‹ L'Œuvre Romaneque de Thomas-Simon GueulletteChapitre 15 sur 78 · AG · texte numérisé non relu

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sur tout ce qui concerne da vie politique, sociale et religieuse de l’homme. 3

Sur l'amour d’un père et d’une mère, voici ce que

l'on trouve dans les Nuits Parisiennes. °

« L’affection paternelle est grande : la maternelle l’est encore plus : selon Aristote, les pères n'aiment qu'après la naissance, et les mères dès qu’elles sentent la conception.

» Secondement, elles savent plus assurément qu’elles sont mères, que le père ne sait qu’il est père.

» En troisième lieu, elles sentent beaucoup plus la part qu’elles ont à la formation des enfants et y contribuent plus que les pères.

» En quatrième lieu, elles enfantent avec douleur et leurs enfants étant crûs en âge, elles soupirent pour les rendre heureux, comme elles ont fait pour les mettre au monde. » (8)

N'est-ce pas là l'éloge délicat du dévouement maternel ? 5

Sur l’amour, Gueuilette nous fait, assaisonnée d’un peu d'esprit gaulois, la remarque suivante

« L'amour donne de l'esprit à ceux qui n’en ont point et l’ôte à ceux’ qui en ont. » (9)

Ces mêmes tendances moralisatrices se retrouvent däns tous les contes de Gueullette.

Il donne des conseils sur les vertus religieuses. C’est ainsi qu'il écrit sur la charité, dans les Mille et un

quart d'heures :

«Si vos ennemis gravent sur le diamant, les injures qu'ils peuvent avoir reçues de nous, nous devons écrire Sur la poussière de l'oubli, les outrages qu'ils nous

(8) id. p. 25.

(9) id. p. 42. \

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ont faits et laisser à Dieu seul le soin de notre vengeance., » (10)

N'est-ce pas un conseil, tout imprégné de l'amour du prochaïn ? Ce passage a même léloquence persuasive «et la gravité d’un sermon |!

Dans les Soirées Bretonnes, il attaque légoïsme lorsqu'il dit :

« Les apparences sont quelquefois trompeuses et les choses ne nous paraissent souvent criminelles que parce que nous les regardons avec des yeux préoccupés. » (11) = :

En plus du reproche contre légoïsme, ne pouvonsnous pas entrevoir une satire sociale contre les flatteurs et les ambitieux de la cour ?

Il continue à manifester ses tendances nn dit. ces en exposant son opinion sur la justice dont il est un des plus notoires représentants. Dans les contes péruviens, nous trouvons :

« Madame, répondit le prince Houac, on ee Lien embarrassé quelquefois pour porter son jugement. Outre que la passion l'emporte, il est des cas où on ne peut avoir ni preuves, ni témoins complets. À moins de ne vouloir absolument fermer les yeux et s’abuser, on est forcé de s'arrêter aux indices. Quand ïls sont,

forts, on tire des conjectures, si non absolument cer-

taines, du moins fort probables. »

« Ah ! prince, reprit la reine, il n'y a rien de plus incertain ni de plus dangereux que ces probabilités. Si Pon.s’arrête à de simples apparences, l’innocent sera souvent puni et souvent de coupable sera absous. » (12) ;

(10) Contes tartares, Cabinet des fées, éd. 1786, T. 21, p. 302. (11) Soirées Bretonnes, op. cit. T. 32, p. 23. (12) Contes péruviens, éd. 1759, T. 2, p. 274.

Remarquons, encore une fois, que dans l'exposé de ses vues, Gueuillette glisse des points de satire sociale.

L'auteur suivant toujours le cours de ses pensées religieuses va nous parler maintenant de da destinée de l’homme : C’est dans les Aventures merveilleuses de Fum-Hoam :

« Vous avez raison, dit-il, et c’est avec un juste sujet que l’un de nos poètes a comparé fort élégamment tous les hommes aux pièces qui servent à jouer aux échecs : les uns y jouent le rôle de rois, de reines, de chevaliers, de fous et de simples pions : et ül y a entre eux une très grande différence tant qu'ils sont en marche : mais quand la partié est finie et que l'échiquier est fermé, on les met tous pêle-mêle dans une même boîte sans aucune distinction. La mort fait la même chose, rois, empereurs, marchands, esclaves, guerriers, gens de robe ou de finance, tous se trouvent alors égaux et ce ne seront que nos bonnes actions et notre charité envers notre prochain, qui nous donneront un jour quelque supériorité sur notre prochain. » (18) :

Développant toujours ce même thème, la destinée de l’homme, il écrit également dans les Mille et un quart d'heures : ;

< L'homme ne peut suspendre d’un seul moment Pexécution des décrets divins, qui ordonnent et disposent de toutes choses. L’heuré du plus puissant des rois est marquée comme celle du plus vil esclave. Tous les illustres monarques n’ont-ils pas échangés leurs trônes contre des cercueils ? Leurs plus célèbres palais ne sont-ils pas ensevelis maintenant sous leurs ruines ? Si vous voulez savoir da grandeur de

(13) Contes chinois, Cabinet des fées, 1785, T. 19, p. 302.

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Salomon, interrogez les vents ; ils vous répondront que tout ce que ce grand prince a possédé, s’est évanoui et que toutes nos richesses, nos palais, disparaîtronit un jour et que ce jour fatal nous avertit incessamiment que la cendre et la poussière est notre seul fonds «et notre dernière demeure » (14).

Et, enfin, comme consolation à ceux qui ne cessent de travailler, citons le passage suivant tiré des

- Soirées Bretonnes :

« Les biens les plus longtemps attendus sont les

plus charmants et lon ne fait les goûter dans toute

leur pureté que lorsqu'on les a acquis avec peine. » (15)

Si la crise ou le malheur viennent frapper à-notre porte, souvenons-nous de ce conseil. :

Après ces quelques témoignages, nul ne peut contester, il me semble, l’existence dans tous les contes de Gueullette, de tendances moralisatrices.

Ces tendances, cela va sans dire, sont inséparables de la peinture des mœurs du siècle.

Il semble que Gueullette s'attaque surtout aux mœurs libertines dés femmes de l’époque. IF parle de leur galanterie, de leur inconstance, de leur infidélité. Maïs il ne s’arrête pas là. Il va même, parfois, jusqu’à passer en revue toutes les débauches de la bourgeoisie. :

-Et d’abord prenons des passages où il attaque les mœurs des femmes.

« On peut trouver, écrit-il dans les Nuits Parisiennes, quelques femmes qui n’ont jamais eu de galanteries : mais il est rare d’en trouver qui n’en aït jamais eu qu’une. » (16)

(14) Contes tartares, op. cit. T. 21, p. 372. (15) Soirées Bretonnes, op. cit. T. 32, p. 26. (16) Nuits parisiennes, 1704, p. 41.

Ainsi, avec beaucoup d'esprit et à l’aide d’un trait piquant qui nous rappelle La Bruyère, Gueullette a su fixer à jamais la femme galante de son époque,

Pour continuer à peindre les mœurs de la femme, Gueullette va chercher dans l’histoire de nouveaux

sujets de réflexion et de comparaison.

« Cornélie, veuve Romaine, mère de Gracques, rejeta le mariage du roi Ptholomée, disant qu’il était plus honorable de demeurer veuve ique d’être reine. : L'on ‘trouve, en ce temps-ci, bien peu de Cornélie. » (17) |

Que la remarque finale vient bien: à point et qu’elle gagne ainsi en force et en poids !

Dans le passage qui va suivre, la satire de mœurs de l’époque se cache derrière l'humour. Car Gueullette n’était cependant pas un austère prédicateur.

« Jean de Meun ayant fait un livre intitulé Le Roman de la Roze, qui était un libelle diffamatoire contre les femmes, une partie des dames de la Cour pour le punir de son insolence, l'ayant fait prendre et déshabiller tout nu, par leurs valets de pied, se présentèrent chacune avec une poignée de verges pour ensanglanter les épaules de ce pauvre auteur, qui ne voulaït reconnaître aucune femme chaste, mais lui, voyant qu’il allait recevoir un affront sanglant et que les dames mn’écoutaient nullement ses prières : « Tout au moins, leur dit-il, je demande que la plus impudique de toutes commence la première, » Pas une ne voulant être de ce nombre, ne voulut le toucher dans la crainte que la raillerie me tombât sur elle. Ainsi il évita la punition qu’il avait bien méritée. » (18)

(17) id.

(18) Id. p. 15 et suiv.

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Nous lisons encore dans les Mille et un quart d'heures, qu'un meunier, pour punir sa femme infidèle, avait formé le projet de l’étrangler avec un dicol pendant qu’elle dormait. Et Gueullette d'ajouter :

« Si l’on traitait ainsi toutes les femmes infidèles, Pon ne trouverait jamais assez de licols. » (19)

Toujours pleines d'humour, ces remarques n’en atteignent ique mieux leur but.

Arrêtons-nous un instant aux Contes Chinois : Gueullette nous y fait un grand tableau des mœurs de l'époque

« Ce serait vouloir trouver le fond d’un abîme que de vous faire le récit de toutes les friponneries que j'ai vues ou entendues faire sous cette figure. Que de filles j’ai vu n’en porter que le nom et se livrer à des désordres extrêmes ! Que de veuves remariées en secret ou vivant dans l’inconstance ! Que de vieillards revenus en enfance par l’extravagance de leur conduite ! Que de riches réduits à la dernière misère à cause de deur débauche ! Que de gueux que l’opulence rendait insolents ! Que d’hypocrites j'aurais pu démarquer si javais eu l’usage de la parole ! A combien de cadis n’ai-je point vu rendre la justice ! Que de bonzes, de derviches et de calenders n’ai-je point connus pour être des scélérats parfaits sous des dehors et de mortification et de piété. » (20)

Dans ce passage, l’auteur ne nous a-t-il pas donné une peinture exacte des mœurs de l’époque, de ce dix-huiïtième siècle naissant, qui, déjà, par ses débauches, ses injustices, ses hypocrisies et ses mensonges, préparait le terrain de cette période néfaste que fut la Régence ?

(19) Contes tartares, op. cit. T. 22. p. 36.

(20) Contes chinois, op. cit. T. 19. p. 55.

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