraldique, d'ouvrages sur l'Orient, de manuscrits et de livres rares. Examinons au passage, deux de ces « ex libris », objets de curiosités pour les collection- .neurs : sur la couverture, il y a fait graver, ce qui est une allégorie de ses œuvres, un tartare, un mandarin, un arlequin avec une sirène se baignant dans une fontaine ornée de ses armes et de sa devise qu’un amour emporte dans les nuages : « Dulce est decipere in loco »

Manifestant son érudition dans ses travaux et dans ses éditions rares, Gueullette ne la négligea pas davantage au théâtre. Nous avons vu qu’il donna ‘une histoire complète sur l* origine et le développement du théâtre italien ; mais, pour cela, il avait cherché avec beaucoup de zèle tout ce qui concernait la scène ita- Lenne. Il avait étudié de vieux manuscrits sur ce théàtre, les avait annotés, analysés et comparés aux pièces contemporaines. N'est-ce point là des recherches. d'érudition ?

De plus, son manuscrit des parades nous montre la grande connaissance qu'il avait du théâtre contemporaïin : il fit d’ailleurs l’histoire de ces parades des origines au dix-septième siècle.

Cet érudit fut aussi ingénieux et fertile en ‘expé-

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drents pour amuser les amis qu’il réunissait chez lui. Aujourd’hui ce n’est point sans rire que l’on consi-

-dère un homme aimable: qui se fait «< un amuseur »

de la société : Ja profession bien que très louable en soi apporte avec «elle un petit discrédit. Mais, autrefois, il n’en était rien et Gueullette pouvait être ce qu’il était, avec bonhomie et conviction, sans être diminué le moins du monde, aux yeux de ses amis.

Outre ce double talent d'auteur et d’acteur, car s’il composait des pièces il en tenait quelquefois de rôle principal, il avait un talent merveilleux pour les marionnettes. Il les faisait jouer et dialoguer avec beaucoup d'esprit. I excellait surtout dans le rôle de Poli-

chinelle qui faillit lui devenir funeste, le jour où il avala la pratique qu’il mettait dans sa bouche pour briser sa voix. | ;

Avec toutes ces qualités’ et toutes ces aptitudes si diverses, que pouvait apporter Thomas-Simon Gueullette d’intéressant et de personnel dans la littérature ?

Ses nombreuses heures passées dans sa bibliothèque, à faire des recherches d’érudition, à étudier l'Histoire de l'Eglise, l'Histoire de France, l'Histoire du moyen âge, à parcourir les Voyages de Thévenot et de Chardin, à augmenter ses connaïssances sur le théâtre italien, à étudier le conte oriental et sa géographie, toutes ces heures de travail lui constituaient un bagage des plus intéressants qu’il pouvait mettre au service de Ja littérature. |

Ses nombreuses qualités jointes à ses connaissances si variées, étaient susceptibles elles aussi, d’apporter quelque chose de très intéressant et de très personnel à la Jittérature.,

Ses observations de magistrat sur les mœurs de l’époque, ses réflexions d'homme du monde en rela-

Re; PA PRES

tion avec des écrivains, des comtes, des marquis, sur la vie de ceux qu’il connaissait et fréquentait, Gueullette pouvait les transmettre à la postérité, par Ja ditterature.

En un mot, cet homme, Thomas-Simon Gueullette, qui avait, en qualité de magistrat, d'homme du monde et d’érudit, vécu une vie pleine et fructueuse, pouvait «en faire bénéficier da littérature et l’enrichir d’une œuvre de valeur.

Mais de cet auteur qui a exercé son talent dans des genres littéraires si nombreux et si différents, on nous permettra de ne retenir que ses contes, Les Nuits Parisiennes, Les Soirées Bretonnes, Les Mille et un quart d'heures, contes tartares, Les aventures mervetlleuses du mandarin Fum-Hoam, contes chinois, Les Sultanes de Guzarate, contes mogols, Les Mille et une heures, contes péruviens, et les Mémoires de Mlle de Bontemps, dont nous allons tout d'abord analyser le contenu.

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